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Economiquement, une sortie de la Grande Bretagne de l’Europe pourrait ne pas créer de bouleversement sur le long terme.

 

Mais au-delà du débat britannique, l’Europe est placée au pied du mur pour trouver un nouvel élan sous peine de se désagréger.

 

La Grande Bretagne, avec ses 65 millions d’habitants, devait choisir soit de rester membre de l’Union européenne avec ses 508 millions de citoyens, ou de la quitter. C’est très précisément la question à laquelle les électeurs britanniques ont dû répondre le 23 juin… sachant qu’ils ne sont jamais totalement entrés dans l’Union. C’est le paradoxe de cette consultation. Mais aussi le résultat logique de la politique menée par le Royaume-Uni avec toujours un pied dans l’Union et l’autre dehors.

 

En effet, il n’aura fallu que six ans aux Britanniques après leur adhésion en 1973 à la Communauté européenne, pour commencer à négocier des aménagements au nom de leur spécificité. Dès 1979, sur le thème devenu célèbre de « I want my money back », Margaret Thatcher engageait un bras de fer pour obtenir un rabais de la contribution britannique au budget européen. Il y eut ensuite la non-adhésion de Londres à l’espace Schengen, comme un pied-de-nez aux principes fondateurs de l’Union européenne sur la liberté de circulation des biens et des personnes. Et son refus persistant d’adopter l’euro, monnaie commune à 19 pays (sur les 28 membres de l’Union) introduite en 2002 et aujourd’hui deuxième devise mondiale derrière le dollar mais devant la livre sterling !

 

A moitié dedans, à moitié dehors

 

En fait, c’est devenu un grand classique : à chaque traité européen, pour chaque nouvel accord, Londres a négocié un « opt out », une mesure d’exception  pour se fabriquer une adhésion à la carte. Quitte ensuite à revendiquer un droit de regard dans des domaines dont la Grande Bretagne s’est détournée,  comme lorsqu’elle voulut participer aux réunions de l’Eurogroupe bien qu’elle n’en partage pas la monnaie.

 

L’Union a pu s’accommoder de  cette singularité so british puisque les traités européens prévoient la possibilité pour certains Etats de constituer des coopérations renforcées auxquelles tous les membres ne participent pas. Ainsi l’Union a-t-elle progressé dans certains domaines sans les Britanniques.

 

Mais si l’on ajoute toutes les autres dérogations (ainsi, Londres a refusé de faire partie des instances de coopération des polices européennes, a arraché des exemptions sur le respect du temps de travail maximum en Europe et sur le versement des aides sociales aux migrants en provenance d’autres pays membres…), on peut considérer que la Grande Bretagne n’est jamais entrée des deux pieds dans  l’Union. Et maintenant qu’elle a souhaité en sortir, qu’en sera-t-il ?

 

L’hypothèse était apparemment plus plausible qu’elle n’est apparue à l’issue du vote, même en Grande Bretagne où la victoire du Brexit a surpris jusqu’à ses partisans. Depuis le début de l’année, les enquêtes contradictoires se sont répondu. Quand un sondage du Mail on Sunday donnait gagnant à 53% le camp du non à l’Europe, une tendance confirmée par The Observer,  le Gardian voyait les tenants du oui  l’emporter dans les mêmes proportions. Les indécis auront fait pencher la balance au dernier moment.

 

Il était grand temps que les électeurs s’expriment, pour que la pression au sein de l’opinion publique chauffée à blanc puisse retomber, quelle qu’en soit l’issue : la déchirure qui s’opérait sur le sujet dans le peuple britannique, dramatiquement symbolisée par le meurtre de la députée travailliste Jo Cox, plaçait les responsables politiques des deux camps dans l’obligation de sortir de l’affrontement.

 

Les ponts ne seront pas rompus

 

De toute façon, si la Grande Bretagne ne s’est jamais totalement projetée dans une Europe dont elle n’a jamais partagé la philosophie ni les objectifs, elle ne rompra jamais totalement les ponts non plus. Pas forcément par choix, mais par intérêt. Entre 1994 et 2004, une fois percé le tunnel sous la Manche dont le commerce britannique ne saurait plus se passer, les échanges entre le Royaume-Uni et l’Europe continentale ont doublé. La tendance s’est ensuite poursuivie.

