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Economiquement, une sortie de la Grande Bretagne de l’Europe pourrait ne pas créer de bouleversement sur le long terme.

 

Mais au-delà du débat britannique, l’Europe est placée au pied du mur pour trouver un nouvel élan sous peine de se désagréger.

 

La Grande Bretagne, avec ses 65 millions d’habitants, devait choisir soit de rester membre de l’Union européenne avec ses 508 millions de citoyens, ou de la quitter. C’est très précisément la question à laquelle les électeurs britanniques ont dû répondre le 23 juin… sachant qu’ils ne sont jamais totalement entrés dans l’Union. C’est le paradoxe de cette consultation. Mais aussi le résultat logique de la politique menée par le Royaume-Uni avec toujours un pied dans l’Union et l’autre dehors.

 

En effet, il n’aura fallu que six ans aux Britanniques après leur adhésion en 1973 à la Communauté européenne, pour commencer à négocier des aménagements au nom de leur spécificité. Dès 1979, sur le thème devenu célèbre de « I want my money back », Margaret Thatcher engageait un bras de fer pour obtenir un rabais de la contribution britannique au budget européen. Il y eut ensuite la non-adhésion de Londres à l’espace Schengen, comme un pied-de-nez aux principes fondateurs de l’Union européenne sur la liberté de circulation des biens et des personnes. Et son refus persistant d’adopter l’euro, monnaie commune à 19 pays (sur les 28 membres de l’Union) introduite en 2002 et aujourd’hui deuxième devise mondiale derrière le dollar mais devant la livre sterling !

 

A moitié dedans, à moitié dehors

 

En fait, c’est devenu un grand classique : à chaque traité européen, pour chaque nouvel accord, Londres a négocié un « opt out », une mesure d’exception  pour se fabriquer une adhésion à la carte. Quitte ensuite à revendiquer un droit de regard dans des domaines dont la Grande Bretagne s’est détournée,  comme lorsqu’elle voulut participer aux réunions de l’Eurogroupe bien qu’elle n’en partage pas la monnaie.

 

L’Union a pu s’accommoder de  cette singularité so british puisque les traités européens prévoient la possibilité pour certains Etats de constituer des coopérations renforcées auxquelles tous les membres ne participent pas. Ainsi l’Union a-t-elle progressé dans certains domaines sans les Britanniques.

 

Mais si l’on ajoute toutes les autres dérogations (ainsi, Londres a refusé de faire partie des instances de coopération des polices européennes, a arraché des exemptions sur le respect du temps de travail maximum en Europe et sur le versement des aides sociales aux migrants en provenance d’autres pays membres…), on peut considérer que la Grande Bretagne n’est jamais entrée des deux pieds dans  l’Union. Et maintenant qu’elle a souhaité en sortir, qu’en sera-t-il ?

 

L’hypothèse était apparemment plus plausible qu’elle n’est apparue à l’issue du vote, même en Grande Bretagne où la victoire du Brexit a surpris jusqu’à ses partisans. Depuis le début de l’année, les enquêtes contradictoires se sont répondu. Quand un sondage du Mail on Sunday donnait gagnant à 53% le camp du non à l’Europe, une tendance confirmée par The Observer,  le Gardian voyait les tenants du oui  l’emporter dans les mêmes proportions. Les indécis auront fait pencher la balance au dernier moment.

 

Il était grand temps que les électeurs s’expriment, pour que la pression au sein de l’opinion publique chauffée à blanc puisse retomber, quelle qu’en soit l’issue : la déchirure qui s’opérait sur le sujet dans le peuple britannique, dramatiquement symbolisée par le meurtre de la députée travailliste Jo Cox, plaçait les responsables politiques des deux camps dans l’obligation de sortir de l’affrontement.

 

Les ponts ne seront pas rompus

 

De toute façon, si la Grande Bretagne ne s’est jamais totalement projetée dans une Europe dont elle n’a jamais partagé la philosophie ni les objectifs, elle ne rompra jamais totalement les ponts non plus. Pas forcément par choix, mais par intérêt. Entre 1994 et 2004, une fois percé le tunnel sous la Manche dont le commerce britannique ne saurait plus se passer, les échanges entre le Royaume-Uni et l’Europe continentale ont doublé. La tendance s’est ensuite poursuivie.

