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Les clignotants économiques passent au vert, Emmanuel Macron tire les dividendes des mesures prises durant le quinquennat Hollande.

 

Toutefois, l’inversion n’est pas brutale. La croissance française ne fera pas mieux que la moyenne de la zone euro cette année. Et la dynamique n’est pas encore assez robuste car le nombre de demandeurs d’emploi ne recule pas encore.

 

« Quelle guigne que les quinquennats ! », pourrait pester François Hollande. Qui sait…un an ou deux de plus, et l’ex-président aurait peut-être pu briguer un deuxième mandat, avec un bilan économique plus présentable. Car la tendance s’inverse dans le bon sens depuis le début de l’année, et de nombreux clignotants sont passés au vert. Trop tard pour lui… mais une relative aubaine pour son successeur Emmanuel Macron au moment où il s’apprête à engager des réformes.

 

Bien sûr, l’inversion est progressive. Par exemple, lorsque le nouveau président est entré à l’Elysée, il a hérité d’une croissance de 0,5% au premier trimestre 2017, identique à la fin 2016. Le rebond n’est pas brutal, mais bien réel. Et dans sa note de conjoncture de juin, l’Insee considère qu’il devrait atteindre 1,6% sur l’ensemble de l’année en cours, au lieu de 1,1% en 2016. Du jamais vu depuis 2011. Une hausse donc plus forte que pendant tout le quinquennat Hollande.

 

Un contexte international stimulant

La France, en l’occurrence, bénéficie d’un contexte international plutôt porteur. Certes, il existe des incertitudes. Elles concernent notamment les Etats-Unis et la politique de relance budgétaire que décidera de mener le président Donald Trump. Ou le Royaume-Uni, sur lequel plane toujours un risque de récession après une contre-performance à seulement 0,2% au premier trimestre 2017 (soit trois fois moins que dans la zone euro à 0,6% selon l’institut Eurostat).

 

Mais les projections établies par la Banque mondiale demeurent globalement favorables avec une hausse de 2,7% pour l’ensemble de la planète, alors que la zone euro devrait afficher une progression de 1,7% selon la Commission européenne.  Dans ces conditions et bien que la croissance française pourrait demeurer un peu plus molle que la moyenne européenne, elle continuera à être stimulée par son environnement. D’où l’intérêt de renforcer les liens à l’intérieur de la zone.

 

Toutefois, la tendance favorable ne tient pas qu’à l’environnement international. Les mesures prises au cours du quinquennat Hollande portent maintenant leurs fruits. Sont-ils trop tardifs ? Le temps économique connaît toujours une inertie contre laquelle le temps politique est impuissant. L’ancien président en aura fait les frais ; Emmanuel Macron récoltera ce que François Hollande a semé.

 

Les dividendes du CICE et autres pour Emmanuel Macron

Prenons le cas du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), que le nouveau président veut pérenniser sous forme d’abaissement de charges pour les entreprises. Cette transformation  était déjà un projet de François Hollande, évoqué dès 2014. Emmanuel Macron, qui l’avait repris à son compte en 2015, le réalisera. Et en tirera les dividendes. Car même si le CICE aura tardé à produire ses effets à cause de sa complexité, il n’aura pas été inutile pour redynamiser l’activité des entreprises.

 

Globalement, elles ont d’abord utilisé ce dispositif pour redresser leur trésorerie. « Cet effet de bol d’air financier a pu moduler des décisions d’ajustement d’emploi et sans doute aussi permettre la survie, à court terme ou même de façon durable, de certaines entreprises dont la situation financière était particulièrement fragile », note le comité de suivi du CICE dans son rapport 2016. Par exemple, pour la seule année 2015, plus de 424.000 micro-entreprises ont bénéficié d’une créance fiscale, ainsi que 117.000 PME, 4500 ETI et 250 grandes entreprises. A ce titre, le dispositif a pu contribuer à la baisse du nombre des faillites qui a atteint au début 2016 le plus bas niveau enregistré depuis 2012, selon l’état des lieux établi par la Coface.

 

Bien sûr, le bilan est contrasté suivant la taille des entreprises et les secteurs d’activité. Et la bouffée d’oxygène offerte par le système n’a pu ranimer toutes les entreprises en difficulté,  comme l’ont révélé des défaillances et plans de licenciement retentissants aussi bien dans l’industrie (GM&S) que dans le commerce (Vivarte).

