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En votant contre l’Europe, les électeurs britanniques ont avant tout exprimé leur ras-le-bol de la politique d’austérité. Mais la responsabilité en revient à Londres, pas à l’Union européenne.   Ailleurs dans l’Union, l’Europe est ...

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La désindustrialisation est à l’origine de la tentation protectionniste dans les pays anglo-saxons qui ont initié le libre-échange et la mondialisation.

 

Après le Brexit au Royaume-Uni et l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, la France est à son tour questionnée.

 

Qu’est-ce que la France partage avec  les Etats-Unis et le Royaume-Uni ? La désindustrialisation.

 

Brexit et Trumpisme

 

Aux Etats-Unis, « l’industrie manufacturière ne représentait plus que 12,2% du PIB américain en 2015, et 8 millions d’emplois ont été détruits depuis la fin des années 1970, remarque la Fabrique de l’industrie. Depuis 2000, environ un tiers des emplois industriels ont disparu dans le Michigan, la Pennsylvanie et l’Ohio ». Or, ces Etats figurent parmi les fameux Swing States où le vote a basculé en faveur de Donald Trump ; sa rhétorique protectionniste y a séduit les électeurs.

 

Tous les Etats de l’Union n’ont pas été frappés par cette désaffection de l’industrie, notamment ceux qui au sud ont capté une partie des investissements qui ont déserté le nord. Mais il a suffi que les Swings States qui ne sont acquis à aucun des deux camps – démocrate ou républicain – penchent cette fois du côté de Donald Trump pour que les Etats-Unis entrent dans une phase de repli sur soi.

 

Au Royaume Uni, ce n’est pas un hasard si les Midlands ont voté, à l’ouest comme à l’est, en faveur du Brexit. Outre Manche, l’industrie manufacturière (hors, notamment, extraction pétrolière) ne représente plus que 9% du PIB.  Et c’est dans les Midlands que le recul a été le plus marqué.  Le déclin des activités manufacturières a fini par creuser un fossé entre ces régions et la City forte de ses services financiers. Alors que le Grand Londres, la région la plus riche d’Europe, voulait consolider sa place dans l’Union européenne, les Midlands touchées par cette désaffection sont entrées en rébellion contre des décennies de choix économiques. Comme d’autres régions. Et voilà le Royaume Uni qui tire un trait sur presque un demi-siècle de libre-échange avec l’Europe continentale, un choix remis en question par le Premier ministre Teresa May une trentaine d’années après qu’une autre dame de fer, Margaret Thatcher, se fut félicitée de cet ancrage européen.

 

En France, des villes qui vieillissent,  telles Le Creusot

 

Au référendum britannique de juin comme à l’élection présidentielle américaine de novembre, des frustrations de populations qui se considèrent victimes de la désindustrialisation sont ressorties comme d’anciennes maladies qu’on n’avait pas soignées. La France, elle-aussi, est touchée. Combien de villes, hier des berceaux industriels, sont aujourd’hui désertées, avec des populations vieillissantes qui s’accrochent aux témoignages d’un passé illustre qui n’a pas su se régénérer…

 

Le Creusot est l’une d’elle. Lorsqu’on contourne l’immense marteau pilon, vestige d’une époque glorieuse, pour entrer en ville par les Quatre chemins et la place de la Molette avant de remonter sur la place Schneider, puis lorsqu’on redescend la rue du Marechal Leclerc autrefois si trépidante, on est frappé par les signes d’une désertification rampante. Trottoirs vides, commerces fermés… Sur la place historique qui jouxte le château de la Verrerie, l’ancienne demeure des Schneider, trop de silence et pas assez d’animation…

 

De nombreux jeunes quittent la ville dont la population diminue alors qu’elle augmente sur l’ensemble de la Bourgogne. La proportion des seniors, à l’inverse, progresse. L’activité est encore surtout industrielle, mais le taux de chômage de 9% en 2008 frôle maintenant les 12%. Globalement, le taux d’activité de la population creusotine est inférieur à son niveau régional. Le bassin industriel dont on présentait la reconversion en exemple après la faillite de Creusot Loire en 1984 après un siècle et demi de la dynastie Schneider, a aujourd’hui bien du mal à faire face. La transition est difficile.

 

Certes, des entreprises dont le rayonnement est international sont installées, comme Areva qui a repris l’héritage de Framatome, Alstom qui y fabrique notamment les bogies du TGV ou Snecma aujourd’hui dans le groupe Safran. Mais les usines ont vieilli, faute d’investissements suffisants. Et certains de ces fleurons de l’industrie française connaissent eux-mêmes des passages difficiles, ou opèrent des arbitrages pour mener des restructurations qui, à chaque fois, plongent les Creusotins dans le doute.