 

Aujourd’hui, 13% du produit intérieur brut britannique provient de ses exportations vers l’Union, et 55% des échanges du royaume sont réalisés avec ses actuels partenaires européens.  Autrement dit, hors l’Europe, point de salut, n’en déplaise aux sujets de sa Majesté. Question de pragmatisme.

 

Certes, le Royaume-Uni dispose de réels atouts qui contribuent au rayonnement européen, comme par exemple la place financière de la City. Mais dans un monde de la finance totalement globalisé, celle-ci est déjà hors sol au cœur de Londres, et un arrimage du pays à l’Europe ou non n’influencera guère les opérations de marché qui sont traitées outre-Manche. En concurrence frontale avec New York, le vrai défi pour Londres consiste aujourd’hui à contrer l’influence grandissante des places asiatiques avec Hong-Kong en chef de file ; le projet de fusion déjà engagé avec la bourse de Francfort s’inscrit dans cette contre-attaque. Et le maintien ou non dans l’Europe ne modifiera pas la stratégie.

 

Enfin, même si le Footsie, l’indice phare de la bourse de Londres, baisse sous l’effet de dictature du court terme qui pèse sur les marchés financiers toujours nerveux, il reste toujours plus élevé aujourd’hui qu’en début d’année. Et lorsque l’incertitude – que les marchés détestent – sera levée avec le début des négociations de retrait, il pourra se redresser aussi vite qu’il aura reculé.

 

Il est un autre secteur où l’action de la Grande Bretagne est capitale en Europe : la défense, domaine où elle est de longue date le principal allié de la France. Mais compte tenu du piétinement de l’Europe de la Défense, c’est dans le cadre de l’OTAN et du Conseil de sécurité de l’ONU que les coopérations avec la Grande Bretagne sont aujourd’hui les plus opérationnelles, ce qu’un Brexit ne risque guère d’influencer. Notons d’ailleurs que les accords de coopération militaire entre la France et l’Angleterre sont avant tout bilatéraux, et une sortie de Londres de l’Europe ne les prédestinerait pas à devenir caducs.

 

Ainsi, même hors de l’Union, la Grande Bretagne n’a pas vocations à s’isoler du monde. La stratégie consistera à nouer de nouveaux accords avec ses anciens partenaires, quitte à rechercher des ouvertures privilégiées comme c’est le cas de la Norvège qui ne fait pas partie de l’UE mais est membre de l’Espace économique européen (EEE), ou de la Suisse qui est membre de l’Association européenne de libre-échange (AELE).

 

Du coup, ces pays sont très impliqués dans les échanges européens. En redevenant membre de l’AELE, la Grande Bretagne retrouverait un statut qui avait déjà été le sien avant son adhésion à la Communauté européenne. Compte tenu des dérogations obtenues par Londres au cours de son histoire dans l’Union, la rupture ne serait finalement pas si fondamentale.

 

Un coût surtout pour les Britanniques

 

Reste que les accords commerciaux à partir desquels s’organisent les échanges en Europe devraient être malgré tout renégociés par Londres avec ses futurs ex-partenaires et les instances de l’Union. Finalement, ne recherchant dans l’Europe que les opportunités offertes par un grand marché et rétive à tout projet qui rognerait sur sa souveraineté, la Grande Bretagne ne souhaite probablement rien d’autre : conserver les ouvertures commerciales sans rien concéder sur des objectifs collectifs.

 

Toutefois les nécessaires renégociations devraient prendre un temps certain. Pour les spécialistes, il faudrait au moins deux ans à la Grande Bretagne pour sortir définitivement de l’Europe après avoir bouclé ces nouveaux accords.  Et encore plus pour que la nouvelle organisation commerciale parvienne à sa vitesse de croisière. Cette période sera la plus critique pour les Britanniques, car elle aura mécaniquement une incidence sur l’activité.  Les hypothèses varient, d’un recul de 3% à horizon 2020 selon l’OCDE à 6% d’ici à 2030 d’après le Trésor britannique.

