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Même si la courbe du chômage s’inverse, le recul de l’attractivité de la France pénalise la création d’emplois.

 

Dommage. C’est lorsque l’Insee fait état de statistiques plutôt encourageantes pour l’économie française que les mouvements sociaux risquent de porter un coup d’arrêt au mouvement ainsi amorcé.

 

Des indicateurs qui virent au vert pâle

 

Pas de surprise, toutefois : selon les comptes de la nation pour 2015, la croissance du PIB est confirmée à 1,3% seulement (deux fois plus qu’en 2014 néanmoins). Mais le pouvoir d’achat des ménages a augmenté l’an dernier alors qu’il reculait depuis plusieurs années, confirmant s’il en était besoin que lorsque les entreprises produisent plus, les ménages en touchent les dividendes.

 

Plus intéressantes, les statistiques révèlent que cette progression s’est consolidée au premier trimestre 2016 grâce à une augmentation de la production, à une hausse de la consommation et à une reprise de l’investissement. Là encore, pas de renversement spectaculaire (d’autant que la production manufacturière a marqué le pas), mais une inversion de tendance qui se répercute sur le chômage.

 

Car si l’on se réfère à l’enquête de  l’Insee au premier trimestre 2016, le taux d’emploi a augmenté en début d’année (avec une hausse des emplois en CDI), de sorte que le taux de chômage au sens du BIT (bureau  international du travail) est contenu à 9,9% en France métropolitaine et 10,2% au niveau national. Une amélioration qui va de pair avec la baisse du nombre des défaillances d’entreprises de 4,2% sur un an selon la Coface, spécialiste de l’assurance crédit, tendance qui devrait se poursuivre en 2016.

 

Décrochage sur longue période

 

Mais le redressement qui semble s’opérer ne doit pas remettre en question les réformes de structures dont l’économie française a besoin ; bien au contraire. Ni servir de prétexte au maintien d’une situation qui a empêché l’activité de redémarrer au même rythme que dans les pays voisins. Car les améliorations en question sont finalement bien modestes si l’on considère les avantages procurés par l’effondrement du prix des hydrocarbures et la faiblesse des taux d’intérêt. Et on peut se poser des questions sur la capacité de l’économie à absorber les retours  de balancier qui, pour ces deux paramètres, interviendront.

 

En réalité, la tendance de fond de l’économie française depuis une quarantaine d’années reste au décrochage par rapport à la moyenne des économies de l’OCDE, comme l’a démontré une analyse du Trésor au ministère de l’Economie. Ce qui se traduit au niveau européen par des prévisions de croissance qui, selon la Commission européenne, demeurent inférieures pour la France en 2016 (1,3%)  à l’ensemble de la zone euro (1,6%).

 

Là encore, la situation de l’emploi reflète ce décrochage, avec un chômage qui place la France dans le tiers des pays qui affichent les plus mauvais taux de l’Union européenne en ce début d’année. Selon Eurostat, le chômage français se situait en mars juste un peu en-dessous du taux de la zone euro mais bien au-dessus du taux de l’Union européenne (8,8%), et bien loin derrière l’Allemagne (4,2%), le Royaume Uni (5%), la Pologne (6,8%) et la Suède (7,1%)… pour ne parler que de certaines économies comparables.

 

Sans réformes pour corriger les causes de ce décrochage, il n’y a aucune raison pour que l’économie française renoue dans la durée avec un dynamisme qui la sorte du marasme, car c’est la seule façon de lutter contre le chômage de masse qui, d’une crise à l’autre, s’est maintenant incrusté.

 

Le recul de l’attractivité pénalise l’emploi

 

L’attractivité est un élément de ce dynamisme. C’est aussi un des domaines dans lequel l’image de la France pâlit. Même si les investissements directs étrangers ont bondi en 2015 pour quasiment quadrupler à 40 milliards d’euros, cette hausse est « liée à la réalisation de plusieurs opérations importantes » qui faussent le jugement, commente le Trésor. Et on peut s’inquiéter de la tendance observée à délocaliser les sièges sociaux et centres de décisions hors des frontières dès l’instant où une entreprise française (Lafarge, Technip, Alstom Energie…)  est emportée dans une opération de rachat ou de fusion.

 

Le Conseil d’analyse économique proche de Matignon remarque ainsi que lorsqu’on prend en compte en Europe le nombre des centres de décision, la France est passée de la première à la quatrième place en une trentaine d’années, et même à la sixième place si l’on tient compte de la taille de ces centres (la France attirant des centres de plus petite taille).

