Face aux fanatismes religieux, la panne d’ascenseur social coûte cher aux démocraties

Face aux fanatismes religieux, la panne d’ascenseur social coûte cher aux démocraties

Lorsque la mobilité sociale ne fonctionne plus, c’est la démocratie qui est en danger.   Ce blocage favorise la fermentation de la radicalisation.   Les attentats du 13 novembre à Paris, perpétrés  pour ...

SUITE

Avec l’harmonisation fiscale, François Hollande veut réveiller un mythe oublié de l’idéal européen

Avec l’harmonisation fiscale, François Hollande veut réveiller un mythe oublié de l’idéal européen

Face au risque de dislocation de l’Union européenne après le Brexit, les objectifs de la Communauté originelle refont surface.   Le chef de l’Etat relance l’idée d’une harmonisation fiscale, bien plus ...

SUITE

Taxe sur les transactions financières : un outil pour réduire l’immigration

Taxe sur les transactions financières : un outil pour réduire l’immigration

Plutôt que d’en retarder sans cesse la mise en œuvre, une taxe sur les transactions financières permettrait d’aider les pays les plus pauvres à retenir les migrants, dans une forme ...

SUITE

Comment contrôler les réseaux financiers parallèles qui favorisent l’évasion fiscale ?

Comment contrôler les réseaux financiers parallèles qui favorisent l’évasion fiscale ?

Depuis le temps que les Etats disent vouloir s’engager dans la lutte contre l’évasion fiscale, le shadow banking n’a cessé de se développer, offrant de nouvelles opportunités de fraude et ...

SUITE

Face aux enjeux au Moyen Orient, les contradictions économiques de l’Occident

Face aux enjeux au Moyen Orient, les contradictions économiques de l’Occident

Le poids du fait religieux au Moyen Orient a longtemps été minoré par l’Occident qui a surtout vu des intérêts économiques dans les enjeux géopolitiques régionaux.   Aujourd’hui, l’insécurité créée localement ...

SUITE

Economie : et la confiance, bordel ?

Economie : et la confiance, bordel ?

Au moment où la mécanique économique semble pouvoir être relancée, la France se crispe sur de vieux antagonismes entre les salariés et les entreprises qui ont pourtant partie liée.   Le ...

SUITE

Un Brexit à double tranchant pour l’Europe

Un Brexit à double tranchant pour l’Europe

Economiquement, une sortie de la Grande Bretagne de l’Europe pourrait ne pas créer de bouleversement sur le long terme.   Mais au-delà du débat britannique, l’Europe est placée au pied du mur ...

SUITE

Brexit : un grand malentendu pour les Britanniques, une mise en garde pour les autres Européens

Brexit : un grand malentendu pour les Britanniques, une mise en garde pour les autres Européens

En votant contre l’Europe, les électeurs britanniques ont avant tout exprimé leur ras-le-bol de la politique d’austérité. Mais la responsabilité en revient à Londres, pas à l’Union européenne.   Ailleurs dans l’Union, l’Europe est ...

SUITE

La face cachée de la dette d’EDF

La face cachée de la dette d’EDF

La gymnastique comptable permet d’inscrire une partie de la dette dans les fonds propres.   Mais l’endettement réel est plus important qu’il n’apparaît.   Selon le rapport financier semestriel du 30 juin 2015, ...

SUITE

La loi Travail, un remède au paradoxe du syndicalisme en France ?

La loi Travail, un remède au paradoxe du syndicalisme en France ?

Le taux de syndicalisation en France est quasiment le plus faible des pays européens.   En travaillant au plus près du terrain sur les accords d’entreprises, les syndicats pourraient recréer une ...

SUITE

Quand l’attractivité décroche, c’est l’emploi qui trinque

Quand l’attractivité décroche, c’est l’emploi qui trinque

Même si la courbe du chômage s’inverse, le recul de l’attractivité de la France pénalise la création d’emplois.   Dommage. C’est lorsque l’Insee fait état de statistiques plutôt encourageantes pour l’économie française ...

SUITE

Chômage : sur le quinquennat de Hollande, la progression sera indélébile

Chômage : sur le quinquennat de Hollande, la progression sera indélébile

Pour revenir à la situation de mi-2012, il faudrait que le nombre de chômeurs baisse d’un quart en un an. Impossible, même avec un plan massif pour l’emploi, bien tardif mais ...