 

Ces pertes là, c’est certain, ne seront pas récupérables. Mais il s’agit du choix des électeurs: Personne ne les a obligés à choisir le Brexit, ce qui implique qu’ils étaient prêts à payer pour s’exclure d’une vision de l’Europe qu’ils ne partagent pas. A moins que certains leaders du « non » les aient abusés ; en ce cas, le règlement de comptes est circonscrit  à une affaire de politique intérieure.

 

Au moins les Britanniques n’auront-ils plus à contribuer au budget de l’Union, le quatrième en valeur en 2014 à 11,3 milliards d’euros (à comparer aux 25,8 milliards de contribution de l’Allemagne, 19,6 milliards de la France et 14,4 milliards de l’Italie). On connait les réticences britanniques au budget européen qu’ils estiment mal géré et dont les retombées sont jugées insuffisantes. Mais ils ne récupéreront pas non plus les montants rétrocédés sous diverses formes par l’UE, soit 7 milliards d’euros en 2014. Soit, au final, une sortie nette de 4,3 milliards pour la Grande Bretagne cette année-là.

 

Un Brexit à double tranchant

 

Malgré d’ultimes concessions consenties par les chefs d’Etat européens au Premier ministre David Cameron en février dernier pour lui permettre de plaider en faveur du maintien, les objectifs britanniques étaient-ils encore conciliables avec toute progression de l’intégration européenne ? En 43 ans d’adhésion, Alain Lamassoure, ancien ministre et député européen, a compté pas moins de « 24 sommets de la dernière chance » pour conserver la Grande Bretagne amarrée à l’Europe. François Hollande, bien qu’il ait plaidé en faveur du maintien,  aurait refusé d’aller plus loin dans les concessions : « Si les Britanniques veulent sortir, je le regretterai pour l’Europe, pour la Grande-Bretagne, pour la France, mais j’en prendrai acte », a-t-il déclaré en février dernier à l’occasion des dernières négociations avec David Cameron.

 

Plus clairement dans une interview à Paris Match, l’ancien ministre Michel Rocard a renvoyé la Grande-Bretagne à ses responsabilités dans l’actuel immobilisme européen : « Nous avons besoin que l’Europe recommence à jouer un rôle politique, diplomatique, et même militaire, fort. La France est trop souvent seule. Or aussi longtemps que les Britanniques seront là, on ne pourra rien faire. Si le Brexit se fait, cela devient possible ». Condition nécessaire selon lui, mais pas suffisante toutefois.

 

Ainsi, pour l’avenir de la construction européenne, le volet commercial et financier est finalement secondaire. Les exportations de l’Europe vers la Grande Bretagne représentent 3% du PIB de l’UE. Si elles devaient en être affectées, le recul serait d’autant plus surmontable qu’elles ne se tariront pas complètement, loin s’en faut. Quant à la perte pour le budget de l’Europe, elle impliquera juste l’élaboration d’une nouvelle grille de répartition.

 

Le véritable enjeu est celui de la consolidation de l’Europe et sa place dans le monde de demain. Or, dans cette perspective, un Brexit peut se révéler à double tranchant. Autant un une sortie de la Grande Bretagne peut faire sauter un verrou pour approfondir l’intégration, autant une victoire des europhobes britanniques peut encourager leurs homologues dans d’autres pays membres – en Pologne, en Hongrie, mais aussi en France, en Autriche, au Danemark, aux Pays Bas, en Allemagne… – et renforcer leur audience jusqu’au sein du Parlement européen où déjà, après les élections de 2014, les adversaires de l’Union ont obtenu plus 125 sièges (sans créer toutefois de groupe homogène) soit plus de 16% du total.

