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Il y a plus de vingt ans, Philippe Séguin présidait un groupe de travail sur « Politique et argent ». Il dressa une liste de dispositions à prendre contre l’opacité dans le monde ...

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En votant contre l’Europe, les électeurs britanniques ont avant tout exprimé leur ras-le-bol de la politique d’austérité. Mais la responsabilité en revient à Londres, pas à l’Union européenne.

 

Ailleurs dans l’Union, l’Europe est aussi un bouc émissaire.

 

C’est bien connu, dans un référendum, on répond rarement à la question posée. En France… comme en Grande-Bretagne. Aussi, on peut s’interroger: et si le Brexit n’était rien d’autre qu’un immense malentendu ?

 

A l’occasion du référendum du 23 juin sur le maintien ou non du Royaume Uni  dans l’Union européenne, près de 52% des électeurs  britanniques ont choisi d’en sortir. L’Europe n’a pas su les convaincre des avantages qu’elle peut leur procurer alors que, dans le camp de ses adversaires, on n’a pas hésité à utiliser des arguments parfois fallacieux pour provoquer la rupture. Quoi qu’il en soit, les pro-européens ne sont pas parvenus à empêcher que l’Union soit devenue un repoussoir pour une majorité  d’électeurs. Signe d’une évidente faiblesse.

 

Mais si l’origine des problèmes sur lesquels  le parti europhobe Ukip a capitalisé, était d’autre nature qu’européenne ? Si, en exprimant un ras-le-bol attribué à l’Union, les électeurs britanniques avaient en fait voulu sanctionner une politique libérale britannique initiée il y a trente ans par Margaret Thatcher, et qui s’est traduit depuis la crise par un creusement de plus en plus profond des inégalités ?

 

Des inégalités croissantes imputables à Londres

 

Par exemple, le succès de la politique britannique dans la lutte contre le chômage a souvent été souligné par les médias, impressionnés par un taux à 5% mesuré par l’institut européen Eurostat deux fois plus bas qu’en France. La Grande Bretagne parvenait donc à effacer les ravages de la crise quand de l’autre côté du Channel, l’inversion de la courbe du chômage était sans cesse repoussée.

 

Mais malgré cette reprise de l’emploi qui aurait dû se traduire par une hausse de la richesse produite par les citoyens britanniques, le PIB par habitant a évolué peu ou prou de la même façon dans les deux pays : en prenant comme indice 100 le PIB européen par habitant, le Royaume Uni arrivait à 106 et la France à 108 en 2011 selon l’Insee, alors qu’en 2014 le Royaume Uni passait à 108 et la France à 107. Un très faible différentiel.

 

Mais il ne s’agit que de moyennes. Car en affinant l’analyse, on mesure le décalage qui existe en Grande Bretagne entre Londres d’un côté, et le reste de l’Angleterre de l’autre. Dans son approche des pouvoirs d’achat régionaux par habitant en Europe, Eurostat met en évidence la richesse du Grand Londres, région qui arrive en tête de toute l’Union européenne avec un PIB par habitant plus de trois fois supérieur à la moyenne européenne. Londres profite du rayonnement mondial de la City dans les activités financières, place d’autant plus attractive qu’elle est aussi un véritable petit paradis fiscal. Mais la richesse générée par la City, îlot de prospérité, ne tire pas l’activité dans les autres régions.

 

Certes, comme le souligne l’institut, la région abritant la capitale est  souvent plus riche que les autres régions d’un même pays, mais pas dans de telles proportions. Par exemple, alors que le PIB français par habitant en France est proche du britannique, le PIB par habitant en Ile de France est deux fois moins élevé que dans le Grand Londres.

 

L’ampleur de ces inégalités au Royaume Uni explique en partie le contraste exprimé lors du référendum, entre des électeurs londoniens favorables au maintien dans l’Union et ceux qui, dans les autres régions, ont voté en faveur d’une sortie. Mais en l’occurrence, ce n’est pas une politique européenne qui est à l’origine de ces inégalités, mais la politique britannique en matière de  redistribution des richesses, marquée depuis 2010 par une réduction drastiques des dépenses publiques.

 

Austérité et précarité, la facture de la crise du libéralisme

 

Dans la logique de l’ultralibéralisme dont Londres veut être un fer de lance, pas question de laisser un Etat providence soigner les séquelles d’une crise économique pourtant largement imputable aux excès de ce même libéralisme. Le moteur de la relance économique devait repartir de lui-même, par le biais d’une politique d’austérité destinée à relancer la productivité. Un choix spécifiquement britannique, pas européen.

