Avec l’harmonisation fiscale, François Hollande veut réveiller un mythe oublié de l’idéal européen

Avec l’harmonisation fiscale, François Hollande veut réveiller un mythe oublié de l’idéal européen

Face au risque de dislocation de l’Union européenne après le Brexit, les objectifs de la Communauté originelle refont surface.   Le chef de l’Etat relance l’idée d’une harmonisation fiscale, bien plus ...

SUITE

Chômage : sur le quinquennat de Hollande, la progression sera indélébile

Chômage : sur le quinquennat de Hollande, la progression sera indélébile

Pour revenir à la situation de mi-2012, il faudrait que le nombre de chômeurs baisse d’un quart en un an. Impossible, même avec un plan massif pour l’emploi, bien tardif mais ...

SUITE

Un Brexit à double tranchant pour l’Europe

Un Brexit à double tranchant pour l’Europe

Economiquement, une sortie de la Grande Bretagne de l’Europe pourrait ne pas créer de bouleversement sur le long terme.   Mais au-delà du débat britannique, l’Europe est placée au pied du mur ...

SUITE

La face cachée de la dette d’EDF

La face cachée de la dette d’EDF

La gymnastique comptable permet d’inscrire une partie de la dette dans les fonds propres.   Mais l’endettement réel est plus important qu’il n’apparaît.   Selon le rapport financier semestriel du 30 juin 2015, ...

SUITE

Economie : et la confiance, bordel ?

Economie : et la confiance, bordel ?

Au moment où la mécanique économique semble pouvoir être relancée, la France se crispe sur de vieux antagonismes entre les salariés et les entreprises qui ont pourtant partie liée.   Le ...

SUITE

Quand l’attractivité décroche, c’est l’emploi qui trinque

Quand l’attractivité décroche, c’est l’emploi qui trinque

Même si la courbe du chômage s’inverse, le recul de l’attractivité de la France pénalise la création d’emplois.   Dommage. C’est lorsque l’Insee fait état de statistiques plutôt encourageantes pour l’économie française ...

SUITE

L’Europe a-t-elle un problème avec le Grand Duché ?

L’Europe a-t-elle un problème avec le Grand Duché ?

Après la révélation d’un nouveau fichier d’exilés fiscaux français, belges et allemands au Luxembourg, des questions se posent sur la politique du Grand Duché avant qu’il ait consenti à la ...

SUITE

Taxe sur les transactions financières : un outil pour réduire l’immigration

Taxe sur les transactions financières : un outil pour réduire l’immigration

Plutôt que d’en retarder sans cesse la mise en œuvre, une taxe sur les transactions financières permettrait d’aider les pays les plus pauvres à retenir les migrants, dans une forme ...

SUITE

Comment contrôler les réseaux financiers parallèles qui favorisent l’évasion fiscale ?

Comment contrôler les réseaux financiers parallèles qui favorisent l’évasion fiscale ?

Depuis le temps que les Etats disent vouloir s’engager dans la lutte contre l’évasion fiscale, le shadow banking n’a cessé de se développer, offrant de nouvelles opportunités de fraude et ...

SUITE

Face aux enjeux au Moyen Orient, les contradictions économiques de l’Occident

Face aux enjeux au Moyen Orient, les contradictions économiques de l’Occident

Le poids du fait religieux au Moyen Orient a longtemps été minoré par l’Occident qui a surtout vu des intérêts économiques dans les enjeux géopolitiques régionaux.   Aujourd’hui, l’insécurité créée localement ...

SUITE

Face aux fanatismes religieux, la panne d’ascenseur social coûte cher aux démocraties

Face aux fanatismes religieux, la panne d’ascenseur social coûte cher aux démocraties

Lorsque la mobilité sociale ne fonctionne plus, c’est la démocratie qui est en danger.   Ce blocage favorise la fermentation de la radicalisation.   Les attentats du 13 novembre à Paris, perpétrés  pour ...

SUITE

Brexit : un grand malentendu pour les Britanniques, une mise en garde pour les autres Européens

Brexit : un grand malentendu pour les Britanniques, une mise en garde pour les autres Européens

En votant contre l’Europe, les électeurs britanniques ont avant tout exprimé leur ras-le-bol de la politique d’austérité. Mais la responsabilité en revient à Londres, pas à l’Union européenne.   Ailleurs dans l’Union, l’Europe est ...

