Un Brexit à double tranchant pour l’Europe

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Face aux fanatismes religieux, la panne d’ascenseur social coûte cher aux démocraties

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Economie : et la confiance, bordel ?

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Avec l’harmonisation fiscale, François Hollande veut réveiller un mythe oublié de l’idéal européen

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Lorsque la mobilité sociale ne fonctionne plus, c’est la démocratie qui est en danger.

 

Ce blocage favorise la fermentation de la radicalisation.

 

Les attentats du 13 novembre à Paris, perpétrés  pour partie par des fanatiques français, en sont l’intolérable expression.

 

L’ascenseur social est en panne : tout le monde s’accorde sur le constat. Avant de changer de sujet. Comme si, depuis tant d’années que tout le monde en parle sans parvenir à relancer la machine, cette panne était perçue comme une fatalité avec laquelle il faut maintenant composer.

 

Mais on ne peut plus refuser d’en voir les conséquences, surtout après les attentats du 13 novembre qui révèlent la profondeur de la radicalisation d’une certaine jeunesse. Le lien existe, comme l’a souligné le député Malek Boutih dans son rapport « Génération radicale » .

 

Déjà Philippe Seguin qui en fit un de ses chevaux de bataille, tirait la sonnette d’alarme dans les années 90. Il n’eut de cesse de marteler son message : sans ascenseur social, c’est un pan de l’idéal républicain qui s’effritait et risquait de disparaître. Et avec lui, une partie des valeurs de la République. Mais le moteur est resté grippé. Et pas simplement en France.

 

Car globalement, la plupart des pays de l’OCDE, Union européenne et Etats-Unis en tête, subissent le même phénomène. La mobilité sociale est transversale à l’intérieur des classes, mais elle n’est plus verticale. Or avec le temps, les effets de la panne se font sentir. Ils sont aujourd’hui au cœur de l’actualité.

 

La radicalisation d’une certaine jeunesse en fait partie : sans véritables perspectives, sans valeurs auxquelles adhérer pour se projeter dans un avenir gratifiant, elle trouve un exutoire à ses frustrations dans l’expression d’un fanatisme religieux qui sert d’alibi à son engagement.

 

La mixité sociale ne fonctionne plus

 

Bien sûr, ce n’est pas parce que quelques centaines de jeunes ayant grandi en Europe se sont aujourd’hui radicalisés sous la bannière d’un islam dévoyé, engagés au Moyen-Orient ou transformés en terroristes à Bruxelles, Paris ou Copenhague, que l’ensemble du modèle occidental doit être jeté aux orties. Mais ils sont la partie émergée d’un phénomène que le Premier ministre Manuel Valls a qualifié « d’apartheid territorial, social et ethnique», expression qui lui a été reprochée de tous côtés.

 

Certes, l’apartheid caractérise un système d’Etat fondé sur la ségrégation et l’inégalité, en totale contradiction avec le corpus des valeurs de la République. A ce titre, l’analogie est abusive. Toutefois, elle exprime assez bien, dans les faits sinon dans les textes, ce que peuvent ressentir des jeunes habitués aux ghettos urbains dans certaines banlieues, lorsque la mixité sociale a complètement disparu et que l’ascenseur ne fonctionne plus.

Il n’est pas question de généraliser car il existe des réussites de jeunes qui proviennent de ces milieux défavorisés. Malgré tout, même sans faire d’amalgame avec la violence de quelques fanatiques qui restent marginalisés, c’est toute une population qui ressent l’échec de l’intégration à cause de l’impossibilité de s’inscrire dans un processus de promotion sociale.

 

La mobilité sociale est enrayée

 

Les études sont nombreuses qui ont mis l’accent sur les obstacles à la mobilité sociale et à l’égalité des chances. Selon l’OCDE, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France et l’Italie sont les pays où, parmi les économies développées, la rémunération des individus varie le moins par rapport à celle de leurs parents. Ascenseur social bloqué.

 

Dans le même ordre d’idée, c’est aux Etats-Unis, en France, en Belgique, au Luxembourg et en Allemagne que l’influence du milieu parental pèse le plus sur les résultats des élèves dans le secondaire, ce qui est l’expression d’un déterminisme social très fort dans ces pays.

 

En ce qui concerne la France, le système scolaire épinglé par les enquêtes Pisa sur le suivi des acquis des élèves, est maintenant montré du doigt à cause des inégalités qu’il produit et qui se cumulent sur tout le cycle des études. A tel point que, selon une enquête de l’Observatoire national de la vie étudiante, la part des étudiants issus des milieux populaires dans l’enseignement supérieur recule alors que les classes favorisées sont surreprésentées.