SUITE

L’Europe a-t-elle un problème avec le Grand Duché ?

L’Europe a-t-elle un problème avec le Grand Duché ?

Après la révélation d’un nouveau fichier d’exilés fiscaux français, belges et allemands au Luxembourg, des questions se posent sur la politique du Grand Duché avant qu’il ait consenti à la ...

SUITE

Emmanuel Macron : un bilan encore virtuel pour un ministre de passage

Emmanuel Macron : un bilan encore virtuel pour un ministre de passage

Une carrière fulgurante, des résultats mitigés. Maintenant, Emmanuel Macron va devoir convaincre qu’il peut être un leader politique autrement qu’avec des petites phrases douces et assassines.   Macron président ? Que l’ex-ministre de ...

SUITE

Il y a plus de vingt ans, Philippe Séguin présidait un groupe de travail sur « Politique et argent ».

Il dressa une liste de dispositions à prendre contre l’opacité dans le monde politique, dont l’application fut passablement édulcorée par le Parlement.

 

« D’affaires en scandales, du monde politique aux milieux économiques, la chronique est longue de ces manquements à la loi et de ces renoncements à la morale qui font les gros tirages des gazettes en même temps qu’ils alimentent le scepticisme des Français vis-à-vis de leurs élites.

 

Face à cette montée de la corruption, véritable cancer dont les effets ravageurs se diffusent à tout le tissu social, certaines mesures d’urgence ont été prises, notamment par le Parlement, qui a très largement traduit en normes opérationnelles les conclusions du groupe de travail sur les rapports entre la politique et l’argent » : c’était, en 1995, le début d’une tribune de Philippe Seguin , alors président de l’Assemblée nationale et mentor de François Fillon, publiée par le journal Libération.

Il n’y aurait rien à ajouter au texte pour le transposer vingt deux ans plus tard, dans un contexte miné à droite et à l’extrême droite par les affaires Fillon et Le Pen, après le dévastateur mensonge de Jérôme Cahuzac dont les pratiques illicites salirent la gauche de gouvernement.

 

Politique et argent

 

En fait, les étiquettes ne comptent guère. C’est la moralité du politique dans sa globalité qui est atteinte, comme l’écrivait déjà en 1995 Bernard Spitz dans son livre : « La morale à zéro. Pour une reconquête civique », ouvrage pour lequel Philippe Séguin,  avait écrit la tribune en question. Mais si le constat fut alors lucide, l’application des normes opérationnelles auxquelles Philippe Séguin fait allusion ne fut pas à la hauteur des problèmes posés par la dégradation de la moralité dans la vie publique.

 

Certes, il y eut un groupe de travail parlementaire présidé par le même Philippe Seguin qui, en 1994, plancha sur le thème « Politique et argent » et rendit des conclusions destinées à revigorer une démocratie malade de ses scandales. Outre des chapitres sur les modalités de passation des marchés publics, le financement des partis et des campagnes électorales, le rapport traitait notamment des déclarations de patrimoine des élus et des activités incompatibles avec un mandat parlementaire. Très vieux débat, puisque l’obligation faite « aux représentants du peuple de déposer une déclaration de fortune » remonte à un décret de la Convention du 4 vendémiaire de l’an IV, soit le… 26 septembre 1795. Certains problèmes ne sont jamais purgés, ceux-ci restent d’actualité.

 

De la suspicion au dénigrement

 

Le groupe de travail rappelait qu’il « ne peut y avoir de République vivante lorsque tous les actes des autorités publiques ayant une implication financière donnent lieu à une suspicion généralisée », sentiment de plus en plus répandu vingt ans plus tard du fait de l’accumulation des affaires. Le rapport porté par Philippe Séguin  soulignait aussi les risques encourus pour cette République : risques de dénigrement des élus, d’entrave à l’action de ces mêmes élus, de remise en cause du fonctionnement de l’Etat, et de résurgence des mouvements extrémistes qui s’alimentent des situations troubles. Une photographie des problématiques dans lesquelles la République est aujourd’hui embourbée.