 

Le bassin industriel du Creusot n’est pas un cas isolé en France, et ce n’est pas le plus touché. Au niveau national, l’Insee estime que la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière dans l’économie a été divisé par deux de 1970 à 2014 et est maintenant limitée à 11,2%. Pour la Direction générale des entreprises du ministère de l’Economie, la part de cette valeur ajoutée ne serait même plus que de10%, deux fois moins qu’en Allemagne et moins qu’en Italie ou en Espagne.

 

Les effets des logiques boursières

 

Pourtant, les pouvoirs publics ont bien été alertés sur le risque encouru à laisser filer le secteur manufacturier qui, affirmait-on dans les années 90 au Sessi (service d’études et de statistiques industrielles), était à l’origine de la moitié de l’activité des autres secteurs. C’est notamment ce qui explique que, plus tard, Louis Gallois, ex-patron d’Airbus et président aujourd’hui du conseil de surveillance de PSA, a pu écrire en 2012 dans son rapport sur la compétitivité de l’économie française que « les pays qui se sont le mieux sortis de la crise sont ceux qui ont une industrie forte ». Par ailleurs, des cercles de réflexion comme le laboratoire social d’action et d’innovation (Lasaire) ont appelé à une prise de conscience « d’un risque durable de décrochage de l’industrie française » confrontée entre 1999 et 2008 à un recul du secteur manufacturier deux fois plus important que dans l’ensemble de la zone euro.

 

Mais la France a fait un choix. Elle s’est rapprochée, aussi bien avec la droite qu’avec la gauche, du modèle économique anglo-saxon que Jean-Louis Beffa, ex-patron de Saint Gobain, qualifie de libéral financier dans son livre « La France doit choisir ». Choix dangereux : dans ce modèle qui s’oppose au modèle allemand ou japonais et encore plus chinois, l’Etat se place en dehors du jeu pour laisser le champ libre aux stratégies des marchés de capitaux et des institutions financières.

 

C’est dans ce contexte que les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou la France ont regardé les investissements industriels se tourner vers des pays où le retour sur investissement était plus rapide et plus prometteur. Au nom d’une division du travail à l’échelle mondiale, ces vieilles puissances industrielles ont placé les ressorts de leur croissance dans le seul secteur des services, notamment des services financiers. Ce fut une utopie entretenue par la réalisation de profits rapides qui masqua les risques induits par les destructions d’emplois et le tarissement des investissements. « La nouvelle division internationale du travail qui résulterait de la concentration de la production industrielle dans quelques pays est économiquement et socialement intenable », insiste le syndicaliste Jean Le Duigou dans « La bourse ou l’industrie », en phase avec l’analyse des précédents grands patrons.

 

Une défaite instrumentalisée

 

Dans leur livre « La France sans ses usines », les économistes Patrick Artus et Marie-Paule Virard ont pointé la relation qui existe entre désindustrialisation, déficits extérieurs et endettement. Ils montrent que, avec la désindustrialisation, une nouvelle catégorie de classes populaires a émergé, qui ne se sentent représentées ni par la droite ni par la gauche toutes deux impuissantes à les sortir de leur précarité. « Ainsi la désindustrialisation peut-elle être instrumentalisée comme une défaite entrainant une perte de sentiment national et le protectionnisme faire figure de dernier rempart », commentent-ils.

 

Leur analyse est antérieure au référendum britannique et à l’élection américaine, mais elle résonne aujourd’hui terriblement juste au regard des résultats de ces scrutins. Et s’appliquant à la France, les auteurs notent : « Voilà pourquoi il y a concordance entre les zones en voie de désindustrialisation et le vote frontiste. » La superposition, en France, des cartes du chômage et du vote FN vient à l’appui de leur démonstration. Et au Creusot comme ailleurs dans ce cas de figure, le Front national marque des points, bien que le Parti socialiste tienne la municipalité depuis 1977.

 

L’élection française, un test pour l’Europe

 

Les gouvernements qui ont laissé s’étioler le secteur industriel sans instaurer de régulation, conseillés par des experts qui croyaient en une division du travail à l’échelle mondiale, ont, en France comme aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, une vraie responsabilité dans le retour de balancier protectionniste. L’Union européenne, déjà blessée par le Brexit, pourrait être entraînée dans le tourbillon. Lorsque Pierre Moscovici, le Commissaire à l’économie, considère que l’élection présidentielle sera un test pour l’avenir de l’Union européenne, il signifie clairement que la radicalisation d’une partie de l’électorat en faveur du vote frontiste constitue un élément qui, par son repli protectionniste, peut enrayer la mécanique du moteur franco-allemand. Et de toute l’UE, à deux ans des futures élections européennes.