 

Aujourd’hui, 13% du produit intérieur brut britannique provient de ses exportations vers l’Union, et 55% des échanges du royaume sont réalisés avec ses actuels partenaires européens.  Autrement dit, hors l’Europe, point de salut, n’en déplaise aux sujets de sa Majesté. Question de pragmatisme.

 

Certes, le Royaume-Uni dispose de réels atouts qui contribuent au rayonnement européen, comme par exemple la place financière de la City. Mais dans un monde de la finance totalement globalisé, celle-ci est déjà hors sol au cœur de Londres, et un arrimage du pays à l’Europe ou non n’influencera guère les opérations de marché qui sont traitées outre-Manche. En concurrence frontale avec New York, le vrai défi pour Londres consiste aujourd’hui à contrer l’influence grandissante des places asiatiques avec Hong-Kong en chef de file ; le projet de fusion déjà engagé avec la bourse de Francfort s’inscrit dans cette contre-attaque. Et le maintien ou non dans l’Europe ne modifiera pas la stratégie.

 

Enfin, même si le Footsie, l’indice phare de la bourse de Londres, baisse sous l’effet de dictature du court terme qui pèse sur les marchés financiers toujours nerveux, il reste toujours plus élevé aujourd’hui qu’en début d’année. Et lorsque l’incertitude – que les marchés détestent – sera levée avec le début des négociations de retrait, il pourra se redresser aussi vite qu’il aura reculé.

 

Il est un autre secteur où l’action de la Grande Bretagne est capitale en Europe : la défense, domaine où elle est de longue date le principal allié de la France. Mais compte tenu du piétinement de l’Europe de la Défense, c’est dans le cadre de l’OTAN et du Conseil de sécurité de l’ONU que les coopérations avec la Grande Bretagne sont aujourd’hui les plus opérationnelles, ce qu’un Brexit ne risque guère d’influencer. Notons d’ailleurs que les accords de coopération militaire entre la France et l’Angleterre sont avant tout bilatéraux, et une sortie de Londres de l’Europe ne les prédestinerait pas à devenir caducs.

 

Ainsi, même hors de l’Union, la Grande Bretagne n’a pas vocations à s’isoler du monde. La stratégie consistera à nouer de nouveaux accords avec ses anciens partenaires, quitte à rechercher des ouvertures privilégiées comme c’est le cas de la Norvège qui ne fait pas partie de l’UE mais est membre de l’Espace économique européen (EEE), ou de la Suisse qui est membre de l’Association européenne de libre-échange (AELE).

 

Du coup, ces pays sont très impliqués dans les échanges européens. En redevenant membre de l’AELE, la Grande Bretagne retrouverait un statut qui avait déjà été le sien avant son adhésion à la Communauté européenne. Compte tenu des dérogations obtenues par Londres au cours de son histoire dans l’Union, la rupture ne serait finalement pas si fondamentale.

 

Un coût surtout pour les Britanniques

 

Reste que les accords commerciaux à partir desquels s’organisent les échanges en Europe devraient être malgré tout renégociés par Londres avec ses futurs ex-partenaires et les instances de l’Union. Finalement, ne recherchant dans l’Europe que les opportunités offertes par un grand marché et rétive à tout projet qui rognerait sur sa souveraineté, la Grande Bretagne ne souhaite probablement rien d’autre : conserver les ouvertures commerciales sans rien concéder sur des objectifs collectifs.

 

Toutefois les nécessaires renégociations devraient prendre un temps certain. Pour les spécialistes, il faudrait au moins deux ans à la Grande Bretagne pour sortir définitivement de l’Europe après avoir bouclé ces nouveaux accords.  Et encore plus pour que la nouvelle organisation commerciale parvienne à sa vitesse de croisière. Cette période sera la plus critique pour les Britanniques, car elle aura mécaniquement une incidence sur l’activité.  Les hypothèses varient, d’un recul de 3% à horizon 2020 selon l’OCDE à 6% d’ici à 2030 d’après le Trésor britannique.

 

Ces pertes là, c’est certain, ne seront pas récupérables. Mais il s’agit du choix des électeurs: Personne ne les a obligés à choisir le Brexit, ce qui implique qu’ils étaient prêts à payer pour s’exclure d’une vision de l’Europe qu’ils ne partagent pas. A moins que certains leaders du « non » les aient abusés ; en ce cas, le règlement de comptes est circonscrit  à une affaire de politique intérieure.

