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Malgré quelques améliorations au cours du dernier trimestre, l’année 2016 s’est terminée avec 17% de plus de chômeurs qu’en juin 2012, au début du mandat de François Hollande.

 

Au vu du nombre de demandeurs d’emplois enregistrés par Pôle emploi  à la fin de l’année 2016 (3,47 millions de personnes sans aucun travail, 5,47 millions en ajoutant les précaires en temps partiels), François Hollande n’aura pas de regret d’avoir renoncé à briguer un deuxième mandat. La promesse n’a pas été tenue.

 

Quant à l’ex-Premier ministre et candidat Manuel Valls, il va avoir bien du mal à revendiquer un bilan auquel il est forcément associé dans la lutte contre le chômage. Depuis juin 2012, début du mandat de François Hollande, le nombre de demandeurs d’emploi sans aucun travail a progressé de 17%, et même de 24% si l’on ajoute les demandeurs  précaires qui ne travaillent qu’à temps partiel.

 

En outre, si on entre dans le détail, on s’aperçoit que le nombre de chômeurs de plus de 50 ans a augmenté de 40% (à cause, entre autres, du recul de l’âge de départ en retraite), et que les demandeurs d’emplois inscrits depuis plus d’un an sont plus nombreux de 43%  sur la mandature (et même de… 82% pour les chômeurs de plus de 3 ans, à cause là-aussi du recul de l’âge de départ en retraite). Il est logique dans ces conditions que la durée moyenne d’inscription à Pôle emploi soit passée de 468 jours en juin 2012 à 581 jours à la fin 2016. Tout le contraire d’une réussite.

 

Taux de chômage en baisse, nombre de chômeurs en hausse

 

Pour un président qui avait annoncé que la lutte pour l’emploi serait sa priorité, et considéré que l’inversion de la courbe du chômage serait un marqueur de sa politique, il aurait été très compliqué de briguer à nouveau les suffrages des électeurs, avec la publication de ces résultats en pleine primaires de la gauche et à quelques semaines du début de la campagne officielle.

 

Certes, Manuel Valls qui assume le bilan de l’action gouvernementale peut tenter de pointer la baisse du taux de chômage (au sens du Bureau international du travail) redescendu au-dessous des 10%, et même à 9,7% pour la France métropolitaine au troisième trimestre 2016. Car l’économie française crée des emplois (environ 159.000 en 2015 par exemple selon l’Insee) ; mais elle accueille aussi un nombre de jeunes sur le marché travail supérieur au nombre des départs en retraite.  Ce qui entraîne une augmentation de la population active.

 

Aussi,  même si le nombre d’inscrits à Pôle emploi a connu une hausse en valeur absolue, la proportion par rapport au nombre de personnes au travail a pu reculer un peu. Malgré tout, il existe des pointes à 12% et plus du taux de chômage dans le Nord, le Pas de Calais, l’Aisne, l’Aube, la Seine Saint Denis, et toute la frange méditerranéenne qui va des Pyrénées orientales au Vaucluse.

 

Il est vrai, également, que par rapport à février 2016 où le nombre de demandeurs d’emploi sans aucun travail avait atteint un pic à près de 3,6 millions de personnes, l’inflexion est sensible à fin décembre avec une baisse d’environ 150.000 chômeurs.

 

Mais le reflux est trop tardif pour qu’un candidat anti-chômage puisse revendiquer les effets de la politique qui a été menée, d’autant que les baisses spectaculaires et conjuguées du coût de l’énergie et des taux auraient dû permettre aux entreprises de relancer leurs investissements et leurs embauches.

 

Des mesures de soutien à l’emploi pourtant nombreuses

 

Pourtant, outre les déclarations faites aux entrepreneurs sur l’air de « j’aime l’entreprise », François Hollande et ses premiers ministres Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls, ainsi que leurs ministres en charge des entreprises Arnaud Montebourg et Emmanuel Macron, n’ont pas lésiné sur les mesures de soutien.

 

Depuis la « boîte à outils »  du début 2013 destinée à favoriser l’emploi des jeunes jusqu’aux capacités de « suramortissement »  introduites pour stimuler l’investissement en passant par les réductions de charges sur les bas et moyens salaires et les aides à l’embauche dans les très petites entreprises, et surtout le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) et le pacte de responsabilité qui ont dégagé 40 milliards d’euros de marges de manœuvre au bénéfice des entreprises, les dispositifs se sont finalement accumulés au cours de ce mandat.