SUITE

Emmanuel Macron : un bilan encore virtuel pour un ministre de passage

Emmanuel Macron : un bilan encore virtuel pour un ministre de passage

Une carrière fulgurante, des résultats mitigés. Maintenant, Emmanuel Macron va devoir convaincre qu’il peut être un leader politique autrement qu’avec des petites phrases douces et assassines.   Macron président ? Que l’ex-ministre de ...

SUITE

La loi Travail, un remède au paradoxe du syndicalisme en France ?

La loi Travail, un remède au paradoxe du syndicalisme en France ?

Le taux de syndicalisation en France est quasiment le plus faible des pays européens.   En travaillant au plus près du terrain sur les accords d’entreprises, les syndicats pourraient recréer une ...

SUITE

Lorsque la mobilité sociale ne fonctionne plus, c’est la démocratie qui est en danger.

 

Ce blocage favorise la fermentation de la radicalisation.

 

Les attentats du 13 novembre à Paris, perpétrés  pour partie par des fanatiques français, en sont l’intolérable expression.

 

L’ascenseur social est en panne : tout le monde s’accorde sur le constat. Avant de changer de sujet. Comme si, depuis tant d’années que tout le monde en parle sans parvenir à relancer la machine, cette panne était perçue comme une fatalité avec laquelle il faut maintenant composer.

 

Mais on ne peut plus refuser d’en voir les conséquences, surtout après les attentats du 13 novembre qui révèlent la profondeur de la radicalisation d’une certaine jeunesse. Le lien existe, comme l’a souligné le député Malek Boutih dans son rapport « Génération radicale » .

 

Déjà Philippe Seguin qui en fit un de ses chevaux de bataille, tirait la sonnette d’alarme dans les années 90. Il n’eut de cesse de marteler son message : sans ascenseur social, c’est un pan de l’idéal républicain qui s’effritait et risquait de disparaître. Et avec lui, une partie des valeurs de la République. Mais le moteur est resté grippé. Et pas simplement en France.

 

Car globalement, la plupart des pays de l’OCDE, Union européenne et Etats-Unis en tête, subissent le même phénomène. La mobilité sociale est transversale à l’intérieur des classes, mais elle n’est plus verticale. Or avec le temps, les effets de la panne se font sentir. Ils sont aujourd’hui au cœur de l’actualité.

 

La radicalisation d’une certaine jeunesse en fait partie : sans véritables perspectives, sans valeurs auxquelles adhérer pour se projeter dans un avenir gratifiant, elle trouve un exutoire à ses frustrations dans l’expression d’un fanatisme religieux qui sert d’alibi à son engagement.

 

La mixité sociale ne fonctionne plus

 

Bien sûr, ce n’est pas parce que quelques centaines de jeunes ayant grandi en Europe se sont aujourd’hui radicalisés sous la bannière d’un islam dévoyé, engagés au Moyen-Orient ou transformés en terroristes à Bruxelles, Paris ou Copenhague, que l’ensemble du modèle occidental doit être jeté aux orties. Mais ils sont la partie émergée d’un phénomène que le Premier ministre Manuel Valls a qualifié « d’apartheid territorial, social et ethnique», expression qui lui a été reprochée de tous côtés.

 

Certes, l’apartheid caractérise un système d’Etat fondé sur la ségrégation et l’inégalité, en totale contradiction avec le corpus des valeurs de la République. A ce titre, l’analogie est abusive. Toutefois, elle exprime assez bien, dans les faits sinon dans les textes, ce que peuvent ressentir des jeunes habitués aux ghettos urbains dans certaines banlieues, lorsque la mixité sociale a complètement disparu et que l’ascenseur ne fonctionne plus.

Il n’est pas question de généraliser car il existe des réussites de jeunes qui proviennent de ces milieux défavorisés. Malgré tout, même sans faire d’amalgame avec la violence de quelques fanatiques qui restent marginalisés, c’est toute une population qui ressent l’échec de l’intégration à cause de l’impossibilité de s’inscrire dans un processus de promotion sociale.

 

La mobilité sociale est enrayée

 

Les études sont nombreuses qui ont mis l’accent sur les obstacles à la mobilité sociale et à l’égalité des chances. Selon l’OCDE, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France et l’Italie sont les pays où, parmi les économies développées, la rémunération des individus varie le moins par rapport à celle de leurs parents. Ascenseur social bloqué.

