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Pourquoi ce concept fourre-tout fait-il florès dans les déclarations des candidats à l’élection présidentielle ? 

 

Il révèle un rejet qu’on peu analyser sur un quart de siècle et qui s’est amplifié à cause de promesses économiques non tenues. Avec au final une stagnation du niveau de vie pour de nombreux électeurs .

 

Dans le domaine économique, les promesses non tenues sont le terreau dans lequel s’enracine l’anti-système. Les inégalités persistent ou se creusent, avec des riches plus riches et des pauvres qui tombent dans l’exclusion. L’ascenseur social est bloqué. Avec le temps, les désillusions se sont accumulées chez les électeurs déçus par les partis de gouvernement, toutes étiquettes confondues.

 

L’emploi, par exemple, n’a pas été au rendez-vous du quinquennat Hollande. Pourtant, le taux de chômage au sens du BIT (bureau international du travail) tend à se contracter, comme l’indique l’Insee qui constate un recul à 9,7% en métropole (10% dans la France entière), confirmant une tendance amorcée l’an dernier. Trop tard, et trop peu… comme si la contraction du chômage n’était pas perçue par les Français.

 

Car le malaise remonte bien plus loin dans le passé qu’un seul quinquennat. La faute aux difficultés jamais résorbées des jeunes pour trouver un emploi, à l’explosion du chômage de longue durée à cause d’un accompagnement inadapté, à la progression de la précarité, à l’augmentation du nombre de travailleurs pauvres, au chômage des seniors toujours en hausse… Le niveau de vie des Français, qui progressait de façon relativement homogène dans les années 90, connait des paliers depuis l’an 2000 avec notamment un niveau médian qui stagne depuis 2008, constate l’Insee sur la base des revenus fiscaux.

 

Même si les statistiques ne disent rien du ressenti, les frustrations se sont accumulées. Des électeurs désabusés se tournent vers des candidats qui se revendiquent – à tort ou à raison – contre le système, ou hors du système. Ils tirent ainsi les dividendes des promesses envolées, aussi bien sur la réduction de la fracture sociale de Jacques Chirac, que sur le « travailler plus pour gagner plus » de Nicolas Sarkozy ou l’inversion de la courbe du chômage de François Hollande.

 

L’installation d’un chômage de masse

 

Si l’on considère par exemple le quart de siècle allant de 1992 – date du référendum sur le traité européen de Maastricht – à aujourd’hui, la France a vécu 8 ans sous des présidences de gauche et 17 ans sous des présidences de droite, mais 12 ans avec des premiers ministres de droite et 13 ans avec des chefs de gouvernement de gauche si on tient compte de la période de cohabitation Chirac/Jospin. Sur cette période, les affaires du pays ont donc été gérées à part égale par le PS et le RPR (aujourd’hui Les Républicains) qui, à eux deux, symbolisent le « système ». Avec, pour chacun d’eux, des échecs et des succès qui se sont nourris des expériences du camp adverse.

 

Par exemple, en matière de chômage, les pics à plus de 10% de 1994 et 1997 ont été suivis par des baisses jusqu’à 7,4% en 2001 (avec Jospin à Matignon) et même 7,1% en 2008 (avec Fillon, Premier ministre de Sarkozy) avant que la crise propulse à nouveau ce taux jusqu’à 10% et même plus sans que ni droite ni gauche ne parvienne à le faire refluer. Stabilisé en 2014, il a ensuite commencé à  reculer… en valeur relative, mais trop faiblement pour faire oublier les records enregistrés par Pôle emploi en valeur absolue.

 

Mais aussi, au cours de cette période, la structure du chômage a changé : celui des femmes au départ bien plus élevé que celui des hommes a eu tendance à s’aligner sur le second. Celui des hommes s’est plutôt aggravé plus vite. Et surtout, celui des jeunes de 15 à 24 ans s’est considérablement développé, augmentant de 50% au cours de ce quart de siècle (… et même de près de 100% si on ne considère que le chômage des jeunes hommes). La succession d’échecs vis-à-vis du travail des jeunes est une faillite partagée des gouvernements, de droite comme de gauche, qui n’ont pas réussi à mobiliser les entreprises. Elle contribue à expliquer l’intérêt croissant des jeunes électeurs pour les candidats qui se revendiquent contre un système générateur, pour eux, de galère.

 

Le ressenti d’un pouvoir d’achat bloqué

 

Pourtant, on note des contradictions. S’agissant de leur propre avenir, les Français retrouvent un niveau de confiance plus élevé qu’il ne le fut au cours des dix dernières années, c’est-à-dire depuis le déclenchement de la crise économique. Le système serait donc porteur de quelque espoir, malgré tout, avant même de passer par les urnes.