 

Une mondialisation régulée aurait pu éviter les conséquences d’une désindustrialisation trop rapide et non maîtrisée, avec la précarisation qui s’en est suivie. Comble de l’absurdité, c’est à Davos, dans l’enceinte du grand forum annuel du libéralisme, que les tenants de cette mondialisation dérégulée sont venus cette année prendre une leçon de libre-échange délivrée par la Chine qui ne le pratique qu’à sens unique. Un comble, au moment où les pays anglo-saxons, qui ont inventé ce libre-échange, s’en détournent ! Ou ne le conçoivent qu’avec des clauses restrictives qui nuisent aux réciprocités… et donc au principe même de libre échange.

 

Gilles BRIDIER

(publié sur www.slate.fr)

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Fessée électorale

FESSEE ELECTORALE - Lors de la réforme constitutionnelle qui instaura le quinquennat avec dans la foulée des élections législatives pour faire concorder les calendriers, les commentateurs politiques soulignaient que les présidents élus pourraient ainsi s'appuyer sur de véritables majorités pour gouverner, la logique électorale devant permettre aux secondes de confirmer le résultat de la première. Pourquoi s'étonner que le phénomène se produise aujourd'hui? Les vieux partis de gouvernement ont fait perdre le goût de la politique aux citoyens, qui ne se mobilisent plus que dans un contexte de dramatisation. D'où la forte abstention, phénomène qu'on relève dans d'autres démocraties. Quant aux citoyens qui remplissent leur devoir civique, ils sanctionnent ces vieux partis, pour les mêmes raisons que les abstentionnistes. Les Français ont mené une révolution dans les urnes. Ceux qui ne l'avaient pas vu venir n'ont pas vocation à diriger un pays avec lequel ils ont perdu le contact. Reste maintenant à rendre aux électeurs le goût de la politique, pour ne pas laisser la démocratie dépérir.

G&L

REPERES

- Population France : 66,6 millions d'habitants début 2016
(Union européenne à 28: 510,1 millions)
- Population active: 28,7 millions de personnes en 2016
- Chômeurs: 2,8 millions de personnes au sens du BIT (plus 1,5 million dans le halo du chômage) mi-2016, soit 9,9% de la population active
- Produit intérieur brut (PIB) France: 2.181 milliards d'euros courants en 2015 (Union européenne: 13.920 milliards d'euros, zone euro: 10.111 milliards d'euros)
- PIB par habitant: 32.795 euros en 2015
- Smic mensuel brut: 1.466 euros (1.144 euros net) en 2016
- Salaire moyen brut: 2.912 euros (2.202 euros net) secteur privé
- Salaire médian : 1.730 euros
- Dette publique France : 2.170 milliards d'euros fin juin 2016, soit 98,4% du PIB
- Dette par habitant: 34.476 euros
- Déficit commercial: 45,7 milliards d'euros en 2015

trou sécu

SECU: SI PROFOND, CE TROU ?

Les Français sont des gros consommateurs de produits et services de santé, mais ils soutiennent la comparaison avec d’autres. Les dépenses de santé calculées par la Banque Mondiale en 2014 ont représenté en France 11,5% du produit intérieur brut (PIB), moins qu’aux Etats Unis et quasiment au même niveau qu’en Allemagne .

Par habitant, les dépenses des Français ont été évaluées cette même année à 4.959 dollars, loin derrière les Suisses, les Norvégiens, les Américains, les Suédois, les Danois, les Néerlandais ou les Allemands. L’énumération est fastidieuse, mais pas inutile : Les Français ne sont pas hors normes, loin s’en faut.

S’il existe une spécificité française, elle se situe au niveau du financement des dépenses de santé. La Cour des Comptes a dressé en septembre dernier un tableau précis pour 2015, en établissant que l’Assurance maladie a couvert 76,8% des 194,6 milliards d’euros des dépenses de soins et de biens médicaux, et les organismes complémentaires intervenant pour 14,1%. Le reste à charge direct des Français n’est plus que de 8,4%. Notons toutefois que les assurances et mutuelles complémentaires étant financées par les assurés eux-mêmes, les ménages prennent en réalité en charge 22,7% des dépenses de santé, hors Sécurité sociale.

