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Le poids du fait religieux au Moyen Orient a longtemps été minoré par l’Occident qui a surtout vu des intérêts économiques dans les enjeux géopolitiques régionaux.

 

Aujourd’hui, l’insécurité créée localement s’exporte en Europe après avoir touché les Etats-Unis.

 

Le recul du fait religieux dans les grandes démocraties occidentales au XXe siècle et début XXIe entraîne de nombreuses conséquences qui apparaissent aujourd’hui à la lumière des rapports de force au Moyen Orient. Et du risque terroriste qui grandit.

 

L’Occident n’a pas eu une analyse claire des différents liens qui pouvaient se nouer dans cette partie du monde, fondés sur les appartenances religieuses et notamment sur les multiples branches de l’islam. D’où une vision réductrice de la mosaïque des pouvoirs au Moyen Orient, et des alliances dictées par des intérêts économiques qui ont pu masquer d’autres enjeux.

 

Une influence de la religion sous-estimée par l’Occident

 

Ainsi, les Etats-Unis ont déclenché l’offensive contre l’Irak en 2003 sur la foi de photos truquées et défait le régime de Saddam Hussein au nom d’un extrémisme religieux dont l’ancien dictateur n’avait jamais fait la démonstration. Ils ont ensuite installé un pouvoir chiite sans anticiper les réactions d’une population majoritairement sunnite, ni le désir de vengeance d’anciens cadres de l’armée irakienne à l’origine de la structuration étonnamment rapide du groupe Daech.

 

Et même au-delà de l’opposition millénaire entre chiites et sunnites, les différences entre salafistes et wahhabites, et parmi les salafistes entre les djihadistes et les « quiétistes », n’ont pas été prises en compte.

 

Aujourd’hui, le terrorisme frappe alors que les alliés des démocraties occidentales au Moyen Orient ne sont pas étrangers au développement de groupes radicalisés comme Al Qaïda puis Daech. Ceci n’a pas empêché ces mêmes démocraties, Etats-Unis en tête mais aussi l’Europe avec la France parmi les pays les plus engagés, de maintenir ces alliances au nom de ces intérêts économiques.

 

Ce qui entretient l’opacité sur les réels rapports de force sur le terrain au moment où un groupement terroriste bien organisé mais qui n’est même pas un Etat, est devenu l’ennemi public numéro un pour toutes ces démocraties.

 

La situation est complexe. Par exemple aujourd’hui, l’Iran chiite est un adversaire de Daech mais soutient le pouvoir en Syrie. Face au groupe terroriste, il est donc en phase avec la coalition qui réunit entre autres les Etats-Unis, la France et l’Arabie saoudite, mais contre ces pays lorsqu’il s’agit de la Syrie. Et il est d’autres situations plus complexes qui tiennent des diverses lectures du Coran au sein même de l’islam, quant au regard à porter sur « l’ennemi lointain » et sur « l’apocalypse » – Daech se revendiquant d’un « islam ancien » différent de celui d’Al Qaïda.

 

Les témoignages se sont multipliés pour dénoncer le rôle joué par l’Arabie saoudite ou le Qatar dans les financements à l’origine d’Al Qaïda ou de Daech, au nom de la lutte de ces organisations sunnites contre les chiites en Irak, en Syrie ou au Yémen. Des financements privés dictés par l’adhésion de Ryad et de Doha aux principes du Coran.

 

Mais en aidant des courants plus fondamentalistes qui remettent en question toutes formes de relation avec l’Occident et toute forme de gouvernement autre que celle du Coran, l’Arabie saoudite et le Qatar ont finalement vu se retourner contre eux des combattants qu’ils pensaient pouvoir instrumentaliser.

 

Ce qui, pour des pays comme l’Arabie saoudite et le Qatar, mais aussi la Turquie d’aujourd’hui ou l’Egypte des Frères musulmans avant le coup d’Etat de juillet 2013, débouche sur de réelles ambivalences. Des doubles jeux sur lesquels les démocraties occidentales ont fermé les yeux au nom de leurs intérêts économiques, et dont la France fait partie.

 

Tapis rouge pour le Qatar

 

Par exemple, les investisseurs étrangers se sont bousculés au Qatar qui, fort de ses réserves gazières et des dividendes qu’il en tire, a fait miroiter d’énormes contrats à ses nouveaux alliés. En moins de dix ans, les investissements directs étrangers ont été multipliés par quinze au Qatar.