 

Pour sortir de ce bourbier, les sages insistaient sur la nécessité de « laisser aux juges la charge qui est la leur d’apurer le passif dans le respect des droits et procédures garantis par la loi ».  Une règle dont s’écartent certains responsables politiques aujourd’hui lorsqu’ils critiquent l’action de la justice, remettent en question comme François Fillon la légitimité du travail des juges ou tentent de se soustraire à leurs investigations comme Marine Le Pen.

 

Au nom de quel principe ? La fameuse séparation des pouvoirs entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire ? Mais si celle-ci doit être absolument préservée pour garantir les équilibres dans le fonctionnement de la démocratie, et si la Constitution l’impose pour garantir la liberté d’opinion et de vote des parlementaires, elle ne s’applique juridiquement plus pour tout autre sujet qui concernerait un parlementaire, rappelle le professeur de droit constitutionnel Dominique Rousseau dans L’Obs. Plus clairement, les avantages financiers que ces parlementaires pourraient tirer de leur statut n’échappent pas au regard de la justice.

Lors des débats parlementaires qui reprirent les conclusions du fameux rapport, les élus rabotèrent les mesures les plus volontaristes. Dans d’autres occasions et pour de simples motifs partisans, ils rejetèrent des propositions devant faire progresser la transparence, comme en 2012 lorsque les députés de droite comme de gauche refusèrent un amendement du centriste Charles de Courson sur le contrôle de l’indemnité de frais de mandat au cœur du débat d’aujourd’hui. A force d’atténuer certaines propositions d’articles et d’en retoquer d’autres, on arrive finalement à la situation que l’on connaît aujourd’hui, qui est un véritable poison pour la confiance en la démocratie et en ceux qui la représentent.

 

De l’élasticité de la morale

 

Il y eut malgré tout de réelles avancées grâce aux divers textesadoptés au cours des trente dernières années. Parmi les dernières dispositions,unehaute autorité pour la transparence de la vie publiquea été créée en 2013 pour contrôler les déclarations de patrimoine des élus et de certains titulaires de fonctions exécutives du domaine public. Mais il faut croire que, dans l’une des plus vieilles démocraties occidentales, la moralité ne fait pas suffisamment recette pour que les réformes aillent jusqu’au bout de leur ambition.

 

C’est le cas pour la liberté donnée aux députés et aux sénateurs d’employer des membres de leur famille aux postes d’attachés parlementaires. A l’Assemblée nationale, on dénombre 82 députés sur 577 qui emploient dans leur équipe un collaborateur partageant le même patronyme qu’eux. Au Sénat, ils sont 36 sur 348 sénateurs dans cette situation. En France, ils en ont le droit, comme en Grande Bretagne ou en Espagne, où cette pratique est fort répandue. En revanche, en Allemagne, en Italie et au Parlement européen, les règles sont bien plus restrictives et imposent généralement aux élus de rémunérer les membres de leur famille sur leurs deniers personnels, et pas sur fonds publics.

 

Chaque pays possède une législation spécifique. Mais plus elle est souple, plus la suspicion est susceptible de s’installer dans l’opinion publique sur les dérives possibles. Car sans même aller jusqu’à parler d’emplois fictifs ou de complaisance, on légalise le favoritisme au cœur du travail démocratique en autorisant les parlementaires à salarier un membre de leur famille.

 

Surtout, s’agissant de l’utilisation de l’argent public, on n’est pas dans le cas d’un employeur privé embauchant un membre de sa famille. Les impôts des contribuables ne peuvent être laissés à la discrétion des élus, sans contrôle ni justification. Une dépense indue est assimilée à une dilapidation d’argent public, et à un détournement s’il est utilisé à des fins personnelles. Or, c’est précisément cet aspect du problème qui, aujourd’hui en France, pourrit le débat politique.

 

Transparency International, organisation non gouvernementale, a réagi en lançant avec l’association Power Foule une pétition « Pour un parlement exemplaire » comprenant quatre propositions pour enrayer le mal à la racine. Elle réclame notamment au bureau de l’Assemblée nationale de prendre des mesures pour accroître la transparence des indemnités parlementaires, interdire les emplois familiaux et créer un véritable statut pour les collaborateurs parlementaires.