 

Sans oublier d’autres dispositions pour fluidifier le travail et favoriser l’embauche comme l’accord sur la compétitivité et la sécurisation de l’emploi de 2013 destiné à introduire plus de souplesse dans la gestion des capacités de travail, ou la très contestée loi El Khomri de 2016. Ainsi que le plan massif pour l’emploi présenté comme en apothéose l’an dernier aux vœux du Chef de l’Etat, avec sa batterie de mesures notamment en faveur de la formation.

 

Manque de confiance et manque de temps

 

Mais le temps aura manqué pour récolter les fruits de toutes ces dispositions. Il aura d’autant plus manqué que les relations de François Hollande avec les entreprises furent fort mal engagées à cause, dans un premier temps, de mesures avant tout politiques plutôt coercitives destinées à satisfaire un électorat de gauche.

 

Il fallut ensuite reconquérir la confiance des entrepreneurs, ceux qui investissent et qui créent de l’emploi. Car les embauches ne se décrètent pas, et seul un environnement économique et fiscal favorable peut relancer la machine. Mais un quinquennat est court.

 

Le choix du CICE, pierre angulaire de l’allègement des charges, fut dangereux. Introduit début 2013, le système« s’est révélé un outil au pilotage complexe», a estimé le Sénat. De quoi rebuter notamment les patrons de  PME à qui il est en priorité destiné. « Le fait que le paiement soit différé peut avoir conduit certaines entreprises à différer les décisions d’embauche en raison de contraintes de trésorerie », a confirmé le comité de suivi du CICE dans son rapport 2016.

 

Pourquoi avoir choisir un crédit d’impôt plutôt qu’une simple baisse des cotisations, surtout si, comme l’a confirmé François Hollande il y a tout juste un an, ce CICE a vocation à être transformé en une baisse pérenne de cotisations sociales? Pour l’exécutif, il s’agissait de repousser dans le temps la perte de recettes pour l’Etat générée par cette baisse, le crédit d’impôt intervenant avec un an de décalage sur l’exercice concerné. Ainsi, l’Etat gagnait-il un an avant que l’abattement ne se fasse sentir dans les comptes publics.

 

Certes, pour que cette gymnastique budgétaire ne nuise pas à l’efficacité du dispositif, la banque publique d’investissement Bpifrance fut mobilisée pour préfinancer le crédit d’impôt devant intervenir l’année suivante. On aurait pu faire plus simple. Aussi le dispositif n’est-il monté en puissance que très progressivement, faisant perdre un temps précieux alors que le mandat ne comportait déjà plus que quatre années.

 

Encore n’a-t-il pas été spécifiquement concerné les créations d’emplois. « Les entreprises ont consacré une partie importante du CICE à la reconstitution de leurs marges », avant de songer à embaucher, constate le comité. L’Insee enfonce le clou, considérant que la moitié des entreprises qui en ont bénéficié l’ont aussi utilisé pour améliorer leurs résultats d’exploitation, voire relever les dividendes versés aux actionnaires (notamment des grandes entreprises qui ont profité du tiers des créances). L’embauche n’aura pas été prioritaire.

 

Des effets inférieurs aux prévisions

 

Reste que dans ces conditions, si les entreprises n’ont pas à se plaindre de la politique menée par François Hollande, les retombées du CICE pour l’emploi seraient limitées: le comité de suivi  estime probable un effet direct de l’ordre de 50 000 à 100 000 emplois créés ou sauvegardés sur la période 2013-2014. De sorte que, avec deux années supplémentaires jusqu’à 2016, une hypothèse tournant autour de 200.000 emplois créés ou sauvegardé directement grâce au CICE semble plausible.

 

Ce résultat est malgré tout modeste au regard des sommes concernées, et apporte de l’eau au moulin à la gauche de la gauche qui reproche à François Hollande et à Manuel Valls d’avoir donné des chèques en blanc aux entreprises.

 

Quant à la loi El Khomri, elle est encore trop récente pour pouvoir évaluer son impact sur les créations de postes. Alors qu’elle aura marqué la deuxième partie du quinquennat, obligeant Manuel Valls à recourir à l’article 49-3 de la Constitution pour la faire adopter sans débat au Parlement, elle n’aura été d’aucune utilité à François Hollande pour atteindre son objectif en faveur de l’emploi pendant son quinquennat.

 

Le plein emploi inaccessible ?

 

Cet échec de François Hollande face au chômage s’inscrit aussi dans une perception nouvelle du travail compte tenu de son évolution, de son contenu et de sa rareté… autant de paramètres qui rendraient impossible tout retour à une situation de plein emploi. C’est une réflexion, voire un constat, qui bouscule jusqu’aux gènes de la gauche fondamentale attachée à la valeur travail. Elle est pourtant à l’origine du projet de revenu universel d’existence de  Benoit Hamon.