Mais leur contribution ne s’arrête pas là. Car parmi les sources de financement de Sécurité sociale dont l’Assurance maladie est un des volets, les cotisations qui ont représenté 63% du total en 2015, sont assurées à 20% par les salariés et à 7% par les non salariés (les employeurs ayant la charge des 72% restant), selon un rapport de la Sécurité sociale de septembre 2016.

C’est donc au total quelque 40% des dépenses de santé qui, par ces différents canaux de financement, incombent aux assurés, sans parler de la part des recettes de CSG qui viennent alimenter les caisses de la Sécu.

Des économies doivent toujours être réalisées, pour alléger les charges aussi bien des entreprises que des ménages. La tendance est amorcée: après avoir atteint 24 milliards en 2010, le déficit du régime général a été réduit à 13,3 milliards d’euros en 2012 et limité à 6,4 milliards en 2015. Certes, les gymnastiques comptables des experts compliquent les comparaisons toujours difficiles à établir dans le labyrinthe des comptes de la Sécu, notamment avec la mise en place en 2016 de la protection universelle maladie.

Malgré tout, si l’on s’en tient aux grandes masses affichées, ce déficit devrait être contenu à 3,4 milliards d’euros en 2016, avant de repasser à 6,3 milliards en 2017. Un déficit auquel il convient d’ajouter le résultat du fonds de solidarité vieillesse, déficitaire lui-même de l’ordre de 3,9 milliards d’euros cette année.

Mais ces déficits doivent être rapportés à l’ensemble des recettes du régime général (471 milliards d’euros en 2016) et des dépenses (477 milliards), hors fonds de solidarité vieillesse (FSV). Ainsi, les pertes pour l’ensemble du régime général devraient être inférieures à 1% des dépenses cette année, et porter sur moins de 1,5% en 2017 comme en 2015 (au lieu de 2,8% en 2013). En intégrant le FSV, les déficits passeraient à 1,5% des dépenses en 2016 et un peu plus de 2% en 2017. Bien sûr, des pertes sont toujours trop lourdes. Mais à ce niveau, des solutions doivent pouvoir être mises en œuvre par des actes de gestion et pas forcément par un bouleversement du système.

L’ubérisation, vecteur de précarisation

UBER, VECTEUR DE PRECARITE

Les chauffeurs Uber en colère en font l’expérience : le modèle économique développé par l’entreprise californienne n’est pas fondé sur le partage, mais sur la précarisation.

Pour concurrencer les taxis en utilisant la plateforme technologique qui permet aux clients de se mettre en relation avec les chauffeurs de VTC, ceux-ci doivent rétrocéder à Uber une commission de 25% sur le prix de leurs courses… sans avoir la liberté de fixer leurs tarifs et en héritant de toutes les contraintes.

Même si l’entreprise présente abusivement les chauffeurs comme des partenaires, elle développe un modèle dans lequel elle se libère de la prise en charge des coûts d’exploitation des véhicules et de toutes les charges sociales des conducteurs, décidant de la politique commerciale sans en subir les effets. En quelque sorte, l’équivalent d’une entreprise sans usine avec seulement un centre de recherche et un service marketing, utilisant uniquement des sous-traitants captifs : un vieux rêve d’exploitation capitaliste, aux antipodes d’un système collaboratif.

Le soi-disant miracle économique de « l’uberisation » n’est rien d’autre, dans ce cas précis, qu’une dérive bien connue accommodée à la sauce numérique.
La problématique posée par l’uberisation de l’économie implique de profondes remises en question. Sous l’effet de la révolution numérique, la multiplication de plateformes collaboratives grâce auxquelles le consommateur devient aussi fournisseur de services, est à l’origine d’une d’économie nouvelle. Depuis le covoiturage jusqu’au financement participatif pour des projets de toutes tailles, en passant par la location de logements de particuliers ou la vente de produits agricoles. Toute une économie qui échappe en partie aux prélèvements fiscaux et aux cotisations sociales.

En bout de course avec l’extension du phénomène, la révolution numérique mise au service de l’économie du partage débouchent sur un manque à gagner pour l’Etat, fragilisant l’équilibre des systèmes actuels de redistribution et de protection sociale déjà malmenés.

Cette mutation vers une économie numérique apparaît pourtant inéluctable. Le rôle des pouvoirs publics consiste à l’intégrer en douceur pour que le système, ébranlé, puisse s’adapter progressivement, afin d'éviter des déchirures dans le tissu social. Le défi n’est plus technologique, mais culturel.