 

Mais avec la suspension des travaux de l’actuelle législature le 27 février et la perspective du renouvellement de l’Assemblée nationale le 18 juin prochain, le bureau de l’Assemblée qui a le pouvoir de prendre ces décisions a préféré… ne pas se prononcer. Pour ne pas engager de réformes à chaud sur le coup de l’émotion créée par l’affaire Fillon ? Ou bien pour ne pas trancher sur une question qui pourrait gêner des députés dans les rangs de toutes les formations politiques de la Chambre, à quatre mois de son renouvellement…

 

Toutefois, ce bureau a créé un groupe de travail chargé d’examiner de nouvelles règles déontologiques pour l’emploi des collaborateurs parlementaires. Ce qui pourrait n’être qu’une façon de jouer la montre avant de transmettre la patate chaude au bureau de la prochaine Assemblée.

 

A chaque fois que des dispositions ont été avancées pour faire reculer l’opacité, des oppositions se sont manifestées parmi les parlementaires. Comme si d’autres intérêts que la moralité de la vie publique guidaient les choix, au détriment de la vitalité de la démocratie. Tout ce temps perdu pour juguler « les manquements à la loi et les renoncements à la morale » que dénonçaient Philippe Séguin, tout cela a aujourd’hui un prix, très élevé, que paient tous les élus, concernés ou non par les affaires en cours. Et, ce faisant, la République tout entière est touchée avec la propagation du « plus rien à foutre » au sein de l’électorat, une maladie de la démocratie qui se manifestera soit dans l’abstention, soit dans la montée de populismes éloignés de l’idéal démocratique.

 

Car on ne s’arrange pas avec la moralité en politique : quand des élus l’oublient, ils caricaturent leur fonction. Allez donc, dans ces conditions, solliciter des suffrages !

 

Gilles BRIDIER

(publié sur www.slate.fr)

Print Friendly

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

guerillero

PATRIOTES ? Les électeurs frontistes souhaitent le rétablissement des frontières et des taxes à l'importation. Mais les mêmes, comme consommateurs, choisissent-ils d'eux-mêmes des produits made in France lorsqu'ils ont le choix ? Pas sûr! On pourrait regarder s'ils ne possèdent tous que des voitures françaises, par exemple. Avant de rétablir des taxes qui augmenteront les prix des produits importés et qui, en retour, pénaliseront les exportations, que ces consommateurs qui se disent patriotes commencent par privilégier les marques françaises, sans forcément cadenasser l'Europe ni verrouiller le libre échange.

G&L

REPERES

- Population France : 66,6 millions d'habitants début 2016
(Union européenne à 28: 510,1 millions)
- Population active: 28,7 millions de personnes en 2016
- Chômeurs: 2,8 millions de personnes au sens du BIT (plus 1,5 million dans le halo du chômage) mi-2016, soit 9,9% de la population active
- Produit intérieur brut (PIB) France: 2.181 milliards d'euros courants en 2015 (Union européenne: 13.920 milliards d'euros, zone euro: 10.111 milliards d'euros)
- PIB par habitant: 32.795 euros en 2015
- Smic mensuel brut: 1.466 euros (1.144 euros net) en 2016
- Salaire moyen brut: 2.912 euros (2.202 euros net) secteur privé
- Salaire médian : 1.730 euros
- Dette publique France : 2.170 milliards d'euros fin juin 2016, soit 98,4% du PIB
- Dette par habitant: 34.476 euros
- Déficit commercial: 45,7 milliards d'euros en 2015