 

Le problème, c’est que l’austérité n’a pas été partagée.  Sur la base d’études menées outre-Manche, l’économiste Alexandre Delalgue souligne que les 20% de familles les plus pauvres ont vu leur patrimoine se réduire de 57% entre 2005 et 2013, alors que dans le même temps à l’autre bout de l’échelle, celui des familles les plus aisées a augmenté de 64%. La politique d’austérité menée depuis six ans a pesé lourd dans cette évolution, déclenchant le ras-le-bol dans les régions déjà touchées par la désindustrialisation qui sévit depuis trois décennies.

 

Qui saurait voir la patte de l’Europe dans le choix de cette politique, d’autant que le Royaume Uni ne faisant pas partie de la zone euro, il n’est pas contraint de se plier à certaines règles issues du Pacte de stabilité commun aux 19 membres qui ont opté pour la monnaie européenne… C’est plutôt la crise qui est à l’origine de cette politique d’austérité, crise bancaire à l’origine, imputable aux excès d’un libéralisme initié par la finance anglo-saxonne et dans lequel le reste du monde s’est ensuite engouffré.  Ne récrivons pas l’histoire à l’envers.

 

Malgré tout, la Grande Bretagne a recréé de l’emploi. Mais pas grâce à une hausse de la productivité qui aurait été le résultat attendu de la politique d’austérité. Au contraire : par rapport à 2008, cette productivité aurait même reculé à l’inverse des observations faites pour l’Espagne, l’Allemagne ou la France, analyse La Tribune.

 

La création d’emplois est plutôt imputable aux contrats « zéro heure » qui sont maintenant utilisés dans toute l’économie et même les services publics. Des contrats qui permettent aux employeurs de ne payer leurs salariés que lorsqu’ils font appel à eux, sans garantie pour les salariés sur le nombre d’heures travaillées, et qui n’offrent aucune sécurité en cas de maladie ou de licenciement. Des emplois qui, par conséquent, tirent les rémunérations vers le bas, même pour les autres  contrats. Ainsi, la cure d’austérité a surtout fait progresser la précarité et le nombre de travailleurs pauvres qui, face à la multiplication des emplois partiels mal payés, doivent en cumuler plusieurs pour pouvoir vivre de leur travail. C’est dans ce contexte que les Britanniques ont voté.

 

Bien sûr, le fonctionnement de l’Europe doit être revisité. Et le spectacle donné parfois par ses institutions a de quoi irriter les citoyens britanniques comme ceux des autres pays membres. Toutefois, on peut considérer que le résultat du vote du 23 juin est pour une part importante la conséquence d’une politique  uniquement imputable à Londres et non à Bruxelles comme les europhobes de Ukip sont parvenus à le faire croire.

 

L’Europe a eu le dos large, comme dans bon nombre d’autres pays où, pour ne pas prendre de front des problèmes de politique intérieure, on attribue à la Commission européenne des responsabilités qui, souvent (à l’exception de la politique de concurrence) la dépassent. Or, à force de dénoncer toujours le même bouc émissaire, on finit par en faire un véritable repoussoir.

 

Mais pour les Britanniques, rompre les amarres ne résoudra pas les problèmes nés d’un trop-plein d’austérité. Et il en est de même dans les autres pays où les adversaires de l’Union européenne donnent de la voix. Le référendum britannique est, à ce titre, riche d’enseignements pour les autres capitales, onze ans après le « non » français au projet de constitution européenne dont les gouvernants n’ont pas tiré, à l’époque, les conclusions qui s’imposaient. Vont-ils renouveler cette erreur, en fait une véritable faute politique ?

 

Le changement de paradigme de Theresa May

 

Le nouveau gouvernement a pris conscience de la réalité des motifs du ras-le-bol qui s’est exprimé. Bien sûr, devant donner des gages, Theresa May à la tête du nouveau gouvernement britannique depuis le 13 juillet a bien sûr souligné qu’il ne s’agissait pas pour elle de remettre en question le verdict des urnes. Néanmoins,  la nouvelle dame de fer ne donne guère le sentiment de vouloir accélérer le détricotage des liens du Royaume Uni avec l’Union européenne, le calendrier le plus probable émis par la presse britannique semblant introduire toutes les souplesses possibles pour négocier le divorce d’ici à 2019.  Et encore, en conservant au Royaume ses entrées sur le continent.