 

Mais globalement les résultats sont là, de l’aveu même de certains patrons de PME pourtant peu enclins à voter des satisfecits à François Hollande et qui reconnaissent avoir profité de mesures plus intéressantes sous le précédent quinquennat (le CICE mais aussi le suramortissement, les aides à l’embauche, les réductions de charges sur les bas salaires…) qu’au cours des années antérieures.

 

Mieux : après le recul – même modeste – des défaillances d’entreprises, on assiste à une reprise des créations, de 6,2% sur les trois premiers mois de 2017! Les micro-entrepreneurs animent ce mouvement de reprise, mais pas seulement : les entreprises individuelles et autres sociétés sont dans la même aspiration. Avec des emplois à la clé.

 

Derrière les investissements, l’emploi

Aussi, après avoir combiné les effets du CICE et du dispositif de suramortissement pour redresser la rentabilité de leur activité, les entrepreneurs sont passés à une phase d’investissement. Dans un contexte de croissance de la démographie des entreprises, on a assisté au début d’année à une hausse de 0,9% des investissements, qui devrait se poursuivre au deuxième trimestre selon l’Insee.

 

Rien de bouleversant, mais malgré tout un coup de rein des entreprises qui se traduit par une amélioration de la situation de l’emploi. Tel était le schéma vertueux espéré avec la mise en place du CICE, mais qui a trop tardé à s’enclencher pour François Hollande.

 

Car on peut le pointer aujourd’hui : compte tenu du « contexte porteur » décrit par la banque publique Bpifrance dans son enquête de conjoncture de juin, l’emploi repart. Doucement, mais sans équivoque. Au premier trimestre de l’année, l’Insee a enregistré 89.700 créations nettes d’emploi, soit une hausse de 0,4% après 0,3% au dernier trimestre 2016.

 

Les services marchands mènent la reprise, avec un niveau de créations nettes d’emplois presqu’aussi élevé en seulement trois mois que pour toute l’année 2015 ! Et si l’industrie fait toujours figure de parent pauvre, continuant à détruire plus d’emplois qu’elle n’en crée, la construction est sortie de la crise et se remet à embaucher. Or, quand la construction va, tout va, pourra commenter Emmanuel Macron qui profite de ce redémarrage.

 

La preuve : sur un trimestre en France métropolitaine, le taux de chômage au sens du BIT (bureau international du travail) a baissé de 0,4 point pour s’établir à 9,3% à la fin mars selon l’Insee. Pour la France entière y compris l’outre-mer, le recul est identique mais le taux est alors de 9,6%. Comme au début 2012 !

 

Ainsi, c’est au moment où Hollande s’en va que le taux de chômage retrouve son niveau du tout début du quinquennat. Et pour Emmanuel Macron, la tendance est orientée dans le bon sens, ce qui n’était pas le cas cinq ans plus tôt! Même l’Unedic table sur un redressement de ses comptes grâce à une nouvelle convention signée pendant le mandat Hollande, anticipant un retour à l’équilibre financier pour 2020 !

 

Malgré tout, un irréductible chômage de masse

Mais les Français perçoivent-ils cette amélioration? Pas encore. D’ailleurs, le chômage en France reste toujours plus élevé que la moyenne des pays membres de la zone euro. Et il évolue toujours en dents de scie.

 

Ainsi à fin mai, le nombre d’inscrits à Pole emploi n’exerçant aucune activité a encore augmenté de 0,6% sur un mois. Avec 3,414 millions de demandeurs d’emploi, la hausse est même de  0,9% sur trois mois. De sorte que sur un an et compte tenu des hauts et des bas, le recul ne dépasse pas 0,8%.

 

On comprend que dans les régions les plus touchées par le chômage, l’amélioration des indicateurs économiques ne soit pas perçue par les Français. D’autant que si on ajoute les inscrits à Pôle emploi en situation précaire avec des activités réduites, le total porte à fin mai sur 5,560 millions de personnes, en hausse de 0,8% sur trois mois… et de 2,5% sur un an.

 

Comment expliquer cette situation alors que le taux de chômage baisse ? Avec l’arrivée de nouvelles classes d’âge sur le marché du travail et le recul de l’âge des départs en retraite, la population active augmente plus vite. Mais grâce à des embauches plus nombreuses, le nombre des demandeurs d’emploi n’évolue pas dans les mêmes proportions. D’où la baisse de ce taux.

 

Mais cette relance économique n’est pas encore assez robuste pour que le nombre des demandeurs d’emplois se résorbe de façon spectaculaire. Pour les Français, le chômage de masse est toujours là, l’inversion de la courbe se fait attendre. Cette situation n’est pas étrangère à la stagnation des dépenses de consommation des ménages, qui n’ont pas progressé au premier trimestre, illustrant l’inquiétude des foyers et leur prudence dans la gestion de leur budget. Un sursaut a été perceptible en avril et mai, mais il demande à être confirmé.