 

En une génération, la situation s’est dégradée. « Les étudiants, enfants de cadres supérieurs, constituent près de la moitié des étudiants dans les filières les plus sélectives, alors que leurs parents ne représentent que 15% des emplois », confirme l’Observatoire des inégalités qui note par ailleurs « une stagnation voire une baisse » du taux d’accès des enfants de milieux défavorisés à l’enseignement supérieur.

 

La Cour des comptes dresse le même constat, sans nuance : « La France est un des pays où les destins scolaires sont le plus fortement corrélés aux origines sociales : 78,4% des élèves provenant de catégories sociales favorisées obtiennent un baccalauréat général, contre seulement 18% des élèves d’origine sociale défavorisée ». Or, l’éducation, c’est la clé de l’ascenseur social. A l’inverse, des inégalités perçues comme insurmontables entretiennent la fascination pour des options transgressives.

 

Et les filières d’excellence et autres cordées de la réussite, accessibles à certains jeunes des milieux défavorisés, ne constituent pas des réponses à la hauteur du problème posé par le déterminisme social totalement opposé à l’idéal républicain. Le commissariat à la diversité de 2008 à 2012, focalisé sur l’égalité des chances et la lutte contre les discriminations, n’a pas pu inscrire son action dans la durée et n’a enregistré que de faibles résultats avant d’être dissout. Sans être remplacé. Tout un symbole.

 

Une insertion professionnelle à relancer

 

Un récent rapport de France Stratégie, comité de pilotage stratégique dépendant de Matignon, sur l’insertion économique conclut que les jeunes descendants d’immigrés restent particulièrement touchés par les difficultés d’insertion professionnelle, plus particulièrement les jeunes descendants d’immigrés africains (y compris le Maghreb) pour lesquels « le taux de chômage, pour les moins de 30 ans, est deux fois supérieur à celui des autres jeunes ».

 

Mais il ne faudrait pas faire supporter à l’école seule tout le poids de l’échec de l’insertion sociale des jeunes, et notamment de ceux qui se radicalisent. Les entreprises ont notamment un rôle à jouer pour offrir des perspectives qui participent à l’insertion sociale. La société civile se mobilise pour mettre en place des structures et des moyens destinés à mettre le pied à l’étrier à des personnes démunies et sans travail, afin qu’elles puissent concrétiser un projet professionnel.

 

France Active, structure spécialisée dans le financement solidaire, annonce 33.000 emplois créés ou consolidés en 2014, grâce entre autres à la création de 9.000 très petites entreprises par des demandeurs d’emplois (dans neuf cas sur dix) dont les trois quarts avaient un niveau d’études inférieur à bac+2.

 

L’Adie, autre association, participe à l’insertion sociale et à la lutte contre la pauvreté en attribuant des microcrédits qui permettent, selon elle, de faire émerger 200 emplois par semaine. Initiative France, réseau associatif de financement pour la création d’entreprises, revendique 40.000 emplois nouveaux dans l’année.

 

Les initiatives se multiplient, à l’image de PlaNet Finance qui a lancé un programme « entreprendre en banlieue » pour lutter contre l’exclusion sociale dans les quartiers défavorisés. Ou d’Ashoka, qui accompagne les entrepreneurs sociaux et soutient d’autres initiatives. Des entreprises, par ailleurs, créent des fondations pour soutenir des projets, telles EDF, GDF-Suez, Vinci, Safran, Veolia, Geodis, la Société générale ou BNP-Paribas, SEB…

 

Toutefois, les résultats de ces actions ne sont pas à l’échelle des problèmes posés. Elles tendent des perches pour les personnes qui ont une démarche volontaire et constructive, mais n’ont pas vocation à relancer la mobilité sociale. Car c’est l’ensemble du tissu économique qui devrait s’engager dans cette voie en créant de nouvelles passerelles. Mais c’est l’inverse qui se produit.

 

L’alibi religieux de la radicalisation

 

La progression de la pauvreté dans les pays riches et le creusement des inégalités depuis les années 80 dans les deux tiers des pays de l’OCDE aggravent les effets de la panne d’ascenseur social. Comme si les valeurs célébrées à travers la création de richesses, et largement médiatisées (ce qui ajoute à la frustration), ne devaient pas concerner les couches de population de plus en plus enracinées dans la pauvreté.

 

L’atonie du marché du travail où, depuis 2008, les embauches ont été moins nombreuses que les nouveaux postulants, a amplifié les difficultés d’insertion sociale notamment en Europe. Et même si le chômage tend à se stabiliser dans la zone euro depuis la fin 2014, ce n’est pas le cas dans certains pays comme la France comme le révèlent les statistiques mensuelles du Ministère du Travail.