 

Dans le même ordre d’idée, c’est aux Etats-Unis, en France, en Belgique, au Luxembourg et en Allemagne que l’influence du milieu parental pèse le plus sur les résultats des élèves dans le secondaire, ce qui est l’expression d’un déterminisme social très fort dans ces pays.

 

En ce qui concerne la France, le système scolaire épinglé par les enquêtes Pisa sur le suivi des acquis des élèves, est maintenant montré du doigt à cause des inégalités qu’il produit et qui se cumulent sur tout le cycle des études. A tel point que, selon une enquête de l’Observatoire national de la vie étudiante, la part des étudiants issus des milieux populaires dans l’enseignement supérieur recule alors que les classes favorisées sont surreprésentées.

 

En une génération, la situation s’est dégradée. « Les étudiants, enfants de cadres supérieurs, constituent près de la moitié des étudiants dans les filières les plus sélectives, alors que leurs parents ne représentent que 15% des emplois », confirme l’Observatoire des inégalités qui note par ailleurs « une stagnation voire une baisse » du taux d’accès des enfants de milieux défavorisés à l’enseignement supérieur.

 

La Cour des comptes dresse le même constat, sans nuance : « La France est un des pays où les destins scolaires sont le plus fortement corrélés aux origines sociales : 78,4% des élèves provenant de catégories sociales favorisées obtiennent un baccalauréat général, contre seulement 18% des élèves d’origine sociale défavorisée ». Or, l’éducation, c’est la clé de l’ascenseur social. A l’inverse, des inégalités perçues comme insurmontables entretiennent la fascination pour des options transgressives.

 

Et les filières d’excellence et autres cordées de la réussite, accessibles à certains jeunes des milieux défavorisés, ne constituent pas des réponses à la hauteur du problème posé par le déterminisme social totalement opposé à l’idéal républicain. Le commissariat à la diversité de 2008 à 2012, focalisé sur l’égalité des chances et la lutte contre les discriminations, n’a pas pu inscrire son action dans la durée et n’a enregistré que de faibles résultats avant d’être dissout. Sans être remplacé. Tout un symbole.

 

Une insertion professionnelle à relancer

 

Un récent rapport de France Stratégie, comité de pilotage stratégique dépendant de Matignon, sur l’insertion économique conclut que les jeunes descendants d’immigrés restent particulièrement touchés par les difficultés d’insertion professionnelle, plus particulièrement les jeunes descendants d’immigrés africains (y compris le Maghreb) pour lesquels « le taux de chômage, pour les moins de 30 ans, est deux fois supérieur à celui des autres jeunes ».

 

Mais il ne faudrait pas faire supporter à l’école seule tout le poids de l’échec de l’insertion sociale des jeunes, et notamment de ceux qui se radicalisent. Les entreprises ont notamment un rôle à jouer pour offrir des perspectives qui participent à l’insertion sociale. La société civile se mobilise pour mettre en place des structures et des moyens destinés à mettre le pied à l’étrier à des personnes démunies et sans travail, afin qu’elles puissent concrétiser un projet professionnel.

 

France Active, structure spécialisée dans le financement solidaire, annonce 33.000 emplois créés ou consolidés en 2014, grâce entre autres à la création de 9.000 très petites entreprises par des demandeurs d’emplois (dans neuf cas sur dix) dont les trois quarts avaient un niveau d’études inférieur à bac+2.

 

L’Adie, autre association, participe à l’insertion sociale et à la lutte contre la pauvreté en attribuant des microcrédits qui permettent, selon elle, de faire émerger 200 emplois par semaine. Initiative France, réseau associatif de financement pour la création d’entreprises, revendique 40.000 emplois nouveaux dans l’année.

 

Les initiatives se multiplient, à l’image de PlaNet Finance qui a lancé un programme « entreprendre en banlieue » pour lutter contre l’exclusion sociale dans les quartiers défavorisés. Ou d’Ashoka, qui accompagne les entrepreneurs sociaux et soutient d’autres initiatives. Des entreprises, par ailleurs, créent des fondations pour soutenir des projets, telles EDF, GDF-Suez, Vinci, Safran, Veolia, Geodis, la Société générale ou BNP-Paribas, SEB…

 

Toutefois, les résultats de ces actions ne sont pas à l’échelle des problèmes posés. Elles tendent des perches pour les personnes qui ont une démarche volontaire et constructive, mais n’ont pas vocation à relancer la mobilité sociale. Car c’est l’ensemble du tissu économique qui devrait s’engager dans cette voie en créant de nouvelles passerelles. Mais c’est l’inverse qui se produit.