 

Des pays comme la France n’ont pas hésité à dérouler le tapis rouge pour capter les dollars qataris tirés de l’exportation de ce gaz, signant une convention fiscale particulièrement avantageuse pour cet ami très en cours à l’Elysée du temps de Jacques Chirac, encore plus avec Nicolas Sarkozy et toujours avec François Hollande surtout depuis l’achat d’avions Rafale par Doha.

 

De sorte que les exportations de la France, qui ont fait un bond à près de 1,5 milliard d’euros en 2014 après plusieurs années de stagnation, devraient enregistrer de nouvelles hausses grâce au contrat des avions de combat. Ce qui justifie que le Premier ministre français Manuel Valls affirme ne pas douter de l’engagement du Qatar – comme de l’Arabie saoudite – dans la lutte contre Daech.

 

D’ailleurs, le Qatar fait aujourd’hui parte de la coalition en lutte contre le groupe terroriste. Mais ceci ne suffit pas à lever les doutes sur la contribution du Qatar, il y a quelques années, au financement d’Aqmi (Al Qaïda au Mali), groupe terroriste contre lequel la France est encore engagée dans l’opération Barkhane qui prolonge Serval.

 

Priorité aux commandes de l’Arabie saoudite

 

L’Arabie saoudite, qui s’est érigée en gendarme du Moyen Orient et en défenseur des intérêts de l’Occident où elle trouve ses plus gros débouchés pour ses exportations de pétrole, a réagi au développement de l’influence chiite dans cette région du monde après la guerre d’Irak menée par les Américains. C’est à ce titre qu’elle avait refusé la proposition de la Russie d’introduire la Syrie dans la coalition contre Daech, au nom du soutien de l’Iran à la minorité alaouite, une branche du chiisme, au pouvoir à Damas.

 

Mais c’est aussi pour se dresser contre l’insurrection des Houthis proches des chiites au Yémen que Bagdad a soutenu en sous-main les troupes d’Al Qaïda pour la péninsule arabique (et ses camps d’entrainement par où étaient passés les auteurs de l’attentat contre Charlie Hebdo) afin de combattre les premiers et enrayer une plus grande influence de Téhéran jusqu’à ses frontières. Tout cela avant que l’Arabie saoudite n’intervienne directement contre les Houthis par des frappes aériennes.

 

Globalement dans cette partie du monde, les alliances évoluent, notamment depuis le rôle joué par les Etats-Unis dans l’accord conclu sur le nucléaire iranien alors que Ryad y était fermement opposé. Avec Washington, les liens se sont distendus.

 

Or, pour la France, l’Arabie saoudite est un partenaire économique qui pèse lourd. Le royaume est redevenu depuis 2013 le premier fournisseur de pétrole de la France en assurant 15% de ses besoins. De sorte que les importations d’Arabie saoudite en France ont dépassé l’an dernier 7 milliards d’euros alors que les exportations françaises n’ont pas dépassé 3 milliards d’euros.

 

Les relations entre les deux capitales sont au beau fixe, Ryad ayant assuré le financement des deux navires militaires français Mistral achetés par l’Egypte après que la France a décidé de ne plus les livrer à la Russie, le commanditaire d’origine.

 

D’une façon générale, l’Arabie saoudite est, de longue date, un client fidèle de la France pour ses achats de matériels militaires, en pointe parmi les Etats du Conseil de coopération du Golfe (Arabie saoudite, Oman, le Koweït, Bahreïn, Émirats arabes unis et Qatar) qui ont augmenté de 71% les importations d’armement entre 2010 et 2014 par rapport aux cinq années précédentes, indique l’Institut de recherche international pour la paix de Stockholm (Sipri).

 

L’industrie française d’armement profite de cette progression. L’Arabie saoudite est son principal client, et Ryad pourrait choisir de d’équiper son aviation de Rafale. Toutefois, ces contrats militaires en plus des récentes annonces de contrats civils, notamment pour Airbus et Areva, ne peuvent pas faire oublier le rôle complexe joué par le royaume dans la stratégie à l’origine d’Al Qaïda.

 

Complaisance de la Turquie pour le pétrole des terroristes

 

Les questions s’accumulent, comme au sujet de la Turquie et de sa complaisance envers Daech sans laquelle le groupe terroriste n’aurait pas pu prospérer. Déjà, alors que les Kurdes luttent contre Daech, ils ont subi des bombardements de la Turquie (d’ailleurs reconnus par Ankara) toujours opposée à leur revendication d’un état kurde autonome. Des frappes qui, objectivement, ont réduit la pression sur le groupe terroriste, comme un retour d’ascenseur pour que Daech, dans sa lutte contre les Kurdes, continue d’aller dans le sens des aspirations d’Ankara.