 

Entre les dirigeants qui ont les yeux rivés sur les statistiques et les citoyens qui ont une perception bien différente de leur réalité, une fracture peut se créer. Voilà qui va singulièrement compliquer la tâche d’Emmanuel Macron pour mener ses réformes, notamment sur le Code du travail dès cet été. Elles seront d’autant moins bien acceptées que l’amélioration de la conjoncture ne sera pas perçue par les Français, et qu’une plus grande flexibilité du marché du travail sera ressentie comme le risque d’une plus grande précarisation.

 

 Gilles BRIDIER

(publié sur www.slate.fr)

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Fessée électorale

FESSEE ELECTORALE - Lors de la réforme constitutionnelle qui instaura le quinquennat avec dans la foulée des élections législatives pour faire concorder les calendriers, les commentateurs politiques soulignaient que les présidents élus pourraient ainsi s'appuyer sur de véritables majorités pour gouverner, la logique électorale devant permettre aux secondes de confirmer le résultat de la première. Pourquoi s'étonner que le phénomène se produise aujourd'hui? Les vieux partis de gouvernement ont fait perdre le goût de la politique aux citoyens, qui ne se mobilisent plus que dans un contexte de dramatisation. D'où la forte abstention, phénomène qu'on relève dans d'autres démocraties. Quant aux citoyens qui remplissent leur devoir civique, ils sanctionnent ces vieux partis, pour les mêmes raisons que les abstentionnistes. Les Français ont mené une révolution dans les urnes. Ceux qui ne l'avaient pas vu venir n'ont pas vocation à diriger un pays avec lequel ils ont perdu le contact. Reste maintenant à rendre aux électeurs le goût de la politique, pour ne pas laisser la démocratie dépérir.

G&L

REPERES

- Population France : 66,6 millions d'habitants début 2016
(Union européenne à 28: 510,1 millions)
- Population active: 28,7 millions de personnes en 2016
- Chômeurs: 2,8 millions de personnes au sens du BIT (plus 1,5 million dans le halo du chômage) mi-2016, soit 9,9% de la population active
- Produit intérieur brut (PIB) France: 2.181 milliards d'euros courants en 2015 (Union européenne: 13.920 milliards d'euros, zone euro: 10.111 milliards d'euros)
- PIB par habitant: 32.795 euros en 2015
- Smic mensuel brut: 1.466 euros (1.144 euros net) en 2016
- Salaire moyen brut: 2.912 euros (2.202 euros net) secteur privé
- Salaire médian : 1.730 euros
- Dette publique France : 2.170 milliards d'euros fin juin 2016, soit 98,4% du PIB
- Dette par habitant: 34.476 euros
- Déficit commercial: 45,7 milliards d'euros en 2015

trou sécu

SECU: SI PROFOND, CE TROU ?

Les Français sont des gros consommateurs de produits et services de santé, mais ils soutiennent la comparaison avec d’autres. Les dépenses de santé calculées par la Banque Mondiale en 2014 ont représenté en France 11,5% du produit intérieur brut (PIB), moins qu’aux Etats Unis et quasiment au même niveau qu’en Allemagne .

Par habitant, les dépenses des Français ont été évaluées cette même année à 4.959 dollars, loin derrière les Suisses, les Norvégiens, les Américains, les Suédois, les Danois, les Néerlandais ou les Allemands. L’énumération est fastidieuse, mais pas inutile : Les Français ne sont pas hors normes, loin s’en faut.

S’il existe une spécificité française, elle se situe au niveau du financement des dépenses de santé. La Cour des Comptes a dressé en septembre dernier un tableau précis pour 2015, en établissant que l’Assurance maladie a couvert 76,8% des 194,6 milliards d’euros des dépenses de soins et de biens médicaux, et les organismes complémentaires intervenant pour 14,1%. Le reste à charge direct des Français n’est plus que de 8,4%. Notons toutefois que les assurances et mutuelles complémentaires étant financées par les assurés eux-mêmes, les ménages prennent en réalité en charge 22,7% des dépenses de santé, hors Sécurité sociale.

Mais leur contribution ne s’arrête pas là. Car parmi les sources de financement de Sécurité sociale dont l’Assurance maladie est un des volets, les cotisations qui ont représenté 63% du total en 2015, sont assurées à 20% par les salariés et à 7% par les non salariés (les employeurs ayant la charge des 72% restant), selon un rapport de la Sécurité sociale de septembre 2016.