L’ubérisation, vecteur de précarisation

UBER, VECTEUR DE PRECARITE

Les chauffeurs Uber en colère en font l’expérience : le modèle économique développé par l’entreprise californienne n’est pas fondé sur le partage, mais sur la précarisation.
Pour concurrencer les taxis en utilisant la plateforme technologique qui permet aux clients de se mettre en relation avec les chauffeurs de VTC, ceux-ci doivent rétrocéder à Uber une commission de 25% sur le prix de leurs courses… sans avoir la liberté de fixer leurs tarifs et en héritant de toutes les contraintes.
Même si l’entreprise présente abusivement les chauffeurs comme des partenaires, elle développe un modèle dans lequel elle se libère de la prise en charge des coûts d’exploitation des véhicules et de toutes les charges sociales des conducteurs, décidant de la politique commerciale sans en subir les effets. En quelque sorte, l’équivalent d’une entreprise sans usine avec seulement un centre de recherche et un service marketing, utilisant uniquement des sous-traitants captifs : un vieux rêve d’exploitation capitaliste, aux antipodes d’un système collaboratif.
Le soi-disant miracle économique de « l’uberisation » n’est rien d’autre, dans ce cas précis, qu’une dérive bien connue accommodée à la sauce numérique.
La problématique posée par l’uberisation de l’économie implique de profondes remises en question. Sous l’effet de la révolution numérique, la multiplication de plateformes collaboratives grâce auxquelles le consommateur devient aussi fournisseur de services, est à l’origine d’une d’économie nouvelle. Depuis le covoiturage jusqu’au financement participatif pour des projets de toutes tailles, en passant par la location de logements de particuliers ou la vente de produits agricoles. Toute une économie qui échappe en partie aux prélèvements fiscaux et aux cotisations sociales.
En bout de course avec l’extension du phénomène, la révolution numérique mise au service de l’économie du partage débouchent sur un manque à gagner pour l’Etat, fragilisant l’équilibre des systèmes actuels de redistribution et de protection sociale déjà malmenés.
Mais il n’existe pas de remèdes miracles pour réduire les coûts. On le voit dans le cas des taxis : les baisses de tarifs dont profitent les clients ne deviennent possibles que par le biais d’une plus grande flexibilité du travail associée à une plus grande précarisation des chauffeurs. Les argumentaires peuvent vouloir démontrer le contraire, il n’en demeure pas moins vrai que, une fois compressés les coûts de structure et les charges sociales, c’est sur les rémunérations que des économies sont trouvées…
Cette mutation vers une économie numérique apparaît pourtant inéluctable. Le rôle des pouvoirs publics consiste à l’intégrer en douceur pour que le système, ébranlé, puisse s’adapter progressivement, afin d'éviter des déchirures dans le tissu social. Le défi n’est plus technologique, mais culturel.

quadri

EUROPE: TROIS ANS POUR REUSSIR LA COORDINATION FISCALE

Pierre Moscovici, Commissaire aux affaires économiques et financières et à la fiscalité, en convient : l’actuelle commission est « celle de la dernière chance pour l’Europe », concède-t-il. Or, l’équipe animée à Bruxelles par Jean-Claude Juncker, président, dispose de moins de trois ans avant les prochaines élections européennes pour mettre en échec les partis eurosceptiques qui gagnent du terrain dans de nombreux pays comme en Grande Bretagne. Un compte à rebours très serré.
Dans l’intervalle, les élections nationales seront des tests déterminants : « En France, l’élection présidentielle sera un référendum sur l’Europe », a commenté l’ex-ministre français de l’Economie en faisant allusion à la percée du Front national dans les sondages.
Dans ces conditions, la coordination fiscale en Europe devient un enjeu capital. Ce fut une des pistes privilégiées par François Hollande au lendemain du référendum britannique pour repousser le risque d’une dislocation de l’Union. « Il s’agit d’abord d’en finir avec des distorsions de concurrence en commençant par l’impôt sur les sociétés », avait-il déclaré. Si l’Union ne doit être qu’une auberge espagnole dans laquelle chaque membre tire la couverture à lui en s’affranchissant des règles collectives, c’est tout le principe de la construction européenne qui est remis en question.
La Commission est coupable d’avoir laissé en déshérence le projet d’assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés (ACCIS). A défaut d’une harmonisation des taux, ce mécanisme pourrait s’avérer efficace pour lutter contre le transfert de bénéfices et les pratiques fiscales abusives utilisées par les entreprises au sein de l’Union.
La Commission en avait émis le principe dès 2001. Et depuis, on n’avait assisté qu’à des tergiversations notamment de la part des Etats membres pour utiliser les travaux du groupe de travail devant plancher sur le sujet. Malgré tout en 2011 – soit dix ans plus tard – la Commission présentait un projet. Qui, lui aussi, dut finir au fond d’un tiroir.
Dans un contexte marqué par le Brexit, Pierre Moscovici se déclare déterminé à relancer le projet ACCIS sur la coordination des assiettes fiscales en Europe. La Commission va devoir progresser sur ce projet avec des Etats toujours soucieux de leur souveraineté en matière de politique budgétaire. Les écueils seront nombreux. Et surtout, elle doit avancer très vite pour que, en 2019 avant les élections au Parlement européen, les tenants de l’Union européenne puissent présenter de résultats concrets et pas seulement des montages abstraits pour tenir les eurosceptiques en échec. Afin de ne pas voir un Parlement gagné par… les adversaires de l’Union.