 

Mais le statu quo dans le cas d’un maintien de la Grande Bretagne dans l’UE aurait été tout aussi dangereux, à cause du désenchantement créé par la panne d’intégration. Or la multiplication des dérogations revendiquées par les Britanniques sont autant d’arguments apportés aux eurosceptiques d’autres pays membres pour dénoncer une Union en trompe-l’œil, avec des mesures plus ou moins discriminatoires accordées à certains membres et pas à d’autres…

 

Soit l’Union accepte le principe d’une Europe à la carte et c’est le projet européen qui s’effondre, soit elle relance l’intégration, ce qui implique qu’elle s’extirpe de son actuelle inertie. L’Europe ne fera donc pas l’économie d’une profonde remise en question, Brexit ou pas.

 

« Des décisions devront être prises », a insisté François Hollande. Et rapidement. C’est évident dans le cas d’un Brexit puisque la cinquième économie mondiale a décidé de rompre les marres et crée un précédent dans l’histoire de la Communauté. Il faudra recréer des équilibres, mais aussi relancer un processus qui fédère les Européens et les ré-enchante au risque, sinon, de voir d’autres membres s’engouffrer dans la brèche. Mais c’eut été tout aussi vrai au cas où la Grande Bretagne aurait décidé de demeurer dans l’Union, Dans tous les cas, le vote des Britanniques sur le Brexit a lancé un défi à l’Union. Qui maintenant, même sans le Royaume-Uni, est menacée par la dislocation.

 

Gilles BRIDIER

(d’après un article publié sur www.slate.fr)

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guerillero

PATRIOTES ? Les électeurs frontistes souhaitent le rétablissement des frontières et des taxes à l'importation. Mais les mêmes, comme consommateurs, choisissent-ils d'eux-mêmes des produits made in France lorsqu'ils ont le choix ? Pas sûr! On pourrait regarder s'ils ne possèdent tous que des voitures françaises, par exemple. Avant de rétablir des taxes qui augmenteront les prix des produits importés et qui, en retour, pénaliseront les exportations, que ces consommateurs qui se disent patriotes commencent par privilégier les marques françaises, sans forcément cadenasser l'Europe ni verrouiller le libre échange.

G&L

REPERES

- Population France : 66,6 millions d'habitants début 2016
(Union européenne à 28: 510,1 millions)
- Population active: 28,7 millions de personnes en 2016
- Chômeurs: 2,8 millions de personnes au sens du BIT (plus 1,5 million dans le halo du chômage) mi-2016, soit 9,9% de la population active
- Produit intérieur brut (PIB) France: 2.181 milliards d'euros courants en 2015 (Union européenne: 13.920 milliards d'euros, zone euro: 10.111 milliards d'euros)
- PIB par habitant: 32.795 euros en 2015
- Smic mensuel brut: 1.466 euros (1.144 euros net) en 2016
- Salaire moyen brut: 2.912 euros (2.202 euros net) secteur privé
- Salaire médian : 1.730 euros
- Dette publique France : 2.170 milliards d'euros fin juin 2016, soit 98,4% du PIB
- Dette par habitant: 34.476 euros
- Déficit commercial: 45,7 milliards d'euros en 2015