 

Non seulement le nombre de chômeurs et de travailleurs précaires augmente, mais la concurrence sur le marché de l’emploi se traduit par une fréquente surqualification des personnes embauchées sur les postes vacants. Ce qui accroit le risque d’exclusion sociale des personnes non qualifiées guettées par le chômage de longue durée, comme l’analyse le Conseil d’orientation pour l’emploi (COE).

 

On n’est pas loin, alors, de l’ancien concept de la lutte des classes. Mais il prend de nouvelles formes à travers la quête d’autres valeurs en rupture avec l’environnement social, utilisant l’alibi religieux pour transcender une frustration ; voire structurer une révolte dans une démarche de radicalisation.

 

L’égalité implique la mobilité sociale. Mais lorsqu’elle est en panne, l’insertion ne fonctionne plus et la confiance dans la démocratie est remise en question. C’est alors la démocratie elle-même qui devient la cible de ces révoltes, au cœur de l’actualité.

 

Gilles BRIDIER

(publié sur www. slate.fr)

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Fessée électorale

FESSEE ELECTORALE - Lors de la réforme constitutionnelle qui instaura le quinquennat avec dans la foulée des élections législatives pour faire concorder les calendriers, les commentateurs politiques soulignaient que les présidents élus pourraient ainsi s'appuyer sur de véritables majorités pour gouverner, la logique électorale devant permettre aux secondes de confirmer le résultat de la première. Pourquoi s'étonner que le phénomène se produise aujourd'hui? Les vieux partis de gouvernement ont fait perdre le goût de la politique aux citoyens, qui ne se mobilisent plus que dans un contexte de dramatisation. D'où la forte abstention, phénomène qu'on relève dans d'autres démocraties. Quant aux citoyens qui remplissent leur devoir civique, ils sanctionnent ces vieux partis, pour les mêmes raisons que les abstentionnistes. Les Français ont mené une révolution dans les urnes. Ceux qui ne l'avaient pas vu venir n'ont pas vocation à diriger un pays avec lequel ils ont perdu le contact. Reste maintenant à rendre aux électeurs le goût de la politique, pour ne pas laisser la démocratie dépérir.

G&L

REPERES

- Population France : 66,6 millions d'habitants début 2016
(Union européenne à 28: 510,1 millions)
- Population active: 28,7 millions de personnes en 2016
- Chômeurs: 2,8 millions de personnes au sens du BIT (plus 1,5 million dans le halo du chômage) mi-2016, soit 9,9% de la population active
- Produit intérieur brut (PIB) France: 2.181 milliards d'euros courants en 2015 (Union européenne: 13.920 milliards d'euros, zone euro: 10.111 milliards d'euros)
- PIB par habitant: 32.795 euros en 2015
- Smic mensuel brut: 1.466 euros (1.144 euros net) en 2016
- Salaire moyen brut: 2.912 euros (2.202 euros net) secteur privé
- Salaire médian : 1.730 euros
- Dette publique France : 2.170 milliards d'euros fin juin 2016, soit 98,4% du PIB
- Dette par habitant: 34.476 euros
- Déficit commercial: 45,7 milliards d'euros en 2015

trou sécu

SECU: SI PROFOND, CE TROU ?

Les Français sont des gros consommateurs de produits et services de santé, mais ils soutiennent la comparaison avec d’autres. Les dépenses de santé calculées par la Banque Mondiale en 2014 ont représenté en France 11,5% du produit intérieur brut (PIB), moins qu’aux Etats Unis et quasiment au même niveau qu’en Allemagne .

Par habitant, les dépenses des Français ont été évaluées cette même année à 4.959 dollars, loin derrière les Suisses, les Norvégiens, les Américains, les Suédois, les Danois, les Néerlandais ou les Allemands. L’énumération est fastidieuse, mais pas inutile : Les Français ne sont pas hors normes, loin s’en faut.

S’il existe une spécificité française, elle se situe au niveau du financement des dépenses de santé. La Cour des Comptes a dressé en septembre dernier un tableau précis pour 2015, en établissant que l’Assurance maladie a couvert 76,8% des 194,6 milliards d’euros des dépenses de soins et de biens médicaux, et les organismes complémentaires intervenant pour 14,1%. Le reste à charge direct des Français n’est plus que de 8,4%. Notons toutefois que les assurances et mutuelles complémentaires étant financées par les assurés eux-mêmes, les ménages prennent en réalité en charge 22,7% des dépenses de santé, hors Sécurité sociale.