 

Dans le cas d’une vision éclairée de ce candidat de gauche en pleine ascension pour postuler à l’élection présidentielle, nous vivrions donc une période de transition où le plein emploi serait déjà devenu inaccessible, en tout cas dans des conditions de rémunération qui assurent un revenu décent à tous les citoyens tout au long de leur vie. D’où la nécessité d’envisager un revenu d’un nouveau type, sorte de complément destiné à palier la raréfaction du travail et combattre la précarisation qui s’ensuit.

 

Au cas où Benoît Hamon aurait raison, alors François Hollande aurait eu tort de viser un objectif mythique et inaccessible en usant de dispositifs plutôt classiques qui n’ont pas fait preuve d’une totale efficacité. Une réalité subsiste : sur le quinquennat, le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté, et la durée moyenne de chômage également.

 

Gilles BRIDIER

(publié sur www.slate.fr)

 

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Fessée électorale

FESSEE ELECTORALE - Lors de la réforme constitutionnelle qui instaura le quinquennat avec dans la foulée des élections législatives pour faire concorder les calendriers, les commentateurs politiques soulignaient que les présidents élus pourraient ainsi s'appuyer sur de véritables majorités pour gouverner, la logique électorale devant permettre aux secondes de confirmer le résultat de la première. Pourquoi s'étonner que le phénomène se produise aujourd'hui? Les vieux partis de gouvernement ont fait perdre le goût de la politique aux citoyens, qui ne se mobilisent plus que dans un contexte de dramatisation. D'où la forte abstention, phénomène qu'on relève dans d'autres démocraties. Quant aux citoyens qui remplissent leur devoir civique, ils sanctionnent ces vieux partis, pour les mêmes raisons que les abstentionnistes. Les Français ont mené une révolution dans les urnes. Ceux qui ne l'avaient pas vu venir n'ont pas vocation à diriger un pays avec lequel ils ont perdu le contact. Reste maintenant à rendre aux électeurs le goût de la politique, pour ne pas laisser la démocratie dépérir.

G&L

REPERES

- Population France : 66,6 millions d'habitants début 2016
(Union européenne à 28: 510,1 millions)
- Population active: 28,7 millions de personnes en 2016
- Chômeurs: 2,8 millions de personnes au sens du BIT (plus 1,5 million dans le halo du chômage) mi-2016, soit 9,9% de la population active
- Produit intérieur brut (PIB) France: 2.181 milliards d'euros courants en 2015 (Union européenne: 13.920 milliards d'euros, zone euro: 10.111 milliards d'euros)
- PIB par habitant: 32.795 euros en 2015
- Smic mensuel brut: 1.466 euros (1.144 euros net) en 2016
- Salaire moyen brut: 2.912 euros (2.202 euros net) secteur privé
- Salaire médian : 1.730 euros
- Dette publique France : 2.170 milliards d'euros fin juin 2016, soit 98,4% du PIB
- Dette par habitant: 34.476 euros
- Déficit commercial: 45,7 milliards d'euros en 2015

trou sécu

SECU: SI PROFOND, CE TROU ?

Les Français sont des gros consommateurs de produits et services de santé, mais ils soutiennent la comparaison avec d’autres. Les dépenses de santé calculées par la Banque Mondiale en 2014 ont représenté en France 11,5% du produit intérieur brut (PIB), moins qu’aux Etats Unis et quasiment au même niveau qu’en Allemagne .

Par habitant, les dépenses des Français ont été évaluées cette même année à 4.959 dollars, loin derrière les Suisses, les Norvégiens, les Américains, les Suédois, les Danois, les Néerlandais ou les Allemands. L’énumération est fastidieuse, mais pas inutile : Les Français ne sont pas hors normes, loin s’en faut.

S’il existe une spécificité française, elle se situe au niveau du financement des dépenses de santé. La Cour des Comptes a dressé en septembre dernier un tableau précis pour 2015, en établissant que l’Assurance maladie a couvert 76,8% des 194,6 milliards d’euros des dépenses de soins et de biens médicaux, et les organismes complémentaires intervenant pour 14,1%. Le reste à charge direct des Français n’est plus que de 8,4%. Notons toutefois que les assurances et mutuelles complémentaires étant financées par les assurés eux-mêmes, les ménages prennent en réalité en charge 22,7% des dépenses de santé, hors Sécurité sociale.