C’est donc au total quelque 40% des dépenses de santé qui, par ces différents canaux de financement, incombent aux assurés, sans parler de la part des recettes de CSG qui viennent alimenter les caisses de la Sécu.

Des économies doivent toujours être réalisées, pour alléger les charges aussi bien des entreprises que des ménages. La tendance est amorcée: après avoir atteint 24 milliards en 2010, le déficit du régime général a été réduit à 13,3 milliards d’euros en 2012 et limité à 6,4 milliards en 2015. Certes, les gymnastiques comptables des experts compliquent les comparaisons toujours difficiles à établir dans le labyrinthe des comptes de la Sécu, notamment avec la mise en place en 2016 de la protection universelle maladie.

Malgré tout, si l’on s’en tient aux grandes masses affichées, ce déficit devrait être contenu à 3,4 milliards d’euros en 2016, avant de repasser à 6,3 milliards en 2017. Un déficit auquel il convient d’ajouter le résultat du fonds de solidarité vieillesse, déficitaire lui-même de l’ordre de 3,9 milliards d’euros cette année.

Mais ces déficits doivent être rapportés à l’ensemble des recettes du régime général (471 milliards d’euros en 2016) et des dépenses (477 milliards), hors fonds de solidarité vieillesse (FSV). Ainsi, les pertes pour l’ensemble du régime général devraient être inférieures à 1% des dépenses cette année, et porter sur moins de 1,5% en 2017 comme en 2015 (au lieu de 2,8% en 2013). En intégrant le FSV, les déficits passeraient à 1,5% des dépenses en 2016 et un peu plus de 2% en 2017. Bien sûr, des pertes sont toujours trop lourdes. Mais à ce niveau, des solutions doivent pouvoir être mises en œuvre par des actes de gestion et pas forcément par un bouleversement du système.

L’ubérisation, vecteur de précarisation

UBER, VECTEUR DE PRECARITE

Les chauffeurs Uber en colère en font l’expérience : le modèle économique développé par l’entreprise californienne n’est pas fondé sur le partage, mais sur la précarisation.

Pour concurrencer les taxis en utilisant la plateforme technologique qui permet aux clients de se mettre en relation avec les chauffeurs de VTC, ceux-ci doivent rétrocéder à Uber une commission de 25% sur le prix de leurs courses… sans avoir la liberté de fixer leurs tarifs et en héritant de toutes les contraintes.

Même si l’entreprise présente abusivement les chauffeurs comme des partenaires, elle développe un modèle dans lequel elle se libère de la prise en charge des coûts d’exploitation des véhicules et de toutes les charges sociales des conducteurs, décidant de la politique commerciale sans en subir les effets. En quelque sorte, l’équivalent d’une entreprise sans usine avec seulement un centre de recherche et un service marketing, utilisant uniquement des sous-traitants captifs : un vieux rêve d’exploitation capitaliste, aux antipodes d’un système collaboratif.

Le soi-disant miracle économique de « l’uberisation » n’est rien d’autre, dans ce cas précis, qu’une dérive bien connue accommodée à la sauce numérique.
La problématique posée par l’uberisation de l’économie implique de profondes remises en question. Sous l’effet de la révolution numérique, la multiplication de plateformes collaboratives grâce auxquelles le consommateur devient aussi fournisseur de services, est à l’origine d’une d’économie nouvelle. Depuis le covoiturage jusqu’au financement participatif pour des projets de toutes tailles, en passant par la location de logements de particuliers ou la vente de produits agricoles. Toute une économie qui échappe en partie aux prélèvements fiscaux et aux cotisations sociales.

En bout de course avec l’extension du phénomène, la révolution numérique mise au service de l’économie du partage débouchent sur un manque à gagner pour l’Etat, fragilisant l’équilibre des systèmes actuels de redistribution et de protection sociale déjà malmenés.

Cette mutation vers une économie numérique apparaît pourtant inéluctable. Le rôle des pouvoirs publics consiste à l’intégrer en douceur pour que le système, ébranlé, puisse s’adapter progressivement, afin d'éviter des déchirures dans le tissu social. Le défi n’est plus technologique, mais culturel.

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EUROPE: DEUX ANS POUR REUSSIR LA COORDINATION FISCALE

Pierre Moscovici, Commissaire aux affaires économiques et financières et à la fiscalité, en convient : l’actuelle commission est « celle de la dernière chance pour l’Europe », concède-t-il. Or, l’équipe animée à Bruxelles par Jean-Claude Juncker, président, dispose de moins de trois ans avant les prochaines élections européennes pour mettre en échec les partis eurosceptiques qui gagnent du terrain dans de nombreux pays comme en Grande Bretagne. Un compte à rebours très serré.