 

Au moins les Britanniques n’auront-ils plus à contribuer au budget de l’Union, le quatrième en valeur en 2014 à 11,3 milliards d’euros (à comparer aux 25,8 milliards de contribution de l’Allemagne, 19,6 milliards de la France et 14,4 milliards de l’Italie). On connait les réticences britanniques au budget européen qu’ils estiment mal géré et dont les retombées sont jugées insuffisantes. Mais ils ne récupéreront pas non plus les montants rétrocédés sous diverses formes par l’UE, soit 7 milliards d’euros en 2014. Soit, au final, une sortie nette de 4,3 milliards pour la Grande Bretagne cette année-là.

 

Un Brexit à double tranchant

 

Malgré d’ultimes concessions consenties par les chefs d’Etat européens au Premier ministre David Cameron en février dernier pour lui permettre de plaider en faveur du maintien, les objectifs britanniques étaient-ils encore conciliables avec toute progression de l’intégration européenne ? En 43 ans d’adhésion, Alain Lamassoure, ancien ministre et député européen, a compté pas moins de « 24 sommets de la dernière chance » pour conserver la Grande Bretagne amarrée à l’Europe. François Hollande, bien qu’il ait plaidé en faveur du maintien,  aurait refusé d’aller plus loin dans les concessions : « Si les Britanniques veulent sortir, je le regretterai pour l’Europe, pour la Grande-Bretagne, pour la France, mais j’en prendrai acte », a-t-il déclaré en février dernier à l’occasion des dernières négociations avec David Cameron.

 

Plus clairement dans une interview à Paris Match, l’ancien ministre Michel Rocard a renvoyé la Grande-Bretagne à ses responsabilités dans l’actuel immobilisme européen : « Nous avons besoin que l’Europe recommence à jouer un rôle politique, diplomatique, et même militaire, fort. La France est trop souvent seule. Or aussi longtemps que les Britanniques seront là, on ne pourra rien faire. Si le Brexit se fait, cela devient possible ». Condition nécessaire selon lui, mais pas suffisante toutefois.

 

Ainsi, pour l’avenir de la construction européenne, le volet commercial et financier est finalement secondaire. Les exportations de l’Europe vers la Grande Bretagne représentent 3% du PIB de l’UE. Si elles devaient en être affectées, le recul serait d’autant plus surmontable qu’elles ne se tariront pas complètement, loin s’en faut. Quant à la perte pour le budget de l’Europe, elle impliquera juste l’élaboration d’une nouvelle grille de répartition.

 

Le véritable enjeu est celui de la consolidation de l’Europe et sa place dans le monde de demain. Or, dans cette perspective, un Brexit peut se révéler à double tranchant. Autant un une sortie de la Grande Bretagne peut faire sauter un verrou pour approfondir l’intégration, autant une victoire des europhobes britanniques peut encourager leurs homologues dans d’autres pays membres – en Pologne, en Hongrie, mais aussi en France, en Autriche, au Danemark, aux Pays Bas, en Allemagne… – et renforcer leur audience jusqu’au sein du Parlement européen où déjà, après les élections de 2014, les adversaires de l’Union ont obtenu plus 125 sièges (sans créer toutefois de groupe homogène) soit plus de 16% du total.

 

Mais le statu quo dans le cas d’un maintien de la Grande Bretagne dans l’UE aurait été tout aussi dangereux, à cause du désenchantement créé par la panne d’intégration. Or la multiplication des dérogations revendiquées par les Britanniques sont autant d’arguments apportés aux eurosceptiques d’autres pays membres pour dénoncer une Union en trompe-l’œil, avec des mesures plus ou moins discriminatoires accordées à certains membres et pas à d’autres…

 

Soit l’Union accepte le principe d’une Europe à la carte et c’est le projet européen qui s’effondre, soit elle relance l’intégration, ce qui implique qu’elle s’extirpe de son actuelle inertie. L’Europe ne fera donc pas l’économie d’une profonde remise en question, Brexit ou pas.

 

« Des décisions devront être prises », a insisté François Hollande. Et rapidement. C’est évident dans le cas d’un Brexit puisque la cinquième économie mondiale a décidé de rompre les marres et crée un précédent dans l’histoire de la Communauté. Il faudra recréer des équilibres, mais aussi relancer un processus qui fédère les Européens et les ré-enchante au risque, sinon, de voir d’autres membres s’engouffrer dans la brèche. Mais c’eut été tout aussi vrai au cas où la Grande Bretagne aurait décidé de demeurer dans l’Union, Dans tous les cas, le vote des Britanniques sur le Brexit a lancé un défi à l’Union. Qui maintenant, même sans le Royaume-Uni, est menacée par la dislocation.