L’ubérisation, vecteur de précarisation

UBER, VECTEUR DE PRECARITE

Les chauffeurs Uber en colère en font l’expérience : le modèle économique développé par l’entreprise californienne n’est pas fondé sur le partage, mais sur la précarisation.
Pour concurrencer les taxis en utilisant la plateforme technologique qui permet aux clients de se mettre en relation avec les chauffeurs de VTC, ceux-ci doivent rétrocéder à Uber une commission de 25% sur le prix de leurs courses… sans avoir la liberté de fixer leurs tarifs et en héritant de toutes les contraintes.
Même si l’entreprise présente abusivement les chauffeurs comme des partenaires, elle développe un modèle dans lequel elle se libère de la prise en charge des coûts d’exploitation des véhicules et de toutes les charges sociales des conducteurs, décidant de la politique commerciale sans en subir les effets. En quelque sorte, l’équivalent d’une entreprise sans usine avec seulement un centre de recherche et un service marketing, utilisant uniquement des sous-traitants captifs : un vieux rêve d’exploitation capitaliste, aux antipodes d’un système collaboratif.
Le soi-disant miracle économique de « l’uberisation » n’est rien d’autre, dans ce cas précis, qu’une dérive bien connue accommodée à la sauce numérique.
La problématique posée par l’uberisation de l’économie implique de profondes remises en question. Sous l’effet de la révolution numérique, la multiplication de plateformes collaboratives grâce auxquelles le consommateur devient aussi fournisseur de services, est à l’origine d’une d’économie nouvelle. Depuis le covoiturage jusqu’au financement participatif pour des projets de toutes tailles, en passant par la location de logements de particuliers ou la vente de produits agricoles. Toute une économie qui échappe en partie aux prélèvements fiscaux et aux cotisations sociales.
En bout de course avec l’extension du phénomène, la révolution numérique mise au service de l’économie du partage débouchent sur un manque à gagner pour l’Etat, fragilisant l’équilibre des systèmes actuels de redistribution et de protection sociale déjà malmenés.
Mais il n’existe pas de remèdes miracles pour réduire les coûts. On le voit dans le cas des taxis : les baisses de tarifs dont profitent les clients ne deviennent possibles que par le biais d’une plus grande flexibilité du travail associée à une plus grande précarisation des chauffeurs. Les argumentaires peuvent vouloir démontrer le contraire, il n’en demeure pas moins vrai que, une fois compressés les coûts de structure et les charges sociales, c’est sur les rémunérations que des économies sont trouvées…
Cette mutation vers une économie numérique apparaît pourtant inéluctable. Le rôle des pouvoirs publics consiste à l’intégrer en douceur pour que le système, ébranlé, puisse s’adapter progressivement, afin d'éviter des déchirures dans le tissu social. Le défi n’est plus technologique, mais culturel.

quadri

EUROPE: TROIS ANS POUR REUSSIR LA COORDINATION FISCALE

Pierre Moscovici, Commissaire aux affaires économiques et financières et à la fiscalité, en convient : l’actuelle commission est « celle de la dernière chance pour l’Europe », concède-t-il. Or, l’équipe animée à Bruxelles par Jean-Claude Juncker, président, dispose de moins de trois ans avant les prochaines élections européennes pour mettre en échec les partis eurosceptiques qui gagnent du terrain dans de nombreux pays comme en Grande Bretagne. Un compte à rebours très serré.
Dans l’intervalle, les élections nationales seront des tests déterminants : « En France, l’élection présidentielle sera un référendum sur l’Europe », a commenté l’ex-ministre français de l’Economie en faisant allusion à la percée du Front national dans les sondages.
Dans ces conditions, la coordination fiscale en Europe devient un enjeu capital. Ce fut une des pistes privilégiées par François Hollande au lendemain du référendum britannique pour repousser le risque d’une dislocation de l’Union. « Il s’agit d’abord d’en finir avec des distorsions de concurrence en commençant par l’impôt sur les sociétés », avait-il déclaré. Si l’Union ne doit être qu’une auberge espagnole dans laquelle chaque membre tire la couverture à lui en s’affranchissant des règles collectives, c’est tout le principe de la construction européenne qui est remis en question.
La Commission est coupable d’avoir laissé en déshérence le projet d’assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés (ACCIS). A défaut d’une harmonisation des taux, ce mécanisme pourrait s’avérer efficace pour lutter contre le transfert de bénéfices et les pratiques fiscales abusives utilisées par les entreprises au sein de l’Union.
La Commission en avait émis le principe dès 2001. Et depuis, on n’avait assisté qu’à des tergiversations notamment de la part des Etats membres pour utiliser les travaux du groupe de travail devant plancher sur le sujet. Malgré tout en 2011 – soit dix ans plus tard – la Commission présentait un projet. Qui, lui aussi, dut finir au fond d’un tiroir.
Dans un contexte marqué par le Brexit, Pierre Moscovici se déclare déterminé à relancer le projet ACCIS sur la coordination des assiettes fiscales en Europe. La Commission va devoir progresser sur ce projet avec des Etats toujours soucieux de leur souveraineté en matière de politique budgétaire. Les écueils seront nombreux. Et surtout, elle doit avancer très vite pour que, en 2019 avant les élections au Parlement européen, les tenants de l’Union européenne puissent présenter de résultats concrets et pas seulement des montages abstraits pour tenir les eurosceptiques en échec. Afin de ne pas voir un Parlement gagné par… les adversaires de l’Union.