 

Mais malgré une augmentation de la part des prestations sociales passées de 30 à 35% dans le revenu des ménages en une vingtaine d’années, la progression du revenu disponible et du pouvoir d’achat se tasse sur long terme même si elle demeure positive (bien loin toutefois des niveaux d’avant crise). Pour preuve, en vingt ans, la proportion des ménages qui sont propriétaires de leur logement n’a évolué que de 54 à 58%, relève l’Institut national des études démographiques.

 

Surtout, justifié ou non, le ressenti des consommateurs va bien dans le sens d’une baisse du pouvoir d’achat, ce qui les rend plus accessibles aux sollicitations anti-système.

 

Des inégalités de revenus qui se creusent

 

Encore ne s’agit-il là que de moyennes statistiques qui peuvent donner une image tronquée de la réalité. C’est le cas pour la répartition des salaires. Ainsi, si le salaire net moyen en France dans le secteur privé se situe à 2225 euros par mois, c’est à cause des rémunérations très élevées qui tirent artificiellement cette moyenne vers le haut. En réalité, la moitié se situe en-dessous du salaire médian de 1783 euros… à seulement 650 euros au-dessus du Smic (valeur 2014) sur l’ensemble de la population salariée. L’échelle des salaires tend à l’écrasement: 70% des salariés en France touchent moins de 2264 euros par mois. Et le diplôme n’est plus un sésame pour entrer sur le marché du travail par la grande porte.

 

Dans le détail, l’Insee relève même un recul du salaire net moyen dans certains secteurs d’activité, notamment en 2013 chez les cadres fortement représentés au sein de la classe moyenne où le malaise s’est développé. L’analyse est cohérente. Plus précisément, sur longue période, l’Observatoire des inégalités montre que « les inégalités salariales ne se creusent pas principalement entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres, mais au niveau des 5 % ou 1 % des plus hauts salaires », avec une progression de 28% de ces plus hauts salaires sur dix ans contre une hausse contenue entre 6 et 9% pour les autres. Un constat rédhibitoire pour le système qui fabrique ce genre d’inégalité.

 

Ainsi au-delà de la problématique du chômage, on cerne ici une autre réalité qui contribue à la popularité des candidatures qui prétendent s’affranchir de l’actuel système : c’est l’augmentation des inégalités dans la redistribution des richesses. Le constat n’est pas nouveau. Mais alors que les inégalités de revenus avaient fortement reculé au cours des deux décennies avant 1990, elles se sont à nouveau creusées ensuite et l’écart s’est consolidé, entretenant le sentiment d’une répartition inéquitable des richesses dans le pays au bénéfice des seuls plus riches.

 

Et si le taux de pauvreté tend à se stabiliser à 14,1%, de la population soit 8,8 millions de personnes en 2014 (en hausse de 12% en seulement 6 ans) vivant avec moins de 1008 euros par mois, de plus en plus de familles monoparentales glissent en-dessous de ce seuil  de pauvreté. Avec en corollaire une marginalisation de plus en plus grande des enfants de ces foyers démunis, dans une France jugée par l’Unicef de plus en plus inégalitaire pour les enfants.

 

Une redistribution inéquitable des gains de productivité

 

Cependant, la France n’est pas le pays où les écarts de revenus se creusent le plus, selon l’OCDE. La part croissante des prestations sociales dans le revenu disponible des ménages a servi d’amortisseur. Comparativement, les écarts ont été plus forts en une génération aux Etats-Unis et au Royaume Uni par exemple… deux pays où les propositions électorales anti-système viennent précisément de remporter des victoires, marquant des points notamment dans les classes moyennes.

 

Mais les inégalités sont malgré tout ressenties dans l’Hexagone, notamment après la captation pour la rémunération du capital de la plus grande part des gains de productivité opérés sur la valeur ajoutée en France, comme le montre le collectif Roosevelt.

 

Toutefois, on n’enregistre plus aujourd’hui d’aussi importants gains de productivité que dans les années 80 et jusqu’au milieu des années 90. C’est, selon l’analyse des services du Trésor, ce qui explique le décrochage en France du PIB par habitant depuis plusieurs décennies comparativement aux autres pays de l’OCDE.

 

En clair, depuis une quarantaine d’années, les ménages français percevraient moins les effets de la croissance que dans les autres pays développés. Pour autant, la répartition des créations de richesses qui avait été opérée dans les périodes plus fastes au bénéfice du capital, est demeurée au même niveau, pénalisant les plus modestes.