DSC_0367

LE DECROCHAGE DE L'ECONOMIE FRANCAISE EST-IL IRREVERSIBLE?

Certes, un PIB ne fait pas rêver. Mais il peut faire réfléchir, car son évolution est aussi une photographie d’une économie. De 2.134 milliards d’euros en 2014 selon l’Insee, la totalité des biens et services produits sur le territoire français a progressé de 1,1% en 2015. C’est moins que pour l’ensemble de la zone euro qui, selon le Fonds monétaire international (FMI) , a connu une croissance de 1,6%. Si on considère que la hausse des productions a atteint 1,9% cette année-là pour le peloton des pays avancés, la France est décrochée.
L'économie française subit l’une des plus fortes corrections alors que croissance est trois fois plus élevées pour la Suède, près de deux fois pour la Grande Bretagne et supérieure de 30% pour l’Allemagne.
On peut établir une relation directe entre ces agrégats et les niveaux de vie. Pire: lorsqu’on s’intéresse au PIB par habitant exprimé en PPA, la France ne pointait plus qu’au 24e rang en 2014 selon les statistiques établies par la Banque mondiale. Et si on se focalise sur l’Europe, la Banque de France montre que le PIB français par habitant en PPA est à peine au niveau de la moyenne de la zone euro, et n’arrivait qu’au 11e rang en 2014 de l’ensemble des membres de l’Union européenne.
Ce n’est pas une surprise : le ministère de l’Economie constate que le PIB français décroche depuis 40 ans avec une progression par habitant inférieure à la moyenne des pays de l’OCDE. Ce qui impacte très directement l’évolution des conditions de vie des Français.

retraité ou chômeur

PRIVILEGIES, LES RETRAITES?

Il serait impossible ici d’examiner en détail les 35 régimes de retraite qui existent en France compte tenu des différences à l’origine de l’opacité du système. On s’en tiendra donc à la branche retraite du régime général de la Sécurité sociale, gérée par la Caisse nationale d’assurance et qui représente plus de la moitié (54%) du total des retraites servies en France. Soit, en 2012, 101,5 milliards d’euros de prestations versées à 13,2 millions de retraités, pour un déficit de 4,79 milliards d’euros de ce seul régime.
Mais, pour la retraite de la CNAV, il existe un plafond : le salaire pris en compte dans le calcul ne peut dépasser le plafond de la Sécurité sociale, soit actuellement 3.086 euros. De sorte que la retraite de base de la Sécu est elle-même plafonnée, actuellement à 1.543 euros par mois. Quel que soit le salaire de référence.
Encore s’agit-il d’un montant brut. En net, on tombe à quelque 1.350 euros. Pas de quoi bambocher, une fois déduites les dépenses contraintes de logement, d’alimentation, d’énergie et de téléphone.
Et tout le monde n’est pas à ce plafond, qui suppose un salaire supérieur à la moyenne française. Rappelons que le salaire moyen d’un actif, aujourd’hui, se monte à 2.438 euros selon la Caisse nationale des Urssaf (Acoss).
Des spécialistes préfèrent se référer au salaire médian, évalué à 1.675 euros en 2010 d’après les dernières statistiques de l’Insee sur le sujet. Dans les deux cas, on comprend qu’un grand nombre de pensions de « Français moyens » une fois en retraite sont loin d’atteindre le plafond.
Ainsi, le montant moyen des pensions au régime général, pour des carrières complètes, s’est élevé en 2012 à 1.040 euros, précise la CNAV. Soit aux deux tiers du plafond. Gare aux fins de mois !
Mais puisqu’il s’agit d’une moyenne, de nombreux retraités touchent des pensions moins élevées. Ils sont même plus de 420.000 à se situer en-dessous des 787 euros par mois du minimum vieillesse pour une personne seule et 1.222 euros pour un couple de retraités, et à toucher l’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa) pour revenir à ces niveaux. On est bien loin, pour toutes ces personnes, de l’image de « nantis » parfois colportée.

février 2017
L Ma Me J V S D
« jan   mar »
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728  
491