 

L’alibi religieux de la radicalisation

 

La progression de la pauvreté dans les pays riches et le creusement des inégalités depuis les années 80 dans les deux tiers des pays de l’OCDE aggravent les effets de la panne d’ascenseur social. Comme si les valeurs célébrées à travers la création de richesses, et largement médiatisées (ce qui ajoute à la frustration), ne devaient pas concerner les couches de population de plus en plus enracinées dans la pauvreté.

 

L’atonie du marché du travail où, depuis 2008, les embauches ont été moins nombreuses que les nouveaux postulants, a amplifié les difficultés d’insertion sociale notamment en Europe. Et même si le chômage tend à se stabiliser dans la zone euro depuis la fin 2014, ce n’est pas le cas dans certains pays comme la France comme le révèlent les statistiques mensuelles du Ministère du Travail.

 

Non seulement le nombre de chômeurs et de travailleurs précaires augmente, mais la concurrence sur le marché de l’emploi se traduit par une fréquente surqualification des personnes embauchées sur les postes vacants. Ce qui accroit le risque d’exclusion sociale des personnes non qualifiées guettées par le chômage de longue durée, comme l’analyse le Conseil d’orientation pour l’emploi (COE).

 

On n’est pas loin, alors, de l’ancien concept de la lutte des classes. Mais il prend de nouvelles formes à travers la quête d’autres valeurs en rupture avec l’environnement social, utilisant l’alibi religieux pour transcender une frustration ; voire structurer une révolte dans une démarche de radicalisation.

 

L’égalité implique la mobilité sociale. Mais lorsqu’elle est en panne, l’insertion ne fonctionne plus et la confiance dans la démocratie est remise en question. C’est alors la démocratie elle-même qui devient la cible de ces révoltes, au cœur de l’actualité.

 

Gilles BRIDIER

(publié sur www. slate.fr)

Print Friendly

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

guerillero

PATRIOTES ? Les électeurs frontistes souhaitent le rétablissement des frontières et des taxes à l'importation. Mais les mêmes, comme consommateurs, choisissent-ils d'eux-mêmes des produits made in France lorsqu'ils ont le choix ? Pas sûr! On pourrait regarder s'ils ne possèdent tous que des voitures françaises, par exemple. Avant de rétablir des taxes qui augmenteront les prix des produits importés et qui, en retour, pénaliseront les exportations, que ces consommateurs qui se disent patriotes commencent par privilégier les marques françaises, sans forcément cadenasser l'Europe ni verrouiller le libre échange.

G&L

REPERES

- Population France : 66,6 millions d'habitants début 2016
(Union européenne à 28: 510,1 millions)
- Population active: 28,7 millions de personnes en 2016
- Chômeurs: 2,8 millions de personnes au sens du BIT (plus 1,5 million dans le halo du chômage) mi-2016, soit 9,9% de la population active
- Produit intérieur brut (PIB) France: 2.181 milliards d'euros courants en 2015 (Union européenne: 13.920 milliards d'euros, zone euro: 10.111 milliards d'euros)
- PIB par habitant: 32.795 euros en 2015
- Smic mensuel brut: 1.466 euros (1.144 euros net) en 2016
- Salaire moyen brut: 2.912 euros (2.202 euros net) secteur privé
- Salaire médian : 1.730 euros
- Dette publique France : 2.170 milliards d'euros fin juin 2016, soit 98,4% du PIB
- Dette par habitant: 34.476 euros
- Déficit commercial: 45,7 milliards d'euros en 2015