Dans ces conditions, la coordination fiscale en Europe devient un enjeu capital. Ce fut une des pistes privilégiées par François Hollande au lendemain du référendum britannique pour repousser le risque d’une dislocation de l’Union. « Il s’agit d’abord d’en finir avec des distorsions de concurrence en commençant par l’impôt sur les sociétés », avait-il déclaré. Si l’Union ne doit être qu’une auberge espagnole dans laquelle chaque membre tire la couverture à lui en s’affranchissant des règles collectives, c’est tout le principe de la construction européenne qui est remis en question.
La Commission est coupable d’avoir laissé en déshérence le projet d’assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés (ACCIS). A défaut d’une harmonisation des taux, ce mécanisme pourrait s’avérer efficace pour lutter contre le transfert de bénéfices et les pratiques fiscales abusives utilisées par les entreprises au sein de l’Union.
La Commission en avait émis le principe dès 2001. Et depuis, on n’avait assisté qu’à des tergiversations notamment de la part des Etats membres pour utiliser les travaux du groupe de travail devant plancher sur le sujet. Malgré tout en 2011 – soit dix ans plus tard – la Commission présentait un projet. Qui, lui aussi, dut finir au fond d’un tiroir.

Dans un contexte marqué par le Brexit, Pierre Moscovici se déclare déterminé à relancer le projet ACCIS sur la coordination des assiettes fiscales en Europe. La Commission va devoir progresser sur ce projet avec des Etats toujours soucieux de leur souveraineté en matière de politique budgétaire. Les écueils seront nombreux. Et surtout, elle doit avancer très vite pour que, en 2019 avant les élections au Parlement européen, les tenants de l’Union européenne puissent présenter de résultats concrets et pas seulement des montages abstraits pour tenir les eurosceptiques en échec. Afin de ne pas voir un Parlement gagné par… les adversaires de l’Union.

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CHOMAGE: DES SUCCES TROP TARDIFS POUR GOMMER L'ECHEC DU QUINQUENNAT

Au vu du nombre de demandeurs d’emplois enregistrés par Pôle emploi à la fin de l’année 2016 (3,47 millions de personnes sans aucun travail, 5,47 millions en ajoutant les précaires en temps partiels), François Hollande n’aura pas de regret d’avoir renoncé à briguer un deuxième mandat. La promesse n’a pas été tenue. Depuis juin 2012, début du mandat de François Hollande, le nombre de demandeurs d’emploi sans aucun travail a progressé de 17%, et même de 24% si l’on ajoute les demandeurs précaires qui ne travaillent qu’à temps partiel. En outre, si on entre dans le détail, on s’aperçoit que le nombre de chômeurs de plus de 50 ans a augmenté de 40% (à cause, entre autres, du recul de l’âge de départ en retraite), et que les demandeurs d’emplois inscrits depuis plus d’un an sont plus nombreux de 43% sur la mandature (et même de… 82% pour les chômeurs de plus de 3 ans, à cause là-aussi du recul de l’âge de départ en retraite). Il est logique dans ces conditions que la durée moyenne d’inscription à Pôle emploi soit passée de 468 jours en juin 2012 à 581 jours à la fin 2016. Tout le contraire d’une réussite.

Pour un président qui avait annoncé que la lutte pour l’emploi serait sa priorité, et considéré que l’inversion de la courbe du chômage serait un marqueur de sa politique, il aurait été très compliqué de briguer à nouveau les suffrages des électeurs, avec la publication de ces résultats en pleine primaires de la gauche et à quelques semaines du début de la campagne officielle.

Certes, l'ex Premier ministre Manuel Valls qui a assumé le bilan de l’action gouvernementale, peut tenter de pointer la baisse du taux de chômage (au sens du Bureau international du travail) redescendu au-dessous des 10%, et même à 9,7% pour la France métropolitaine au troisième trimestre 2016. Car l’économie française crée des emplois (environ 159.000 en 2015 par exemple selon l’Insee) ; mais elle accueille aussi un nombre de jeunes sur le marché travail supérieur au nombre des départs en retraite. Ce qui entraîne une augmentation de la population active. Aussi, même si le nombre d’inscrits à Pôle emploi a connu une hausse en valeur absolue, la proportion par rapport au nombre de personnes au travail a pu reculer un peu.

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