 

Gilles BRIDIER

(d’après un article publié sur www.slate.fr)

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Fessée électorale

FESSEE ELECTORALE - Lors de la réforme constitutionnelle qui instaura le quinquennat avec dans la foulée des élections législatives pour faire concorder les calendriers, les commentateurs politiques soulignaient que les présidents élus pourraient ainsi s'appuyer sur de véritables majorités pour gouverner, la logique électorale devant permettre aux secondes de confirmer le résultat de la première. Pourquoi s'étonner que le phénomène se produise aujourd'hui? Les vieux partis de gouvernement ont fait perdre le goût de la politique aux citoyens, qui ne se mobilisent plus que dans un contexte de dramatisation. D'où la forte abstention, phénomène qu'on relève dans d'autres démocraties. Quant aux citoyens qui remplissent leur devoir civique, ils sanctionnent ces vieux partis, pour les mêmes raisons que les abstentionnistes. Les Français ont mené une révolution dans les urnes. Ceux qui ne l'avaient pas vu venir n'ont pas vocation à diriger un pays avec lequel ils ont perdu le contact. Reste maintenant à rendre aux électeurs le goût de la politique, pour ne pas laisser la démocratie dépérir.

G&L

REPERES

- Population France : 66,6 millions d'habitants début 2016
(Union européenne à 28: 510,1 millions)
- Population active: 28,7 millions de personnes en 2016
- Chômeurs: 2,8 millions de personnes au sens du BIT (plus 1,5 million dans le halo du chômage) mi-2016, soit 9,9% de la population active
- Produit intérieur brut (PIB) France: 2.181 milliards d'euros courants en 2015 (Union européenne: 13.920 milliards d'euros, zone euro: 10.111 milliards d'euros)
- PIB par habitant: 32.795 euros en 2015
- Smic mensuel brut: 1.466 euros (1.144 euros net) en 2016
- Salaire moyen brut: 2.912 euros (2.202 euros net) secteur privé
- Salaire médian : 1.730 euros
- Dette publique France : 2.170 milliards d'euros fin juin 2016, soit 98,4% du PIB
- Dette par habitant: 34.476 euros
- Déficit commercial: 45,7 milliards d'euros en 2015

trou sécu

SECU: SI PROFOND, CE TROU ?

Les Français sont des gros consommateurs de produits et services de santé, mais ils soutiennent la comparaison avec d’autres. Les dépenses de santé calculées par la Banque Mondiale en 2014 ont représenté en France 11,5% du produit intérieur brut (PIB), moins qu’aux Etats Unis et quasiment au même niveau qu’en Allemagne .

Par habitant, les dépenses des Français ont été évaluées cette même année à 4.959 dollars, loin derrière les Suisses, les Norvégiens, les Américains, les Suédois, les Danois, les Néerlandais ou les Allemands. L’énumération est fastidieuse, mais pas inutile : Les Français ne sont pas hors normes, loin s’en faut.

S’il existe une spécificité française, elle se situe au niveau du financement des dépenses de santé. La Cour des Comptes a dressé en septembre dernier un tableau précis pour 2015, en établissant que l’Assurance maladie a couvert 76,8% des 194,6 milliards d’euros des dépenses de soins et de biens médicaux, et les organismes complémentaires intervenant pour 14,1%. Le reste à charge direct des Français n’est plus que de 8,4%. Notons toutefois que les assurances et mutuelles complémentaires étant financées par les assurés eux-mêmes, les ménages prennent en réalité en charge 22,7% des dépenses de santé, hors Sécurité sociale.

Mais leur contribution ne s’arrête pas là. Car parmi les sources de financement de Sécurité sociale dont l’Assurance maladie est un des volets, les cotisations qui ont représenté 63% du total en 2015, sont assurées à 20% par les salariés et à 7% par les non salariés (les employeurs ayant la charge des 72% restant), selon un rapport de la Sécurité sociale de septembre 2016.

C’est donc au total quelque 40% des dépenses de santé qui, par ces différents canaux de financement, incombent aux assurés, sans parler de la part des recettes de CSG qui viennent alimenter les caisses de la Sécu.