Mais leur contribution ne s’arrête pas là. Car parmi les sources de financement de Sécurité sociale dont l’Assurance maladie est un des volets, les cotisations qui ont représenté 63% du total en 2015, sont assurées à 20% par les salariés et à 7% par les non salariés (les employeurs ayant la charge des 72% restant), selon un rapport de la Sécurité sociale de septembre 2016.

C’est donc au total quelque 40% des dépenses de santé qui, par ces différents canaux de financement, incombent aux assurés, sans parler de la part des recettes de CSG qui viennent alimenter les caisses de la Sécu.

Des économies doivent toujours être réalisées, pour alléger les charges aussi bien des entreprises que des ménages. La tendance est amorcée: après avoir atteint 24 milliards en 2010, le déficit du régime général a été réduit à 13,3 milliards d’euros en 2012 et limité à 6,4 milliards en 2015. Certes, les gymnastiques comptables des experts compliquent les comparaisons toujours difficiles à établir dans le labyrinthe des comptes de la Sécu, notamment avec la mise en place en 2016 de la protection universelle maladie.

Malgré tout, si l’on s’en tient aux grandes masses affichées, ce déficit devrait être contenu à 3,4 milliards d’euros en 2016, avant de repasser à 6,3 milliards en 2017. Un déficit auquel il convient d’ajouter le résultat du fonds de solidarité vieillesse, déficitaire lui-même de l’ordre de 3,9 milliards d’euros cette année.

Mais ces déficits doivent être rapportés à l’ensemble des recettes du régime général (471 milliards d’euros en 2016) et des dépenses (477 milliards), hors fonds de solidarité vieillesse (FSV). Ainsi, les pertes pour l’ensemble du régime général devraient être inférieures à 1% des dépenses cette année, et porter sur moins de 1,5% en 2017 comme en 2015 (au lieu de 2,8% en 2013). En intégrant le FSV, les déficits passeraient à 1,5% des dépenses en 2016 et un peu plus de 2% en 2017. Bien sûr, des pertes sont toujours trop lourdes. Mais à ce niveau, des solutions doivent pouvoir être mises en œuvre par des actes de gestion et pas forcément par un bouleversement du système.

L’ubérisation, vecteur de précarisation

UBER, VECTEUR DE PRECARITE

Les chauffeurs Uber en colère en font l’expérience : le modèle économique développé par l’entreprise californienne n’est pas fondé sur le partage, mais sur la précarisation.

Pour concurrencer les taxis en utilisant la plateforme technologique qui permet aux clients de se mettre en relation avec les chauffeurs de VTC, ceux-ci doivent rétrocéder à Uber une commission de 25% sur le prix de leurs courses… sans avoir la liberté de fixer leurs tarifs et en héritant de toutes les contraintes.

Même si l’entreprise présente abusivement les chauffeurs comme des partenaires, elle développe un modèle dans lequel elle se libère de la prise en charge des coûts d’exploitation des véhicules et de toutes les charges sociales des conducteurs, décidant de la politique commerciale sans en subir les effets. En quelque sorte, l’équivalent d’une entreprise sans usine avec seulement un centre de recherche et un service marketing, utilisant uniquement des sous-traitants captifs : un vieux rêve d’exploitation capitaliste, aux antipodes d’un système collaboratif.

Le soi-disant miracle économique de « l’uberisation » n’est rien d’autre, dans ce cas précis, qu’une dérive bien connue accommodée à la sauce numérique.
La problématique posée par l’uberisation de l’économie implique de profondes remises en question. Sous l’effet de la révolution numérique, la multiplication de plateformes collaboratives grâce auxquelles le consommateur devient aussi fournisseur de services, est à l’origine d’une d’économie nouvelle. Depuis le covoiturage jusqu’au financement participatif pour des projets de toutes tailles, en passant par la location de logements de particuliers ou la vente de produits agricoles. Toute une économie qui échappe en partie aux prélèvements fiscaux et aux cotisations sociales.

En bout de course avec l’extension du phénomène, la révolution numérique mise au service de l’économie du partage débouchent sur un manque à gagner pour l’Etat, fragilisant l’équilibre des systèmes actuels de redistribution et de protection sociale déjà malmenés.

Cette mutation vers une économie numérique apparaît pourtant inéluctable. Le rôle des pouvoirs publics consiste à l’intégrer en douceur pour que le système, ébranlé, puisse s’adapter progressivement, afin d'éviter des déchirures dans le tissu social. Le défi n’est plus technologique, mais culturel.