 

Mais surtout, les frontières turques restent beaucoup trop poreuses pour empêcher le passage d’aides extérieures à Daech, et on peut se demander pourquoi le pétrole extrait par les terroristes a pu être aussi facilement mis sur le marché via des transports par camions et des exportations à partir des ports turcs, après avoir été mélangé à des pétroles d’origine moins sulfureuse.

 

En vendant ses produits au deux tiers ou à la moitié du prix du marché, Daech trouve des intermédiaires pour banaliser ses hydrocarbures qui partent ensuite vers des pays importateurs comme les Etats-Unis ou l’Europe, qui contribuent par là à financer involontairement le terrorisme.

 

A l’heure des drônes et des images par satellites, alors qu’on parvient à identifier une voiture isolée dans un désert, on peut trouver bizarre que des camions aient pu continuer à circuler entre les champs de pétrole syriens, dont 80% sont aux mains des terroristes, et les ports turcs.

 

On peut aussi s’étonner que le bombardement de 116 de ces camions par des avions américains ne soit seulement intervenu qu’à la mi-novembre 2015, dans la mesure où le pétrole rapporte à Daech la plus grosses part de ses recettes (environ 1,5 million de dollars par jour grâce au pétrole). Surtout lorsqu’on se souvient que la flotte d’avions militaires de la Turquie est l’une des plus importantes de l’OTAN, dont elle fait partie. Et qu’elle s’est engagée contre Daech dans la coalition internationale.

 

Certes, le pouvoir à Ankara avec un président proche des Frères musulmans a confirmé en juillet dernier son engagement au sein de la coalition, mais bien tardivement. Et toutes ces déclarations pour participer au combat contre le terrorisme n’expliquent toujours pas pourquoi Daech a pu prospérer sur les revenus tirés du pétrole pendant si longtemps… sauf à considérer que certains des pays voisins pouvaient espérer l’utiliser pour d’autres desseins géopolitiques. Et qui ont échoué dans leur projet d’instrumentalisation.

 

Plateforme stratégique, la Turquie reste un partenaire économique majeur pour la France dont les exportations vers le pays équilibrent les importations, de l’ordre de 6 milliards d’euros dans chaque sens en 2014.

 

Le triste précédent de la Lybie

 

Les situations sont nombreuses qui pourraient montrer que les politiques menées au nom d’intérêts économiques sont parfois en contradiction avec les politiques de sécurité au plan international à cause de leurs répercussions au plan intérieur. Il est évident que la realpolitik aboutit à des impasses lorsque, comme au Moyen Orient, elle se heurte à des comportements parfois opaques d’alliés dont les stratégies divergent de celles de la France.

 

L’exemple de la Lybie, mise au ban de la communauté internationale avant que Paris rende les honneurs à son dictateur dans l’espoir d’un gagner des marchés, montre à quel point ces intérêts économiques peuvent rendre aveugle. Car Paris a dû ensuite se retourner contre Tripoli pour sauver des populations civiles menacées.

 

Et on voit maintenant, avec le foyer d’insécurité et de radicalisation créé en Lybie suite à une intervention militaire insuffisamment maîtrisée, à quel point il peut être dangereux de poursuivre une politique qui veuille ménager ces intérêts économiques sans se préoccuper de la vraie nature du partenaire.

 

Aujourd’hui, un groupe de quelques dizaines de milliers de terroristes tient tête à une coalition de pays lourdement équipés en matériels militaires. De quoi s’interroger. Mais tant qu’il existe, ce groupe diffuse dans tous les pays – et notamment en Occident – une idéologie radicale qui pourrait lui survivre après sa neutralisation.

 

Gilles BRIDIER

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guerillero

PATRIOTES ? Les électeurs frontistes souhaitent le rétablissement des frontières et des taxes à l'importation. Mais les mêmes, comme consommateurs, choisissent-ils d'eux-mêmes des produits made in France lorsqu'ils ont le choix ? Pas sûr! On pourrait regarder s'ils ne possèdent tous que des voitures françaises, par exemple. Avant de rétablir des taxes qui augmenteront les prix des produits importés et qui, en retour, pénaliseront les exportations, que ces consommateurs qui se disent patriotes commencent par privilégier les marques françaises, sans forcément cadenasser l'Europe ni verrouiller le libre échange.