 

De la même façon, le cabinet d’études stratégiques EY France note que si le nombre d’emplois liés à l’implantation d’entreprises étrangères a augmenté de 8% l’an dernier en France, cette performance reste malgré tout modeste face à une augmentation de 17% sur l’ensemble de l’Europe. Et face à la capacité d’attraction de l’Allemagne et du Royaume Uni, la France a plutôt tendance à stagner. Ce qui se paie en différentiel d’emplois nouveaux.

 

Certes si, comme le font les pouvoirs publics avec Business France, on élargit l’analyse aux emplois sécurisés par ces investissements étrangers et pas seulement créés, le nombre de postes pris en considération est triplé. Avec, pour les quelque 34.000 emplois ainsi créés ou sécurisés, 60% pour le secteur manufacturier grâce surtout à des investissements américains et allemands. Il n’en reste pas moins que, en élargissant ainsi le périmètre de l’analyse pour l’ensemble des autres pays, le manque d’attractivité de la France reste posé.

 

Des handicaps surmontables

 

Les freins à l’attractivité sont connus. On ne reviendra pas sur le poids de la fiscalité française et des cotisations sociales, bien que le gouvernement se soit attaqué à la question avec le CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) destiné à être transformé en une baisse pérenne des charges sociales ainsi que François Hollande l’a annoncé.

 

Reste que, avec un poids de ces charges sociales représentant aujourd’hui environ le tiers des coûts de main d’œuvre, la France fait partie des pays où, selon Eurostat, ces coûts sont les plus élevés en Europe bien que les salaires y soient plus bas qu’en Allemagne, en Suède ou en Belgique… (mais pas au Royaume Uni).

 

L’institut COE-Rexecode relève toutefois les effets positifs du CICE puisque, grâce à cette disposition ainsi qu’aux différences de politiques salariales menées en France et en Allemagne, le coût horaire qui était équivalent dans l’industrie manufacturière dans les deux pays en 2012 a été en 2015 inférieur de 3,5% en France pour ce secteur d’activité.

 

Autre problème pour l’attractivité, la baisse de la productivité depuis le milieu des années 90 comme le souligne France Stratégie. Pourtant, on a longtemps insisté sur la performance française en matière de productivité horaire. Mais ce paramètre a souffert du retard pris par la France à cause du sous-investissement des entreprises dans les outils numériques, et d’une formation insuffisante des salariés aux nouvelles technologies.

 

C’est ce qui explique que, aujourd’hui, les prévisions de la productivité du travail établies par l’OCDE placent la France en-dessous de la moyenne des pays développés. Un véritable handicap qu’il est urgent, et possible, de surmonter. Encore faut-il que le contexte incite les entreprises à innover et investir sur le long terme. Ce qui implique d’assouplir et simplifier le cadre juridique et administratif, et réclame une certaine confiance dans l’avenir.

 

Clairement, compte tenu de la situation sociale,  l’apparente amélioration du climat des affaires en mai devra encore être confirmée.

 

Gilles BRIDIER

(publié sur www.slate.fr)

 

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guerillero

PATRIOTES ? Les électeurs frontistes souhaitent le rétablissement des frontières et des taxes à l'importation. Mais les mêmes, comme consommateurs, choisissent-ils d'eux-mêmes des produits made in France lorsqu'ils ont le choix ? Pas sûr! On pourrait regarder s'ils ne possèdent tous que des voitures françaises, par exemple. Avant de rétablir des taxes qui augmenteront les prix des produits importés et qui, en retour, pénaliseront les exportations, que ces consommateurs qui se disent patriotes commencent par privilégier les marques françaises, sans forcément cadenasser l'Europe ni verrouiller le libre échange.

G&L

REPERES

- Population France : 66,6 millions d'habitants début 2016
(Union européenne à 28: 510,1 millions)
- Population active: 28,7 millions de personnes en 2016
- Chômeurs: 2,8 millions de personnes au sens du BIT (plus 1,5 million dans le halo du chômage) mi-2016, soit 9,9% de la population active
- Produit intérieur brut (PIB) France: 2.181 milliards d'euros courants en 2015 (Union européenne: 13.920 milliards d'euros, zone euro: 10.111 milliards d'euros)
- PIB par habitant: 32.795 euros en 2015
- Smic mensuel brut: 1.466 euros (1.144 euros net) en 2016
- Salaire moyen brut: 2.912 euros (2.202 euros net) secteur privé
- Salaire médian : 1.730 euros
- Dette publique France : 2.170 milliards d'euros fin juin 2016, soit 98,4% du PIB
- Dette par habitant: 34.476 euros
- Déficit commercial: 45,7 milliards d'euros en 2015