 

Ainsi, à peine formulée, la règle des trois tiers émise en 2009 par Nicolas Sarkozy, qui impliquait de répartir les profits des entreprises en parts égales pour les salariés, les actionnaires et l’investissement, fut illico enterrée. Les entreprises ont continué à privilégier la distribution de dividendes (près de 56 milliards en 2016 pour les actionnaires des sociétés du CAC 40), au détriment notamment de l’investissement sans lequel le marché de l’emploi ne peut redémarrer. La dernière crise boursière est oubliée alors que la crise économique qui en a découlé  n’est pas effacée. Le système est sélectif.

 

L’anti-système, un concept fourre-tout

 

On pourrait aussi, toujours dans le domaine économique, pointer l’évasion fiscale qui empoisonne le système depuis des décennies, alimentant une finance parallèle contre laquelle les responsables politiques de droite comme de gauche en France et dans le monde entier sont restés impuissants… quand ils ne l’ont pas eux-mêmes favorisée. Un système opaque qui est un véritable fléau pour la démocratie et accroit la fracture entre ceux qui en profitent et les autres qui compensent les manques à gagner pour les Etats.

 

Face à ces patates chaudes que les gouvernements se repassent et pour lesquelles les solutions semblent inaccessibles, on comprend pourquoi tous les candidats à l’élection présidentielle se revendiquent hors du système. Mais tous ne sont pas forcément légitimes à le faire. Marine Le Pen qui fustige l’UMPS et Jean-Luc Mélenchon qui appelle au « dégagisme » furent les premiers à se positionner ainsi.

 

Benoît Hamon, apparatchik du PS devenu ministre de François Hollande, et Emmanuel Macron, ancien de la banque d’affaires Rothschild et Cie qui passa par l’Elysée avant de se retrouver à Bercy, auront un peu de mal à le justifier. Car il ne suffit pas, pour se dernier, de se prétendre ni de droite ni de gauche pour se défendre de toute forme d’héritage. De même que François Fillon qui fut six fois ministre avant d’occuper cinq ans un poste de Premier ministre où il était encore en fonction voilà moins de cinq ans. Difficile d’être plus impliqué dans le système !

 

Mais parlent-ils tous du même système, ce concept fourre-tout d’autant plus pratique qu’il demeure dans le flou ?  Certainement non. Ce qui pourrait annoncer bien d’autres désillusions pour les électeurs lorsque le soufflé anti-système sera retombé.

 

Gilles BRIDIER

(publié sur www.slate.fr)

 

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guerillero

PATRIOTES ? Les électeurs frontistes souhaitent le rétablissement des frontières et des taxes à l'importation. Mais les mêmes, comme consommateurs, choisissent-ils d'eux-mêmes des produits made in France lorsqu'ils ont le choix ? Pas sûr! On pourrait regarder s'ils ne possèdent tous que des voitures françaises, par exemple. Avant de rétablir des taxes qui augmenteront les prix des produits importés et qui, en retour, pénaliseront les exportations, que ces consommateurs qui se disent patriotes commencent par privilégier les marques françaises, sans forcément cadenasser l'Europe ni verrouiller le libre échange.

G&L

REPERES

- Population France : 66,6 millions d'habitants début 2016
(Union européenne à 28: 510,1 millions)
- Population active: 28,7 millions de personnes en 2016
- Chômeurs: 2,8 millions de personnes au sens du BIT (plus 1,5 million dans le halo du chômage) mi-2016, soit 9,9% de la population active
- Produit intérieur brut (PIB) France: 2.181 milliards d'euros courants en 2015 (Union européenne: 13.920 milliards d'euros, zone euro: 10.111 milliards d'euros)
- PIB par habitant: 32.795 euros en 2015
- Smic mensuel brut: 1.466 euros (1.144 euros net) en 2016
- Salaire moyen brut: 2.912 euros (2.202 euros net) secteur privé
- Salaire médian : 1.730 euros
- Dette publique France : 2.170 milliards d'euros fin juin 2016, soit 98,4% du PIB
- Dette par habitant: 34.476 euros
- Déficit commercial: 45,7 milliards d'euros en 2015