 

En réalité, elle a insisté dès son entrée en fonction et avant de pouvoir présenter un programme précis, sur la nécessité de relancer l’industrie – recréer donc de l’activité dans les régions qui ont été hostiles à l’Europe – et de desserrer l’étau de l’austérité en réintroduisant un peu d’Etat dans la conduite de l’économie.  La priorité n’est plus forcément aux services concentrés sur Londres, le social ne s’oppose plus au redressement. On assiste à un recentrage par rapport aux politiques ultralibérales, recentrage que l’Europe n’aurait en rien cherché à contrarier si ses prédécesseurs – et notamment David Cameron – avait voulu l’opérer.

 

Le nouveau Premier ministre britannique devait à la  fois répondre à l’expression des électeurs tout en préservant l’unité du Royaume. Les premiers éléments montrent que les réponses doivent d’abord s’exprimer dans des aspects de la politique britannique qui sont indépendants de l’adhésion à l’Europe. Comme si un malentendu entretenu par les europhobes britanniques était à l’origine du Brexit, sans qu’on puisse rejouer le scénario. On peut juste tenter d’empêcher qu’il ne se renouvelle ailleurs.

 

Gilles BRIDIER

(publié sur www.slate.fr)

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Fessée électorale

FESSEE ELECTORALE - Lors de la réforme constitutionnelle qui instaura le quinquennat avec dans la foulée des élections législatives pour faire concorder les calendriers, les commentateurs politiques soulignaient que les présidents élus pourraient ainsi s'appuyer sur de véritables majorités pour gouverner, la logique électorale devant permettre aux secondes de confirmer le résultat de la première. Pourquoi s'étonner que le phénomène se produise aujourd'hui? Les vieux partis de gouvernement ont fait perdre le goût de la politique aux citoyens, qui ne se mobilisent plus que dans un contexte de dramatisation. D'où la forte abstention, phénomène qu'on relève dans d'autres démocraties. Quant aux citoyens qui remplissent leur devoir civique, ils sanctionnent ces vieux partis, pour les mêmes raisons que les abstentionnistes. Les Français ont mené une révolution dans les urnes. Ceux qui ne l'avaient pas vu venir n'ont pas vocation à diriger un pays avec lequel ils ont perdu le contact. Reste maintenant à rendre aux électeurs le goût de la politique, pour ne pas laisser la démocratie dépérir.

G&L

REPERES

- Population France : 66,6 millions d'habitants début 2016
(Union européenne à 28: 510,1 millions)
- Population active: 28,7 millions de personnes en 2016
- Chômeurs: 2,8 millions de personnes au sens du BIT (plus 1,5 million dans le halo du chômage) mi-2016, soit 9,9% de la population active
- Produit intérieur brut (PIB) France: 2.181 milliards d'euros courants en 2015 (Union européenne: 13.920 milliards d'euros, zone euro: 10.111 milliards d'euros)
- PIB par habitant: 32.795 euros en 2015
- Smic mensuel brut: 1.466 euros (1.144 euros net) en 2016
- Salaire moyen brut: 2.912 euros (2.202 euros net) secteur privé
- Salaire médian : 1.730 euros
- Dette publique France : 2.170 milliards d'euros fin juin 2016, soit 98,4% du PIB
- Dette par habitant: 34.476 euros
- Déficit commercial: 45,7 milliards d'euros en 2015

trou sécu

SECU: SI PROFOND, CE TROU ?

Les Français sont des gros consommateurs de produits et services de santé, mais ils soutiennent la comparaison avec d’autres. Les dépenses de santé calculées par la Banque Mondiale en 2014 ont représenté en France 11,5% du produit intérieur brut (PIB), moins qu’aux Etats Unis et quasiment au même niveau qu’en Allemagne .

Par habitant, les dépenses des Français ont été évaluées cette même année à 4.959 dollars, loin derrière les Suisses, les Norvégiens, les Américains, les Suédois, les Danois, les Néerlandais ou les Allemands. L’énumération est fastidieuse, mais pas inutile : Les Français ne sont pas hors normes, loin s’en faut.

S’il existe une spécificité française, elle se situe au niveau du financement des dépenses de santé. La Cour des Comptes a dressé en septembre dernier un tableau précis pour 2015, en établissant que l’Assurance maladie a couvert 76,8% des 194,6 milliards d’euros des dépenses de soins et de biens médicaux, et les organismes complémentaires intervenant pour 14,1%. Le reste à charge direct des Français n’est plus que de 8,4%. Notons toutefois que les assurances et mutuelles complémentaires étant financées par les assurés eux-mêmes, les ménages prennent en réalité en charge 22,7% des dépenses de santé, hors Sécurité sociale.