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LE DECROCHAGE DE L'ECONOMIE FRANCAISE EST-IL IRREVERSIBLE?

Certes, un PIB ne fait pas rêver. Mais il peut faire réfléchir, car son évolution est aussi une photographie d’une économie. De 2.134 milliards d’euros en 2014 selon l’Insee, la totalité des biens et services produits sur le territoire français a progressé de 1,1% en 2015. C’est moins que pour l’ensemble de la zone euro qui, selon le Fonds monétaire international (FMI) , a connu une croissance de 1,6%. Si on considère que la hausse des productions a atteint 1,9% cette année-là pour le peloton des pays avancés, la France est décrochée.
L'économie française subit l’une des plus fortes corrections alors que croissance est trois fois plus élevées pour la Suède, près de deux fois pour la Grande Bretagne et supérieure de 30% pour l’Allemagne.
On peut établir une relation directe entre ces agrégats et les niveaux de vie. Pire: lorsqu’on s’intéresse au PIB par habitant exprimé en PPA, la France ne pointait plus qu’au 24e rang en 2014 selon les statistiques établies par la Banque mondiale. Et si on se focalise sur l’Europe, la Banque de France montre que le PIB français par habitant en PPA est à peine au niveau de la moyenne de la zone euro, et n’arrivait qu’au 11e rang en 2014 de l’ensemble des membres de l’Union européenne.
Ce n’est pas une surprise : le ministère de l’Economie constate que le PIB français décroche depuis 40 ans avec une progression par habitant inférieure à la moyenne des pays de l’OCDE. Ce qui impacte très directement l’évolution des conditions de vie des Français.

retraité ou chômeur

PRIVILEGIES, LES RETRAITES?

Il serait impossible ici d’examiner en détail les 35 régimes de retraite qui existent en France compte tenu des différences à l’origine de l’opacité du système. On s’en tiendra donc à la branche retraite du régime général de la Sécurité sociale, gérée par la Caisse nationale d’assurance et qui représente plus de la moitié (54%) du total des retraites servies en France. Soit, en 2012, 101,5 milliards d’euros de prestations versées à 13,2 millions de retraités, pour un déficit de 4,79 milliards d’euros de ce seul régime.
Mais, pour la retraite de la CNAV, il existe un plafond : le salaire pris en compte dans le calcul ne peut dépasser le plafond de la Sécurité sociale, soit actuellement 3.086 euros. De sorte que la retraite de base de la Sécu est elle-même plafonnée, actuellement à 1.543 euros par mois. Quel que soit le salaire de référence.
Encore s’agit-il d’un montant brut. En net, on tombe à quelque 1.350 euros. Pas de quoi bambocher, une fois déduites les dépenses contraintes de logement, d’alimentation, d’énergie et de téléphone.
Et tout le monde n’est pas à ce plafond, qui suppose un salaire supérieur à la moyenne française. Rappelons que le salaire moyen d’un actif, aujourd’hui, se monte à 2.438 euros selon la Caisse nationale des Urssaf (Acoss).
Des spécialistes préfèrent se référer au salaire médian, évalué à 1.675 euros en 2010 d’après les dernières statistiques de l’Insee sur le sujet. Dans les deux cas, on comprend qu’un grand nombre de pensions de « Français moyens » une fois en retraite sont loin d’atteindre le plafond.
Ainsi, le montant moyen des pensions au régime général, pour des carrières complètes, s’est élevé en 2012 à 1.040 euros, précise la CNAV. Soit aux deux tiers du plafond. Gare aux fins de mois !
Mais puisqu’il s’agit d’une moyenne, de nombreux retraités touchent des pensions moins élevées. Ils sont même plus de 420.000 à se situer en-dessous des 787 euros par mois du minimum vieillesse pour une personne seule et 1.222 euros pour un couple de retraités, et à toucher l’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa) pour revenir à ces niveaux. On est bien loin, pour toutes ces personnes, de l’image de « nantis » parfois colportée.

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