L’ubérisation, vecteur de précarisation

UBER, VECTEUR DE PRECARITE

Les chauffeurs Uber en colère en font l’expérience : le modèle économique développé par l’entreprise californienne n’est pas fondé sur le partage, mais sur la précarisation.
Pour concurrencer les taxis en utilisant la plateforme technologique qui permet aux clients de se mettre en relation avec les chauffeurs de VTC, ceux-ci doivent rétrocéder à Uber une commission de 25% sur le prix de leurs courses… sans avoir la liberté de fixer leurs tarifs et en héritant de toutes les contraintes.
Même si l’entreprise présente abusivement les chauffeurs comme des partenaires, elle développe un modèle dans lequel elle se libère de la prise en charge des coûts d’exploitation des véhicules et de toutes les charges sociales des conducteurs, décidant de la politique commerciale sans en subir les effets. En quelque sorte, l’équivalent d’une entreprise sans usine avec seulement un centre de recherche et un service marketing, utilisant uniquement des sous-traitants captifs : un vieux rêve d’exploitation capitaliste, aux antipodes d’un système collaboratif.
Le soi-disant miracle économique de « l’uberisation » n’est rien d’autre, dans ce cas précis, qu’une dérive bien connue accommodée à la sauce numérique.
La problématique posée par l’uberisation de l’économie implique de profondes remises en question. Sous l’effet de la révolution numérique, la multiplication de plateformes collaboratives grâce auxquelles le consommateur devient aussi fournisseur de services, est à l’origine d’une d’économie nouvelle. Depuis le covoiturage jusqu’au financement participatif pour des projets de toutes tailles, en passant par la location de logements de particuliers ou la vente de produits agricoles. Toute une économie qui échappe en partie aux prélèvements fiscaux et aux cotisations sociales.
En bout de course avec l’extension du phénomène, la révolution numérique mise au service de l’économie du partage débouchent sur un manque à gagner pour l’Etat, fragilisant l’équilibre des systèmes actuels de redistribution et de protection sociale déjà malmenés.
Mais il n’existe pas de remèdes miracles pour réduire les coûts. On le voit dans le cas des taxis : les baisses de tarifs dont profitent les clients ne deviennent possibles que par le biais d’une plus grande flexibilité du travail associée à une plus grande précarisation des chauffeurs. Les argumentaires peuvent vouloir démontrer le contraire, il n’en demeure pas moins vrai que, une fois compressés les coûts de structure et les charges sociales, c’est sur les rémunérations que des économies sont trouvées…
Cette mutation vers une économie numérique apparaît pourtant inéluctable. Le rôle des pouvoirs publics consiste à l’intégrer en douceur pour que le système, ébranlé, puisse s’adapter progressivement, afin d'éviter des déchirures dans le tissu social. Le défi n’est plus technologique, mais culturel.

quadri

EUROPE: TROIS ANS POUR REUSSIR LA COORDINATION FISCALE

Pierre Moscovici, Commissaire aux affaires économiques et financières et à la fiscalité, en convient : l’actuelle commission est « celle de la dernière chance pour l’Europe », concède-t-il. Or, l’équipe animée à Bruxelles par Jean-Claude Juncker, président, dispose de moins de trois ans avant les prochaines élections européennes pour mettre en échec les partis eurosceptiques qui gagnent du terrain dans de nombreux pays comme en Grande Bretagne. Un compte à rebours très serré.
Dans l’intervalle, les élections nationales seront des tests déterminants : « En France, l’élection présidentielle sera un référendum sur l’Europe », a commenté l’ex-ministre français de l’Economie en faisant allusion à la percée du Front national dans les sondages.
Dans ces conditions, la coordination fiscale en Europe devient un enjeu capital. Ce fut une des pistes privilégiées par François Hollande au lendemain du référendum britannique pour repousser le risque d’une dislocation de l’Union. « Il s’agit d’abord d’en finir avec des distorsions de concurrence en commençant par l’impôt sur les sociétés », avait-il déclaré. Si l’Union ne doit être qu’une auberge espagnole dans laquelle chaque membre tire la couverture à lui en s’affranchissant des règles collectives, c’est tout le principe de la construction européenne qui est remis en question.
La Commission est coupable d’avoir laissé en déshérence le projet d’assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés (ACCIS). A défaut d’une harmonisation des taux, ce mécanisme pourrait s’avérer efficace pour lutter contre le transfert de bénéfices et les pratiques fiscales abusives utilisées par les entreprises au sein de l’Union.
La Commission en avait émis le principe dès 2001. Et depuis, on n’avait assisté qu’à des tergiversations notamment de la part des Etats membres pour utiliser les travaux du groupe de travail devant plancher sur le sujet. Malgré tout en 2011 – soit dix ans plus tard – la Commission présentait un projet. Qui, lui aussi, dut finir au fond d’un tiroir.
Dans un contexte marqué par le Brexit, Pierre Moscovici se déclare déterminé à relancer le projet ACCIS sur la coordination des assiettes fiscales en Europe. La Commission va devoir progresser sur ce projet avec des Etats toujours soucieux de leur souveraineté en matière de politique budgétaire. Les écueils seront nombreux. Et surtout, elle doit avancer très vite pour que, en 2019 avant les élections au Parlement européen, les tenants de l’Union européenne puissent présenter de résultats concrets et pas seulement des montages abstraits pour tenir les eurosceptiques en échec. Afin de ne pas voir un Parlement gagné par… les adversaires de l’Union.