Mais leur contribution ne s’arrête pas là. Car parmi les sources de financement de Sécurité sociale dont l’Assurance maladie est un des volets, les cotisations qui ont représenté 63% du total en 2015, sont assurées à 20% par les salariés et à 7% par les non salariés (les employeurs ayant la charge des 72% restant), selon un rapport de la Sécurité sociale de septembre 2016.

C’est donc au total quelque 40% des dépenses de santé qui, par ces différents canaux de financement, incombent aux assurés, sans parler de la part des recettes de CSG qui viennent alimenter les caisses de la Sécu.

Des économies doivent toujours être réalisées, pour alléger les charges aussi bien des entreprises que des ménages. La tendance est amorcée: après avoir atteint 24 milliards en 2010, le déficit du régime général a été réduit à 13,3 milliards d’euros en 2012 et limité à 6,4 milliards en 2015. Certes, les gymnastiques comptables des experts compliquent les comparaisons toujours difficiles à établir dans le labyrinthe des comptes de la Sécu, notamment avec la mise en place en 2016 de la protection universelle maladie.

Malgré tout, si l’on s’en tient aux grandes masses affichées, ce déficit devrait être contenu à 3,4 milliards d’euros en 2016, avant de repasser à 6,3 milliards en 2017. Un déficit auquel il convient d’ajouter le résultat du fonds de solidarité vieillesse, déficitaire lui-même de l’ordre de 3,9 milliards d’euros cette année.

Mais ces déficits doivent être rapportés à l’ensemble des recettes du régime général (471 milliards d’euros en 2016) et des dépenses (477 milliards), hors fonds de solidarité vieillesse (FSV). Ainsi, les pertes pour l’ensemble du régime général devraient être inférieures à 1% des dépenses cette année, et porter sur moins de 1,5% en 2017 comme en 2015 (au lieu de 2,8% en 2013). En intégrant le FSV, les déficits passeraient à 1,5% des dépenses en 2016 et un peu plus de 2% en 2017. Bien sûr, des pertes sont toujours trop lourdes. Mais à ce niveau, des solutions doivent pouvoir être mises en œuvre par des actes de gestion et pas forcément par un bouleversement du système.

L’ubérisation, vecteur de précarisation

UBER, VECTEUR DE PRECARITE

Les chauffeurs Uber en colère en font l’expérience : le modèle économique développé par l’entreprise californienne n’est pas fondé sur le partage, mais sur la précarisation.

Pour concurrencer les taxis en utilisant la plateforme technologique qui permet aux clients de se mettre en relation avec les chauffeurs de VTC, ceux-ci doivent rétrocéder à Uber une commission de 25% sur le prix de leurs courses… sans avoir la liberté de fixer leurs tarifs et en héritant de toutes les contraintes.

Même si l’entreprise présente abusivement les chauffeurs comme des partenaires, elle développe un modèle dans lequel elle se libère de la prise en charge des coûts d’exploitation des véhicules et de toutes les charges sociales des conducteurs, décidant de la politique commerciale sans en subir les effets. En quelque sorte, l’équivalent d’une entreprise sans usine avec seulement un centre de recherche et un service marketing, utilisant uniquement des sous-traitants captifs : un vieux rêve d’exploitation capitaliste, aux antipodes d’un système collaboratif.

Le soi-disant miracle économique de « l’uberisation » n’est rien d’autre, dans ce cas précis, qu’une dérive bien connue accommodée à la sauce numérique.
La problématique posée par l’uberisation de l’économie implique de profondes remises en question. Sous l’effet de la révolution numérique, la multiplication de plateformes collaboratives grâce auxquelles le consommateur devient aussi fournisseur de services, est à l’origine d’une d’économie nouvelle. Depuis le covoiturage jusqu’au financement participatif pour des projets de toutes tailles, en passant par la location de logements de particuliers ou la vente de produits agricoles. Toute une économie qui échappe en partie aux prélèvements fiscaux et aux cotisations sociales.

En bout de course avec l’extension du phénomène, la révolution numérique mise au service de l’économie du partage débouchent sur un manque à gagner pour l’Etat, fragilisant l’équilibre des systèmes actuels de redistribution et de protection sociale déjà malmenés.

Cette mutation vers une économie numérique apparaît pourtant inéluctable. Le rôle des pouvoirs publics consiste à l’intégrer en douceur pour que le système, ébranlé, puisse s’adapter progressivement, afin d'éviter des déchirures dans le tissu social. Le défi n’est plus technologique, mais culturel.