Des économies doivent toujours être réalisées, pour alléger les charges aussi bien des entreprises que des ménages. La tendance est amorcée: après avoir atteint 24 milliards en 2010, le déficit du régime général a été réduit à 13,3 milliards d’euros en 2012 et limité à 6,4 milliards en 2015. Certes, les gymnastiques comptables des experts compliquent les comparaisons toujours difficiles à établir dans le labyrinthe des comptes de la Sécu, notamment avec la mise en place en 2016 de la protection universelle maladie.

Malgré tout, si l’on s’en tient aux grandes masses affichées, ce déficit devrait être contenu à 3,4 milliards d’euros en 2016, avant de repasser à 6,3 milliards en 2017. Un déficit auquel il convient d’ajouter le résultat du fonds de solidarité vieillesse, déficitaire lui-même de l’ordre de 3,9 milliards d’euros cette année.

Mais ces déficits doivent être rapportés à l’ensemble des recettes du régime général (471 milliards d’euros en 2016) et des dépenses (477 milliards), hors fonds de solidarité vieillesse (FSV). Ainsi, les pertes pour l’ensemble du régime général devraient être inférieures à 1% des dépenses cette année, et porter sur moins de 1,5% en 2017 comme en 2015 (au lieu de 2,8% en 2013). En intégrant le FSV, les déficits passeraient à 1,5% des dépenses en 2016 et un peu plus de 2% en 2017. Bien sûr, des pertes sont toujours trop lourdes. Mais à ce niveau, des solutions doivent pouvoir être mises en œuvre par des actes de gestion et pas forcément par un bouleversement du système.

L’ubérisation, vecteur de précarisation

UBER, VECTEUR DE PRECARITE

Les chauffeurs Uber en colère en font l’expérience : le modèle économique développé par l’entreprise californienne n’est pas fondé sur le partage, mais sur la précarisation.

Pour concurrencer les taxis en utilisant la plateforme technologique qui permet aux clients de se mettre en relation avec les chauffeurs de VTC, ceux-ci doivent rétrocéder à Uber une commission de 25% sur le prix de leurs courses… sans avoir la liberté de fixer leurs tarifs et en héritant de toutes les contraintes.

Même si l’entreprise présente abusivement les chauffeurs comme des partenaires, elle développe un modèle dans lequel elle se libère de la prise en charge des coûts d’exploitation des véhicules et de toutes les charges sociales des conducteurs, décidant de la politique commerciale sans en subir les effets. En quelque sorte, l’équivalent d’une entreprise sans usine avec seulement un centre de recherche et un service marketing, utilisant uniquement des sous-traitants captifs : un vieux rêve d’exploitation capitaliste, aux antipodes d’un système collaboratif.

Le soi-disant miracle économique de « l’uberisation » n’est rien d’autre, dans ce cas précis, qu’une dérive bien connue accommodée à la sauce numérique.
La problématique posée par l’uberisation de l’économie implique de profondes remises en question. Sous l’effet de la révolution numérique, la multiplication de plateformes collaboratives grâce auxquelles le consommateur devient aussi fournisseur de services, est à l’origine d’une d’économie nouvelle. Depuis le covoiturage jusqu’au financement participatif pour des projets de toutes tailles, en passant par la location de logements de particuliers ou la vente de produits agricoles. Toute une économie qui échappe en partie aux prélèvements fiscaux et aux cotisations sociales.

En bout de course avec l’extension du phénomène, la révolution numérique mise au service de l’économie du partage débouchent sur un manque à gagner pour l’Etat, fragilisant l’équilibre des systèmes actuels de redistribution et de protection sociale déjà malmenés.

Cette mutation vers une économie numérique apparaît pourtant inéluctable. Le rôle des pouvoirs publics consiste à l’intégrer en douceur pour que le système, ébranlé, puisse s’adapter progressivement, afin d'éviter des déchirures dans le tissu social. Le défi n’est plus technologique, mais culturel.

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EUROPE: DEUX ANS POUR REUSSIR LA COORDINATION FISCALE

Pierre Moscovici, Commissaire aux affaires économiques et financières et à la fiscalité, en convient : l’actuelle commission est « celle de la dernière chance pour l’Europe », concède-t-il. Or, l’équipe animée à Bruxelles par Jean-Claude Juncker, président, dispose de moins de trois ans avant les prochaines élections européennes pour mettre en échec les partis eurosceptiques qui gagnent du terrain dans de nombreux pays comme en Grande Bretagne. Un compte à rebours très serré.