L’ubérisation, vecteur de précarisation

UBER, VECTEUR DE PRECARITE

Les chauffeurs Uber en colère en font l’expérience : le modèle économique développé par l’entreprise californienne n’est pas fondé sur le partage, mais sur la précarisation.
Pour concurrencer les taxis en utilisant la plateforme technologique qui permet aux clients de se mettre en relation avec les chauffeurs de VTC, ceux-ci doivent rétrocéder à Uber une commission de 25% sur le prix de leurs courses… sans avoir la liberté de fixer leurs tarifs et en héritant de toutes les contraintes.
Même si l’entreprise présente abusivement les chauffeurs comme des partenaires, elle développe un modèle dans lequel elle se libère de la prise en charge des coûts d’exploitation des véhicules et de toutes les charges sociales des conducteurs, décidant de la politique commerciale sans en subir les effets. En quelque sorte, l’équivalent d’une entreprise sans usine avec seulement un centre de recherche et un service marketing, utilisant uniquement des sous-traitants captifs : un vieux rêve d’exploitation capitaliste, aux antipodes d’un système collaboratif.
Le soi-disant miracle économique de « l’uberisation » n’est rien d’autre, dans ce cas précis, qu’une dérive bien connue accommodée à la sauce numérique.
La problématique posée par l’uberisation de l’économie implique de profondes remises en question. Sous l’effet de la révolution numérique, la multiplication de plateformes collaboratives grâce auxquelles le consommateur devient aussi fournisseur de services, est à l’origine d’une d’économie nouvelle. Depuis le covoiturage jusqu’au financement participatif pour des projets de toutes tailles, en passant par la location de logements de particuliers ou la vente de produits agricoles. Toute une économie qui échappe en partie aux prélèvements fiscaux et aux cotisations sociales.
En bout de course avec l’extension du phénomène, la révolution numérique mise au service de l’économie du partage débouchent sur un manque à gagner pour l’Etat, fragilisant l’équilibre des systèmes actuels de redistribution et de protection sociale déjà malmenés.
Mais il n’existe pas de remèdes miracles pour réduire les coûts. On le voit dans le cas des taxis : les baisses de tarifs dont profitent les clients ne deviennent possibles que par le biais d’une plus grande flexibilité du travail associée à une plus grande précarisation des chauffeurs. Les argumentaires peuvent vouloir démontrer le contraire, il n’en demeure pas moins vrai que, une fois compressés les coûts de structure et les charges sociales, c’est sur les rémunérations que des économies sont trouvées…
Cette mutation vers une économie numérique apparaît pourtant inéluctable. Le rôle des pouvoirs publics consiste à l’intégrer en douceur pour que le système, ébranlé, puisse s’adapter progressivement, afin d'éviter des déchirures dans le tissu social. Le défi n’est plus technologique, mais culturel.

quadri

EUROPE: TROIS ANS POUR REUSSIR LA COORDINATION FISCALE

Pierre Moscovici, Commissaire aux affaires économiques et financières et à la fiscalité, en convient : l’actuelle commission est « celle de la dernière chance pour l’Europe », concède-t-il. Or, l’équipe animée à Bruxelles par Jean-Claude Juncker, président, dispose de moins de trois ans avant les prochaines élections européennes pour mettre en échec les partis eurosceptiques qui gagnent du terrain dans de nombreux pays comme en Grande Bretagne. Un compte à rebours très serré.
Dans l’intervalle, les élections nationales seront des tests déterminants : « En France, l’élection présidentielle sera un référendum sur l’Europe », a commenté l’ex-ministre français de l’Economie en faisant allusion à la percée du Front national dans les sondages.
Dans ces conditions, la coordination fiscale en Europe devient un enjeu capital. Ce fut une des pistes privilégiées par François Hollande au lendemain du référendum britannique pour repousser le risque d’une dislocation de l’Union. « Il s’agit d’abord d’en finir avec des distorsions de concurrence en commençant par l’impôt sur les sociétés », avait-il déclaré. Si l’Union ne doit être qu’une auberge espagnole dans laquelle chaque membre tire la couverture à lui en s’affranchissant des règles collectives, c’est tout le principe de la construction européenne qui est remis en question.
La Commission est coupable d’avoir laissé en déshérence le projet d’assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés (ACCIS). A défaut d’une harmonisation des taux, ce mécanisme pourrait s’avérer efficace pour lutter contre le transfert de bénéfices et les pratiques fiscales abusives utilisées par les entreprises au sein de l’Union.
La Commission en avait émis le principe dès 2001. Et depuis, on n’avait assisté qu’à des tergiversations notamment de la part des Etats membres pour utiliser les travaux du groupe de travail devant plancher sur le sujet. Malgré tout en 2011 – soit dix ans plus tard – la Commission présentait un projet. Qui, lui aussi, dut finir au fond d’un tiroir.
Dans un contexte marqué par le Brexit, Pierre Moscovici se déclare déterminé à relancer le projet ACCIS sur la coordination des assiettes fiscales en Europe. La Commission va devoir progresser sur ce projet avec des Etats toujours soucieux de leur souveraineté en matière de politique budgétaire. Les écueils seront nombreux. Et surtout, elle doit avancer très vite pour que, en 2019 avant les élections au Parlement européen, les tenants de l’Union européenne puissent présenter de résultats concrets et pas seulement des montages abstraits pour tenir les eurosceptiques en échec. Afin de ne pas voir un Parlement gagné par… les adversaires de l’Union.