L’ubérisation, vecteur de précarisation

UBER, VECTEUR DE PRECARITE

Les chauffeurs Uber en colère en font l’expérience : le modèle économique développé par l’entreprise californienne n’est pas fondé sur le partage, mais sur la précarisation.
Pour concurrencer les taxis en utilisant la plateforme technologique qui permet aux clients de se mettre en relation avec les chauffeurs de VTC, ceux-ci doivent rétrocéder à Uber une commission de 25% sur le prix de leurs courses… sans avoir la liberté de fixer leurs tarifs et en héritant de toutes les contraintes.
Même si l’entreprise présente abusivement les chauffeurs comme des partenaires, elle développe un modèle dans lequel elle se libère de la prise en charge des coûts d’exploitation des véhicules et de toutes les charges sociales des conducteurs, décidant de la politique commerciale sans en subir les effets. En quelque sorte, l’équivalent d’une entreprise sans usine avec seulement un centre de recherche et un service marketing, utilisant uniquement des sous-traitants captifs : un vieux rêve d’exploitation capitaliste, aux antipodes d’un système collaboratif.
Le soi-disant miracle économique de « l’uberisation » n’est rien d’autre, dans ce cas précis, qu’une dérive bien connue accommodée à la sauce numérique.
La problématique posée par l’uberisation de l’économie implique de profondes remises en question. Sous l’effet de la révolution numérique, la multiplication de plateformes collaboratives grâce auxquelles le consommateur devient aussi fournisseur de services, est à l’origine d’une d’économie nouvelle. Depuis le covoiturage jusqu’au financement participatif pour des projets de toutes tailles, en passant par la location de logements de particuliers ou la vente de produits agricoles. Toute une économie qui échappe en partie aux prélèvements fiscaux et aux cotisations sociales.
En bout de course avec l’extension du phénomène, la révolution numérique mise au service de l’économie du partage débouchent sur un manque à gagner pour l’Etat, fragilisant l’équilibre des systèmes actuels de redistribution et de protection sociale déjà malmenés.
Mais il n’existe pas de remèdes miracles pour réduire les coûts. On le voit dans le cas des taxis : les baisses de tarifs dont profitent les clients ne deviennent possibles que par le biais d’une plus grande flexibilité du travail associée à une plus grande précarisation des chauffeurs. Les argumentaires peuvent vouloir démontrer le contraire, il n’en demeure pas moins vrai que, une fois compressés les coûts de structure et les charges sociales, c’est sur les rémunérations que des économies sont trouvées…
Cette mutation vers une économie numérique apparaît pourtant inéluctable. Le rôle des pouvoirs publics consiste à l’intégrer en douceur pour que le système, ébranlé, puisse s’adapter progressivement, afin d'éviter des déchirures dans le tissu social. Le défi n’est plus technologique, mais culturel.

quadri

EUROPE: TROIS ANS POUR REUSSIR LA COORDINATION FISCALE

Pierre Moscovici, Commissaire aux affaires économiques et financières et à la fiscalité, en convient : l’actuelle commission est « celle de la dernière chance pour l’Europe », concède-t-il. Or, l’équipe animée à Bruxelles par Jean-Claude Juncker, président, dispose de moins de trois ans avant les prochaines élections européennes pour mettre en échec les partis eurosceptiques qui gagnent du terrain dans de nombreux pays comme en Grande Bretagne. Un compte à rebours très serré.
Dans l’intervalle, les élections nationales seront des tests déterminants : « En France, l’élection présidentielle sera un référendum sur l’Europe », a commenté l’ex-ministre français de l’Economie en faisant allusion à la percée du Front national dans les sondages.
Dans ces conditions, la coordination fiscale en Europe devient un enjeu capital. Ce fut une des pistes privilégiées par François Hollande au lendemain du référendum britannique pour repousser le risque d’une dislocation de l’Union. « Il s’agit d’abord d’en finir avec des distorsions de concurrence en commençant par l’impôt sur les sociétés », avait-il déclaré. Si l’Union ne doit être qu’une auberge espagnole dans laquelle chaque membre tire la couverture à lui en s’affranchissant des règles collectives, c’est tout le principe de la construction européenne qui est remis en question.
La Commission est coupable d’avoir laissé en déshérence le projet d’assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés (ACCIS). A défaut d’une harmonisation des taux, ce mécanisme pourrait s’avérer efficace pour lutter contre le transfert de bénéfices et les pratiques fiscales abusives utilisées par les entreprises au sein de l’Union.
La Commission en avait émis le principe dès 2001. Et depuis, on n’avait assisté qu’à des tergiversations notamment de la part des Etats membres pour utiliser les travaux du groupe de travail devant plancher sur le sujet. Malgré tout en 2011 – soit dix ans plus tard – la Commission présentait un projet. Qui, lui aussi, dut finir au fond d’un tiroir.
Dans un contexte marqué par le Brexit, Pierre Moscovici se déclare déterminé à relancer le projet ACCIS sur la coordination des assiettes fiscales en Europe. La Commission va devoir progresser sur ce projet avec des Etats toujours soucieux de leur souveraineté en matière de politique budgétaire. Les écueils seront nombreux. Et surtout, elle doit avancer très vite pour que, en 2019 avant les élections au Parlement européen, les tenants de l’Union européenne puissent présenter de résultats concrets et pas seulement des montages abstraits pour tenir les eurosceptiques en échec. Afin de ne pas voir un Parlement gagné par… les adversaires de l’Union.