Mais leur contribution ne s’arrête pas là. Car parmi les sources de financement de Sécurité sociale dont l’Assurance maladie est un des volets, les cotisations qui ont représenté 63% du total en 2015, sont assurées à 20% par les salariés et à 7% par les non salariés (les employeurs ayant la charge des 72% restant), selon un rapport de la Sécurité sociale de septembre 2016.

C’est donc au total quelque 40% des dépenses de santé qui, par ces différents canaux de financement, incombent aux assurés, sans parler de la part des recettes de CSG qui viennent alimenter les caisses de la Sécu.

Des économies doivent toujours être réalisées, pour alléger les charges aussi bien des entreprises que des ménages. La tendance est amorcée: après avoir atteint 24 milliards en 2010, le déficit du régime général a été réduit à 13,3 milliards d’euros en 2012 et limité à 6,4 milliards en 2015. Certes, les gymnastiques comptables des experts compliquent les comparaisons toujours difficiles à établir dans le labyrinthe des comptes de la Sécu, notamment avec la mise en place en 2016 de la protection universelle maladie.

Malgré tout, si l’on s’en tient aux grandes masses affichées, ce déficit devrait être contenu à 3,4 milliards d’euros en 2016, avant de repasser à 6,3 milliards en 2017. Un déficit auquel il convient d’ajouter le résultat du fonds de solidarité vieillesse, déficitaire lui-même de l’ordre de 3,9 milliards d’euros cette année.

Mais ces déficits doivent être rapportés à l’ensemble des recettes du régime général (471 milliards d’euros en 2016) et des dépenses (477 milliards), hors fonds de solidarité vieillesse (FSV). Ainsi, les pertes pour l’ensemble du régime général devraient être inférieures à 1% des dépenses cette année, et porter sur moins de 1,5% en 2017 comme en 2015 (au lieu de 2,8% en 2013). En intégrant le FSV, les déficits passeraient à 1,5% des dépenses en 2016 et un peu plus de 2% en 2017. Bien sûr, des pertes sont toujours trop lourdes. Mais à ce niveau, des solutions doivent pouvoir être mises en œuvre par des actes de gestion et pas forcément par un bouleversement du système.

L’ubérisation, vecteur de précarisation

UBER, VECTEUR DE PRECARITE

Les chauffeurs Uber en colère en font l’expérience : le modèle économique développé par l’entreprise californienne n’est pas fondé sur le partage, mais sur la précarisation.

Pour concurrencer les taxis en utilisant la plateforme technologique qui permet aux clients de se mettre en relation avec les chauffeurs de VTC, ceux-ci doivent rétrocéder à Uber une commission de 25% sur le prix de leurs courses… sans avoir la liberté de fixer leurs tarifs et en héritant de toutes les contraintes.

Même si l’entreprise présente abusivement les chauffeurs comme des partenaires, elle développe un modèle dans lequel elle se libère de la prise en charge des coûts d’exploitation des véhicules et de toutes les charges sociales des conducteurs, décidant de la politique commerciale sans en subir les effets. En quelque sorte, l’équivalent d’une entreprise sans usine avec seulement un centre de recherche et un service marketing, utilisant uniquement des sous-traitants captifs : un vieux rêve d’exploitation capitaliste, aux antipodes d’un système collaboratif.

Le soi-disant miracle économique de « l’uberisation » n’est rien d’autre, dans ce cas précis, qu’une dérive bien connue accommodée à la sauce numérique.
La problématique posée par l’uberisation de l’économie implique de profondes remises en question. Sous l’effet de la révolution numérique, la multiplication de plateformes collaboratives grâce auxquelles le consommateur devient aussi fournisseur de services, est à l’origine d’une d’économie nouvelle. Depuis le covoiturage jusqu’au financement participatif pour des projets de toutes tailles, en passant par la location de logements de particuliers ou la vente de produits agricoles. Toute une économie qui échappe en partie aux prélèvements fiscaux et aux cotisations sociales.

En bout de course avec l’extension du phénomène, la révolution numérique mise au service de l’économie du partage débouchent sur un manque à gagner pour l’Etat, fragilisant l’équilibre des systèmes actuels de redistribution et de protection sociale déjà malmenés.

Cette mutation vers une économie numérique apparaît pourtant inéluctable. Le rôle des pouvoirs publics consiste à l’intégrer en douceur pour que le système, ébranlé, puisse s’adapter progressivement, afin d'éviter des déchirures dans le tissu social. Le défi n’est plus technologique, mais culturel.

quadri

EUROPE: DEUX ANS POUR REUSSIR LA COORDINATION FISCALE

Pierre Moscovici, Commissaire aux affaires économiques et financières et à la fiscalité, en convient : l’actuelle commission est « celle de la dernière chance pour l’Europe », concède-t-il. Or, l’équipe animée à Bruxelles par Jean-Claude Juncker, président, dispose de moins de trois ans avant les prochaines élections européennes pour mettre en échec les partis eurosceptiques qui gagnent du terrain dans de nombreux pays comme en Grande Bretagne. Un compte à rebours très serré.