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LE DECROCHAGE DE L'ECONOMIE FRANCAISE EST-IL IRREVERSIBLE?

Certes, un PIB ne fait pas rêver. Mais il peut faire réfléchir, car son évolution est aussi une photographie d’une économie. De 2.134 milliards d’euros en 2014 selon l’Insee, la totalité des biens et services produits sur le territoire français a progressé de 1,1% en 2015. C’est moins que pour l’ensemble de la zone euro qui, selon le Fonds monétaire international (FMI) , a connu une croissance de 1,6%. Si on considère que la hausse des productions a atteint 1,9% cette année-là pour le peloton des pays avancés, la France est décrochée.
L'économie française subit l’une des plus fortes corrections alors que croissance est trois fois plus élevées pour la Suède, près de deux fois pour la Grande Bretagne et supérieure de 30% pour l’Allemagne.
On peut établir une relation directe entre ces agrégats et les niveaux de vie. Pire: lorsqu’on s’intéresse au PIB par habitant exprimé en PPA, la France ne pointait plus qu’au 24e rang en 2014 selon les statistiques établies par la Banque mondiale. Et si on se focalise sur l’Europe, la Banque de France montre que le PIB français par habitant en PPA est à peine au niveau de la moyenne de la zone euro, et n’arrivait qu’au 11e rang en 2014 de l’ensemble des membres de l’Union européenne.
Ce n’est pas une surprise : le ministère de l’Economie constate que le PIB français décroche depuis 40 ans avec une progression par habitant inférieure à la moyenne des pays de l’OCDE. Ce qui impacte très directement l’évolution des conditions de vie des Français.

retraité ou chômeur

PRIVILEGIES, LES RETRAITES?

Il serait impossible ici d’examiner en détail les 35 régimes de retraite qui existent en France compte tenu des différences à l’origine de l’opacité du système. On s’en tiendra donc à la branche retraite du régime général de la Sécurité sociale, gérée par la Caisse nationale d’assurance et qui représente plus de la moitié (54%) du total des retraites servies en France. Soit, en 2012, 101,5 milliards d’euros de prestations versées à 13,2 millions de retraités, pour un déficit de 4,79 milliards d’euros de ce seul régime.
Mais, pour la retraite de la CNAV, il existe un plafond : le salaire pris en compte dans le calcul ne peut dépasser le plafond de la Sécurité sociale, soit actuellement 3.086 euros. De sorte que la retraite de base de la Sécu est elle-même plafonnée, actuellement à 1.543 euros par mois. Quel que soit le salaire de référence.
Encore s’agit-il d’un montant brut. En net, on tombe à quelque 1.350 euros. Pas de quoi bambocher, une fois déduites les dépenses contraintes de logement, d’alimentation, d’énergie et de téléphone.
Et tout le monde n’est pas à ce plafond, qui suppose un salaire supérieur à la moyenne française. Rappelons que le salaire moyen d’un actif, aujourd’hui, se monte à 2.438 euros selon la Caisse nationale des Urssaf (Acoss).
Des spécialistes préfèrent se référer au salaire médian, évalué à 1.675 euros en 2010 d’après les dernières statistiques de l’Insee sur le sujet. Dans les deux cas, on comprend qu’un grand nombre de pensions de « Français moyens » une fois en retraite sont loin d’atteindre le plafond.
Ainsi, le montant moyen des pensions au régime général, pour des carrières complètes, s’est élevé en 2012 à 1.040 euros, précise la CNAV. Soit aux deux tiers du plafond. Gare aux fins de mois !
Mais puisqu’il s’agit d’une moyenne, de nombreux retraités touchent des pensions moins élevées. Ils sont même plus de 420.000 à se situer en-dessous des 787 euros par mois du minimum vieillesse pour une personne seule et 1.222 euros pour un couple de retraités, et à toucher l’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa) pour revenir à ces niveaux. On est bien loin, pour toutes ces personnes, de l’image de « nantis » parfois colportée.

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