DSC_0367

LE DECROCHAGE DE L'ECONOMIE FRANCAISE EST-IL IRREVERSIBLE?

Certes, un PIB ne fait pas rêver. Mais il peut faire réfléchir, car son évolution est aussi une photographie d’une économie. De 2.134 milliards d’euros en 2014 selon l’Insee, la totalité des biens et services produits sur le territoire français a progressé de 1,1% en 2015. C’est moins que pour l’ensemble de la zone euro qui, selon le Fonds monétaire international (FMI) , a connu une croissance de 1,6%. Si on considère que la hausse des productions a atteint 1,9% cette année-là pour le peloton des pays avancés, la France est décrochée.
L'économie française subit l’une des plus fortes corrections alors que croissance est trois fois plus élevées pour la Suède, près de deux fois pour la Grande Bretagne et supérieure de 30% pour l’Allemagne.
On peut établir une relation directe entre ces agrégats et les niveaux de vie. Pire: lorsqu’on s’intéresse au PIB par habitant exprimé en PPA, la France ne pointait plus qu’au 24e rang en 2014 selon les statistiques établies par la Banque mondiale. Et si on se focalise sur l’Europe, la Banque de France montre que le PIB français par habitant en PPA est à peine au niveau de la moyenne de la zone euro, et n’arrivait qu’au 11e rang en 2014 de l’ensemble des membres de l’Union européenne.
Ce n’est pas une surprise : le ministère de l’Economie constate que le PIB français décroche depuis 40 ans avec une progression par habitant inférieure à la moyenne des pays de l’OCDE. Ce qui impacte très directement l’évolution des conditions de vie des Français.

retraité ou chômeur

PRIVILEGIES, LES RETRAITES?

Il serait impossible ici d’examiner en détail les 35 régimes de retraite qui existent en France compte tenu des différences à l’origine de l’opacité du système. On s’en tiendra donc à la branche retraite du régime général de la Sécurité sociale, gérée par la Caisse nationale d’assurance et qui représente plus de la moitié (54%) du total des retraites servies en France. Soit, en 2012, 101,5 milliards d’euros de prestations versées à 13,2 millions de retraités, pour un déficit de 4,79 milliards d’euros de ce seul régime.
Mais, pour la retraite de la CNAV, il existe un plafond : le salaire pris en compte dans le calcul ne peut dépasser le plafond de la Sécurité sociale, soit actuellement 3.086 euros. De sorte que la retraite de base de la Sécu est elle-même plafonnée, actuellement à 1.543 euros par mois. Quel que soit le salaire de référence.
Encore s’agit-il d’un montant brut. En net, on tombe à quelque 1.350 euros. Pas de quoi bambocher, une fois déduites les dépenses contraintes de logement, d’alimentation, d’énergie et de téléphone.
Et tout le monde n’est pas à ce plafond, qui suppose un salaire supérieur à la moyenne française. Rappelons que le salaire moyen d’un actif, aujourd’hui, se monte à 2.438 euros selon la Caisse nationale des Urssaf (Acoss).
Des spécialistes préfèrent se référer au salaire médian, évalué à 1.675 euros en 2010 d’après les dernières statistiques de l’Insee sur le sujet. Dans les deux cas, on comprend qu’un grand nombre de pensions de « Français moyens » une fois en retraite sont loin d’atteindre le plafond.
Ainsi, le montant moyen des pensions au régime général, pour des carrières complètes, s’est élevé en 2012 à 1.040 euros, précise la CNAV. Soit aux deux tiers du plafond. Gare aux fins de mois !
Mais puisqu’il s’agit d’une moyenne, de nombreux retraités touchent des pensions moins élevées. Ils sont même plus de 420.000 à se situer en-dessous des 787 euros par mois du minimum vieillesse pour une personne seule et 1.222 euros pour un couple de retraités, et à toucher l’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa) pour revenir à ces niveaux. On est bien loin, pour toutes ces personnes, de l’image de « nantis » parfois colportée.

novembre 2015
L Ma Me J V S D
« oct   déc »
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
30  
491