Dans ces conditions, la coordination fiscale en Europe devient un enjeu capital. Ce fut une des pistes privilégiées par François Hollande au lendemain du référendum britannique pour repousser le risque d’une dislocation de l’Union. « Il s’agit d’abord d’en finir avec des distorsions de concurrence en commençant par l’impôt sur les sociétés », avait-il déclaré. Si l’Union ne doit être qu’une auberge espagnole dans laquelle chaque membre tire la couverture à lui en s’affranchissant des règles collectives, c’est tout le principe de la construction européenne qui est remis en question.
La Commission est coupable d’avoir laissé en déshérence le projet d’assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés (ACCIS). A défaut d’une harmonisation des taux, ce mécanisme pourrait s’avérer efficace pour lutter contre le transfert de bénéfices et les pratiques fiscales abusives utilisées par les entreprises au sein de l’Union.
La Commission en avait émis le principe dès 2001. Et depuis, on n’avait assisté qu’à des tergiversations notamment de la part des Etats membres pour utiliser les travaux du groupe de travail devant plancher sur le sujet. Malgré tout en 2011 – soit dix ans plus tard – la Commission présentait un projet. Qui, lui aussi, dut finir au fond d’un tiroir.

Dans un contexte marqué par le Brexit, Pierre Moscovici se déclare déterminé à relancer le projet ACCIS sur la coordination des assiettes fiscales en Europe. La Commission va devoir progresser sur ce projet avec des Etats toujours soucieux de leur souveraineté en matière de politique budgétaire. Les écueils seront nombreux. Et surtout, elle doit avancer très vite pour que, en 2019 avant les élections au Parlement européen, les tenants de l’Union européenne puissent présenter de résultats concrets et pas seulement des montages abstraits pour tenir les eurosceptiques en échec. Afin de ne pas voir un Parlement gagné par… les adversaires de l’Union.

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CHOMAGE: DES SUCCES TROP TARDIFS POUR GOMMER L'ECHEC DU QUINQUENNAT

Au vu du nombre de demandeurs d’emplois enregistrés par Pôle emploi à la fin de l’année 2016 (3,47 millions de personnes sans aucun travail, 5,47 millions en ajoutant les précaires en temps partiels), François Hollande n’aura pas de regret d’avoir renoncé à briguer un deuxième mandat. La promesse n’a pas été tenue. Depuis juin 2012, début du mandat de François Hollande, le nombre de demandeurs d’emploi sans aucun travail a progressé de 17%, et même de 24% si l’on ajoute les demandeurs précaires qui ne travaillent qu’à temps partiel. En outre, si on entre dans le détail, on s’aperçoit que le nombre de chômeurs de plus de 50 ans a augmenté de 40% (à cause, entre autres, du recul de l’âge de départ en retraite), et que les demandeurs d’emplois inscrits depuis plus d’un an sont plus nombreux de 43% sur la mandature (et même de… 82% pour les chômeurs de plus de 3 ans, à cause là-aussi du recul de l’âge de départ en retraite). Il est logique dans ces conditions que la durée moyenne d’inscription à Pôle emploi soit passée de 468 jours en juin 2012 à 581 jours à la fin 2016. Tout le contraire d’une réussite.

Pour un président qui avait annoncé que la lutte pour l’emploi serait sa priorité, et considéré que l’inversion de la courbe du chômage serait un marqueur de sa politique, il aurait été très compliqué de briguer à nouveau les suffrages des électeurs, avec la publication de ces résultats en pleine primaires de la gauche et à quelques semaines du début de la campagne officielle.

Certes, l'ex Premier ministre Manuel Valls qui a assumé le bilan de l’action gouvernementale, peut tenter de pointer la baisse du taux de chômage (au sens du Bureau international du travail) redescendu au-dessous des 10%, et même à 9,7% pour la France métropolitaine au troisième trimestre 2016. Car l’économie française crée des emplois (environ 159.000 en 2015 par exemple selon l’Insee) ; mais elle accueille aussi un nombre de jeunes sur le marché travail supérieur au nombre des départs en retraite. Ce qui entraîne une augmentation de la population active. Aussi, même si le nombre d’inscrits à Pôle emploi a connu une hausse en valeur absolue, la proportion par rapport au nombre de personnes au travail a pu reculer un peu.

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