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EUROPE: DEUX ANS POUR REUSSIR LA COORDINATION FISCALE

Pierre Moscovici, Commissaire aux affaires économiques et financières et à la fiscalité, en convient : l’actuelle commission est « celle de la dernière chance pour l’Europe », concède-t-il. Or, l’équipe animée à Bruxelles par Jean-Claude Juncker, président, dispose de moins de trois ans avant les prochaines élections européennes pour mettre en échec les partis eurosceptiques qui gagnent du terrain dans de nombreux pays comme en Grande Bretagne. Un compte à rebours très serré.

Dans ces conditions, la coordination fiscale en Europe devient un enjeu capital. Ce fut une des pistes privilégiées par François Hollande au lendemain du référendum britannique pour repousser le risque d’une dislocation de l’Union. « Il s’agit d’abord d’en finir avec des distorsions de concurrence en commençant par l’impôt sur les sociétés », avait-il déclaré. Si l’Union ne doit être qu’une auberge espagnole dans laquelle chaque membre tire la couverture à lui en s’affranchissant des règles collectives, c’est tout le principe de la construction européenne qui est remis en question.
La Commission est coupable d’avoir laissé en déshérence le projet d’assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés (ACCIS). A défaut d’une harmonisation des taux, ce mécanisme pourrait s’avérer efficace pour lutter contre le transfert de bénéfices et les pratiques fiscales abusives utilisées par les entreprises au sein de l’Union.
La Commission en avait émis le principe dès 2001. Et depuis, on n’avait assisté qu’à des tergiversations notamment de la part des Etats membres pour utiliser les travaux du groupe de travail devant plancher sur le sujet. Malgré tout en 2011 – soit dix ans plus tard – la Commission présentait un projet. Qui, lui aussi, dut finir au fond d’un tiroir.

Dans un contexte marqué par le Brexit, Pierre Moscovici se déclare déterminé à relancer le projet ACCIS sur la coordination des assiettes fiscales en Europe. La Commission va devoir progresser sur ce projet avec des Etats toujours soucieux de leur souveraineté en matière de politique budgétaire. Les écueils seront nombreux. Et surtout, elle doit avancer très vite pour que, en 2019 avant les élections au Parlement européen, les tenants de l’Union européenne puissent présenter de résultats concrets et pas seulement des montages abstraits pour tenir les eurosceptiques en échec. Afin de ne pas voir un Parlement gagné par… les adversaires de l’Union.

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CHOMAGE: DES SUCCES TROP TARDIFS POUR GOMMER L'ECHEC DU QUINQUENNAT

Au vu du nombre de demandeurs d’emplois enregistrés par Pôle emploi à la fin de l’année 2016 (3,47 millions de personnes sans aucun travail, 5,47 millions en ajoutant les précaires en temps partiels), François Hollande n’aura pas de regret d’avoir renoncé à briguer un deuxième mandat. La promesse n’a pas été tenue. Depuis juin 2012, début du mandat de François Hollande, le nombre de demandeurs d’emploi sans aucun travail a progressé de 17%, et même de 24% si l’on ajoute les demandeurs précaires qui ne travaillent qu’à temps partiel. En outre, si on entre dans le détail, on s’aperçoit que le nombre de chômeurs de plus de 50 ans a augmenté de 40% (à cause, entre autres, du recul de l’âge de départ en retraite), et que les demandeurs d’emplois inscrits depuis plus d’un an sont plus nombreux de 43% sur la mandature (et même de… 82% pour les chômeurs de plus de 3 ans, à cause là-aussi du recul de l’âge de départ en retraite). Il est logique dans ces conditions que la durée moyenne d’inscription à Pôle emploi soit passée de 468 jours en juin 2012 à 581 jours à la fin 2016. Tout le contraire d’une réussite.

Pour un président qui avait annoncé que la lutte pour l’emploi serait sa priorité, et considéré que l’inversion de la courbe du chômage serait un marqueur de sa politique, il aurait été très compliqué de briguer à nouveau les suffrages des électeurs, avec la publication de ces résultats en pleine primaires de la gauche et à quelques semaines du début de la campagne officielle.

Certes, l'ex Premier ministre Manuel Valls qui a assumé le bilan de l’action gouvernementale, peut tenter de pointer la baisse du taux de chômage (au sens du Bureau international du travail) redescendu au-dessous des 10%, et même à 9,7% pour la France métropolitaine au troisième trimestre 2016. Car l’économie française crée des emplois (environ 159.000 en 2015 par exemple selon l’Insee) ; mais elle accueille aussi un nombre de jeunes sur le marché travail supérieur au nombre des départs en retraite. Ce qui entraîne une augmentation de la population active. Aussi, même si le nombre d’inscrits à Pôle emploi a connu une hausse en valeur absolue, la proportion par rapport au nombre de personnes au travail a pu reculer un peu.

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