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EUROPE: DEUX ANS POUR REUSSIR LA COORDINATION FISCALE

Pierre Moscovici, Commissaire aux affaires économiques et financières et à la fiscalité, en convient : l’actuelle commission est « celle de la dernière chance pour l’Europe », concède-t-il. Or, l’équipe animée à Bruxelles par Jean-Claude Juncker, président, dispose de moins de trois ans avant les prochaines élections européennes pour mettre en échec les partis eurosceptiques qui gagnent du terrain dans de nombreux pays comme en Grande Bretagne. Un compte à rebours très serré.

Dans ces conditions, la coordination fiscale en Europe devient un enjeu capital. Ce fut une des pistes privilégiées par François Hollande au lendemain du référendum britannique pour repousser le risque d’une dislocation de l’Union. « Il s’agit d’abord d’en finir avec des distorsions de concurrence en commençant par l’impôt sur les sociétés », avait-il déclaré. Si l’Union ne doit être qu’une auberge espagnole dans laquelle chaque membre tire la couverture à lui en s’affranchissant des règles collectives, c’est tout le principe de la construction européenne qui est remis en question.
La Commission est coupable d’avoir laissé en déshérence le projet d’assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés (ACCIS). A défaut d’une harmonisation des taux, ce mécanisme pourrait s’avérer efficace pour lutter contre le transfert de bénéfices et les pratiques fiscales abusives utilisées par les entreprises au sein de l’Union.
La Commission en avait émis le principe dès 2001. Et depuis, on n’avait assisté qu’à des tergiversations notamment de la part des Etats membres pour utiliser les travaux du groupe de travail devant plancher sur le sujet. Malgré tout en 2011 – soit dix ans plus tard – la Commission présentait un projet. Qui, lui aussi, dut finir au fond d’un tiroir.

Dans un contexte marqué par le Brexit, Pierre Moscovici se déclare déterminé à relancer le projet ACCIS sur la coordination des assiettes fiscales en Europe. La Commission va devoir progresser sur ce projet avec des Etats toujours soucieux de leur souveraineté en matière de politique budgétaire. Les écueils seront nombreux. Et surtout, elle doit avancer très vite pour que, en 2019 avant les élections au Parlement européen, les tenants de l’Union européenne puissent présenter de résultats concrets et pas seulement des montages abstraits pour tenir les eurosceptiques en échec. Afin de ne pas voir un Parlement gagné par… les adversaires de l’Union.

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CHOMAGE: DES SUCCES TROP TARDIFS POUR GOMMER L'ECHEC DU QUINQUENNAT

Au vu du nombre de demandeurs d’emplois enregistrés par Pôle emploi à la fin de l’année 2016 (3,47 millions de personnes sans aucun travail, 5,47 millions en ajoutant les précaires en temps partiels), François Hollande n’aura pas de regret d’avoir renoncé à briguer un deuxième mandat. La promesse n’a pas été tenue. Depuis juin 2012, début du mandat de François Hollande, le nombre de demandeurs d’emploi sans aucun travail a progressé de 17%, et même de 24% si l’on ajoute les demandeurs précaires qui ne travaillent qu’à temps partiel. En outre, si on entre dans le détail, on s’aperçoit que le nombre de chômeurs de plus de 50 ans a augmenté de 40% (à cause, entre autres, du recul de l’âge de départ en retraite), et que les demandeurs d’emplois inscrits depuis plus d’un an sont plus nombreux de 43% sur la mandature (et même de… 82% pour les chômeurs de plus de 3 ans, à cause là-aussi du recul de l’âge de départ en retraite). Il est logique dans ces conditions que la durée moyenne d’inscription à Pôle emploi soit passée de 468 jours en juin 2012 à 581 jours à la fin 2016. Tout le contraire d’une réussite.

Pour un président qui avait annoncé que la lutte pour l’emploi serait sa priorité, et considéré que l’inversion de la courbe du chômage serait un marqueur de sa politique, il aurait été très compliqué de briguer à nouveau les suffrages des électeurs, avec la publication de ces résultats en pleine primaires de la gauche et à quelques semaines du début de la campagne officielle.

Certes, l'ex Premier ministre Manuel Valls qui a assumé le bilan de l’action gouvernementale, peut tenter de pointer la baisse du taux de chômage (au sens du Bureau international du travail) redescendu au-dessous des 10%, et même à 9,7% pour la France métropolitaine au troisième trimestre 2016. Car l’économie française crée des emplois (environ 159.000 en 2015 par exemple selon l’Insee) ; mais elle accueille aussi un nombre de jeunes sur le marché travail supérieur au nombre des départs en retraite. Ce qui entraîne une augmentation de la population active. Aussi, même si le nombre d’inscrits à Pôle emploi a connu une hausse en valeur absolue, la proportion par rapport au nombre de personnes au travail a pu reculer un peu.

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