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EUROPE: DEUX ANS POUR REUSSIR LA COORDINATION FISCALE

Pierre Moscovici, Commissaire aux affaires économiques et financières et à la fiscalité, en convient : l’actuelle commission est « celle de la dernière chance pour l’Europe », concède-t-il. Or, l’équipe animée à Bruxelles par Jean-Claude Juncker, président, dispose de moins de trois ans avant les prochaines élections européennes pour mettre en échec les partis eurosceptiques qui gagnent du terrain dans de nombreux pays comme en Grande Bretagne. Un compte à rebours très serré.

Dans ces conditions, la coordination fiscale en Europe devient un enjeu capital. Ce fut une des pistes privilégiées par François Hollande au lendemain du référendum britannique pour repousser le risque d’une dislocation de l’Union. « Il s’agit d’abord d’en finir avec des distorsions de concurrence en commençant par l’impôt sur les sociétés », avait-il déclaré. Si l’Union ne doit être qu’une auberge espagnole dans laquelle chaque membre tire la couverture à lui en s’affranchissant des règles collectives, c’est tout le principe de la construction européenne qui est remis en question.
La Commission est coupable d’avoir laissé en déshérence le projet d’assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés (ACCIS). A défaut d’une harmonisation des taux, ce mécanisme pourrait s’avérer efficace pour lutter contre le transfert de bénéfices et les pratiques fiscales abusives utilisées par les entreprises au sein de l’Union.
La Commission en avait émis le principe dès 2001. Et depuis, on n’avait assisté qu’à des tergiversations notamment de la part des Etats membres pour utiliser les travaux du groupe de travail devant plancher sur le sujet. Malgré tout en 2011 – soit dix ans plus tard – la Commission présentait un projet. Qui, lui aussi, dut finir au fond d’un tiroir.

Dans un contexte marqué par le Brexit, Pierre Moscovici se déclare déterminé à relancer le projet ACCIS sur la coordination des assiettes fiscales en Europe. La Commission va devoir progresser sur ce projet avec des Etats toujours soucieux de leur souveraineté en matière de politique budgétaire. Les écueils seront nombreux. Et surtout, elle doit avancer très vite pour que, en 2019 avant les élections au Parlement européen, les tenants de l’Union européenne puissent présenter de résultats concrets et pas seulement des montages abstraits pour tenir les eurosceptiques en échec. Afin de ne pas voir un Parlement gagné par… les adversaires de l’Union.

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CHOMAGE: DES SUCCES TROP TARDIFS POUR GOMMER L'ECHEC DU QUINQUENNAT

Au vu du nombre de demandeurs d’emplois enregistrés par Pôle emploi à la fin de l’année 2016 (3,47 millions de personnes sans aucun travail, 5,47 millions en ajoutant les précaires en temps partiels), François Hollande n’aura pas de regret d’avoir renoncé à briguer un deuxième mandat. La promesse n’a pas été tenue. Depuis juin 2012, début du mandat de François Hollande, le nombre de demandeurs d’emploi sans aucun travail a progressé de 17%, et même de 24% si l’on ajoute les demandeurs précaires qui ne travaillent qu’à temps partiel. En outre, si on entre dans le détail, on s’aperçoit que le nombre de chômeurs de plus de 50 ans a augmenté de 40% (à cause, entre autres, du recul de l’âge de départ en retraite), et que les demandeurs d’emplois inscrits depuis plus d’un an sont plus nombreux de 43% sur la mandature (et même de… 82% pour les chômeurs de plus de 3 ans, à cause là-aussi du recul de l’âge de départ en retraite). Il est logique dans ces conditions que la durée moyenne d’inscription à Pôle emploi soit passée de 468 jours en juin 2012 à 581 jours à la fin 2016. Tout le contraire d’une réussite.

Pour un président qui avait annoncé que la lutte pour l’emploi serait sa priorité, et considéré que l’inversion de la courbe du chômage serait un marqueur de sa politique, il aurait été très compliqué de briguer à nouveau les suffrages des électeurs, avec la publication de ces résultats en pleine primaires de la gauche et à quelques semaines du début de la campagne officielle.

Certes, l'ex Premier ministre Manuel Valls qui a assumé le bilan de l’action gouvernementale, peut tenter de pointer la baisse du taux de chômage (au sens du Bureau international du travail) redescendu au-dessous des 10%, et même à 9,7% pour la France métropolitaine au troisième trimestre 2016. Car l’économie française crée des emplois (environ 159.000 en 2015 par exemple selon l’Insee) ; mais elle accueille aussi un nombre de jeunes sur le marché travail supérieur au nombre des départs en retraite. Ce qui entraîne une augmentation de la population active. Aussi, même si le nombre d’inscrits à Pôle emploi a connu une hausse en valeur absolue, la proportion par rapport au nombre de personnes au travail a pu reculer un peu.

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