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LE DECROCHAGE DE L'ECONOMIE FRANCAISE EST-IL IRREVERSIBLE?

Certes, un PIB ne fait pas rêver. Mais il peut faire réfléchir, car son évolution est aussi une photographie d’une économie. De 2.134 milliards d’euros en 2014 selon l’Insee, la totalité des biens et services produits sur le territoire français a progressé de 1,1% en 2015. C’est moins que pour l’ensemble de la zone euro qui, selon le Fonds monétaire international (FMI) , a connu une croissance de 1,6%. Si on considère que la hausse des productions a atteint 1,9% cette année-là pour le peloton des pays avancés, la France est décrochée.
L'économie française subit l’une des plus fortes corrections alors que croissance est trois fois plus élevées pour la Suède, près de deux fois pour la Grande Bretagne et supérieure de 30% pour l’Allemagne.
On peut établir une relation directe entre ces agrégats et les niveaux de vie. Pire: lorsqu’on s’intéresse au PIB par habitant exprimé en PPA, la France ne pointait plus qu’au 24e rang en 2014 selon les statistiques établies par la Banque mondiale. Et si on se focalise sur l’Europe, la Banque de France montre que le PIB français par habitant en PPA est à peine au niveau de la moyenne de la zone euro, et n’arrivait qu’au 11e rang en 2014 de l’ensemble des membres de l’Union européenne.
Ce n’est pas une surprise : le ministère de l’Economie constate que le PIB français décroche depuis 40 ans avec une progression par habitant inférieure à la moyenne des pays de l’OCDE. Ce qui impacte très directement l’évolution des conditions de vie des Français.

retraité ou chômeur

PRIVILEGIES, LES RETRAITES?

Il serait impossible ici d’examiner en détail les 35 régimes de retraite qui existent en France compte tenu des différences à l’origine de l’opacité du système. On s’en tiendra donc à la branche retraite du régime général de la Sécurité sociale, gérée par la Caisse nationale d’assurance et qui représente plus de la moitié (54%) du total des retraites servies en France. Soit, en 2012, 101,5 milliards d’euros de prestations versées à 13,2 millions de retraités, pour un déficit de 4,79 milliards d’euros de ce seul régime.
Mais, pour la retraite de la CNAV, il existe un plafond : le salaire pris en compte dans le calcul ne peut dépasser le plafond de la Sécurité sociale, soit actuellement 3.086 euros. De sorte que la retraite de base de la Sécu est elle-même plafonnée, actuellement à 1.543 euros par mois. Quel que soit le salaire de référence.
Encore s’agit-il d’un montant brut. En net, on tombe à quelque 1.350 euros. Pas de quoi bambocher, une fois déduites les dépenses contraintes de logement, d’alimentation, d’énergie et de téléphone.
Et tout le monde n’est pas à ce plafond, qui suppose un salaire supérieur à la moyenne française. Rappelons que le salaire moyen d’un actif, aujourd’hui, se monte à 2.438 euros selon la Caisse nationale des Urssaf (Acoss).
Des spécialistes préfèrent se référer au salaire médian, évalué à 1.675 euros en 2010 d’après les dernières statistiques de l’Insee sur le sujet. Dans les deux cas, on comprend qu’un grand nombre de pensions de « Français moyens » une fois en retraite sont loin d’atteindre le plafond.
Ainsi, le montant moyen des pensions au régime général, pour des carrières complètes, s’est élevé en 2012 à 1.040 euros, précise la CNAV. Soit aux deux tiers du plafond. Gare aux fins de mois !
Mais puisqu’il s’agit d’une moyenne, de nombreux retraités touchent des pensions moins élevées. Ils sont même plus de 420.000 à se situer en-dessous des 787 euros par mois du minimum vieillesse pour une personne seule et 1.222 euros pour un couple de retraités, et à toucher l’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa) pour revenir à ces niveaux. On est bien loin, pour toutes ces personnes, de l’image de « nantis » parfois colportée.

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