Dans ces conditions, la coordination fiscale en Europe devient un enjeu capital. Ce fut une des pistes privilégiées par François Hollande au lendemain du référendum britannique pour repousser le risque d’une dislocation de l’Union. « Il s’agit d’abord d’en finir avec des distorsions de concurrence en commençant par l’impôt sur les sociétés », avait-il déclaré. Si l’Union ne doit être qu’une auberge espagnole dans laquelle chaque membre tire la couverture à lui en s’affranchissant des règles collectives, c’est tout le principe de la construction européenne qui est remis en question.
La Commission est coupable d’avoir laissé en déshérence le projet d’assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés (ACCIS). A défaut d’une harmonisation des taux, ce mécanisme pourrait s’avérer efficace pour lutter contre le transfert de bénéfices et les pratiques fiscales abusives utilisées par les entreprises au sein de l’Union.
La Commission en avait émis le principe dès 2001. Et depuis, on n’avait assisté qu’à des tergiversations notamment de la part des Etats membres pour utiliser les travaux du groupe de travail devant plancher sur le sujet. Malgré tout en 2011 – soit dix ans plus tard – la Commission présentait un projet. Qui, lui aussi, dut finir au fond d’un tiroir.

Dans un contexte marqué par le Brexit, Pierre Moscovici se déclare déterminé à relancer le projet ACCIS sur la coordination des assiettes fiscales en Europe. La Commission va devoir progresser sur ce projet avec des Etats toujours soucieux de leur souveraineté en matière de politique budgétaire. Les écueils seront nombreux. Et surtout, elle doit avancer très vite pour que, en 2019 avant les élections au Parlement européen, les tenants de l’Union européenne puissent présenter de résultats concrets et pas seulement des montages abstraits pour tenir les eurosceptiques en échec. Afin de ne pas voir un Parlement gagné par… les adversaires de l’Union.

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CHOMAGE: DES SUCCES TROP TARDIFS POUR GOMMER L'ECHEC DU QUINQUENNAT

Au vu du nombre de demandeurs d’emplois enregistrés par Pôle emploi à la fin de l’année 2016 (3,47 millions de personnes sans aucun travail, 5,47 millions en ajoutant les précaires en temps partiels), François Hollande n’aura pas de regret d’avoir renoncé à briguer un deuxième mandat. La promesse n’a pas été tenue. Depuis juin 2012, début du mandat de François Hollande, le nombre de demandeurs d’emploi sans aucun travail a progressé de 17%, et même de 24% si l’on ajoute les demandeurs précaires qui ne travaillent qu’à temps partiel. En outre, si on entre dans le détail, on s’aperçoit que le nombre de chômeurs de plus de 50 ans a augmenté de 40% (à cause, entre autres, du recul de l’âge de départ en retraite), et que les demandeurs d’emplois inscrits depuis plus d’un an sont plus nombreux de 43% sur la mandature (et même de… 82% pour les chômeurs de plus de 3 ans, à cause là-aussi du recul de l’âge de départ en retraite). Il est logique dans ces conditions que la durée moyenne d’inscription à Pôle emploi soit passée de 468 jours en juin 2012 à 581 jours à la fin 2016. Tout le contraire d’une réussite.

Pour un président qui avait annoncé que la lutte pour l’emploi serait sa priorité, et considéré que l’inversion de la courbe du chômage serait un marqueur de sa politique, il aurait été très compliqué de briguer à nouveau les suffrages des électeurs, avec la publication de ces résultats en pleine primaires de la gauche et à quelques semaines du début de la campagne officielle.

Certes, l'ex Premier ministre Manuel Valls qui a assumé le bilan de l’action gouvernementale, peut tenter de pointer la baisse du taux de chômage (au sens du Bureau international du travail) redescendu au-dessous des 10%, et même à 9,7% pour la France métropolitaine au troisième trimestre 2016. Car l’économie française crée des emplois (environ 159.000 en 2015 par exemple selon l’Insee) ; mais elle accueille aussi un nombre de jeunes sur le marché travail supérieur au nombre des départs en retraite. Ce qui entraîne une augmentation de la population active. Aussi, même si le nombre d’inscrits à Pôle emploi a connu une hausse en valeur absolue, la proportion par rapport au nombre de personnes au travail a pu reculer un peu.

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