G&L

REPERES

- Population France : 66,6 millions d'habitants début 2016
(Union européenne à 28: 510,1 millions)
- Population active: 28,7 millions de personnes en 2016
- Chômeurs: 2,8 millions de personnes au sens du BIT (plus 1,5 million dans le halo du chômage) mi-2016, soit 9,9% de la population active
- Produit intérieur brut (PIB) France: 2.181 milliards d'euros courants en 2015 (Union européenne: 13.920 milliards d'euros, zone euro: 10.111 milliards d'euros)
- PIB par habitant: 32.795 euros en 2015
- Smic mensuel brut: 1.466 euros (1.144 euros net) en 2016
- Salaire moyen brut: 2.912 euros (2.202 euros net) secteur privé
- Salaire médian : 1.730 euros
- Dette publique France : 2.170 milliards d'euros fin juin 2016, soit 98,4% du PIB
- Dette par habitant: 34.476 euros
- Déficit commercial: 45,7 milliards d'euros en 2015

L’ubérisation, vecteur de précarisation

UBER, VECTEUR DE PRECARITE

Les chauffeurs Uber en colère en font l’expérience : le modèle économique développé par l’entreprise californienne n’est pas fondé sur le partage, mais sur la précarisation.
Pour concurrencer les taxis en utilisant la plateforme technologique qui permet aux clients de se mettre en relation avec les chauffeurs de VTC, ceux-ci doivent rétrocéder à Uber une commission de 25% sur le prix de leurs courses… sans avoir la liberté de fixer leurs tarifs et en héritant de toutes les contraintes.
Même si l’entreprise présente abusivement les chauffeurs comme des partenaires, elle développe un modèle dans lequel elle se libère de la prise en charge des coûts d’exploitation des véhicules et de toutes les charges sociales des conducteurs, décidant de la politique commerciale sans en subir les effets. En quelque sorte, l’équivalent d’une entreprise sans usine avec seulement un centre de recherche et un service marketing, utilisant uniquement des sous-traitants captifs : un vieux rêve d’exploitation capitaliste, aux antipodes d’un système collaboratif.
Le soi-disant miracle économique de « l’uberisation » n’est rien d’autre, dans ce cas précis, qu’une dérive bien connue accommodée à la sauce numérique.
La problématique posée par l’uberisation de l’économie implique de profondes remises en question. Sous l’effet de la révolution numérique, la multiplication de plateformes collaboratives grâce auxquelles le consommateur devient aussi fournisseur de services, est à l’origine d’une d’économie nouvelle. Depuis le covoiturage jusqu’au financement participatif pour des projets de toutes tailles, en passant par la location de logements de particuliers ou la vente de produits agricoles. Toute une économie qui échappe en partie aux prélèvements fiscaux et aux cotisations sociales.
En bout de course avec l’extension du phénomène, la révolution numérique mise au service de l’économie du partage débouchent sur un manque à gagner pour l’Etat, fragilisant l’équilibre des systèmes actuels de redistribution et de protection sociale déjà malmenés.
Mais il n’existe pas de remèdes miracles pour réduire les coûts. On le voit dans le cas des taxis : les baisses de tarifs dont profitent les clients ne deviennent possibles que par le biais d’une plus grande flexibilité du travail associée à une plus grande précarisation des chauffeurs. Les argumentaires peuvent vouloir démontrer le contraire, il n’en demeure pas moins vrai que, une fois compressés les coûts de structure et les charges sociales, c’est sur les rémunérations que des économies sont trouvées…
Cette mutation vers une économie numérique apparaît pourtant inéluctable. Le rôle des pouvoirs publics consiste à l’intégrer en douceur pour que le système, ébranlé, puisse s’adapter progressivement, afin d'éviter des déchirures dans le tissu social. Le défi n’est plus technologique, mais culturel.

quadri

EUROPE: TROIS ANS POUR REUSSIR LA COORDINATION FISCALE

Pierre Moscovici, Commissaire aux affaires économiques et financières et à la fiscalité, en convient : l’actuelle commission est « celle de la dernière chance pour l’Europe », concède-t-il. Or, l’équipe animée à Bruxelles par Jean-Claude Juncker, président, dispose de moins de trois ans avant les prochaines élections européennes pour mettre en échec les partis eurosceptiques qui gagnent du terrain dans de nombreux pays comme en Grande Bretagne. Un compte à rebours très serré.
Dans l’intervalle, les élections nationales seront des tests déterminants : « En France, l’élection présidentielle sera un référendum sur l’Europe », a commenté l’ex-ministre français de l’Economie en faisant allusion à la percée du Front national dans les sondages.
Dans ces conditions, la coordination fiscale en Europe devient un enjeu capital. Ce fut une des pistes privilégiées par François Hollande au lendemain du référendum britannique pour repousser le risque d’une dislocation de l’Union. « Il s’agit d’abord d’en finir avec des distorsions de concurrence en commençant par l’impôt sur les sociétés », avait-il déclaré. Si l’Union ne doit être qu’une auberge espagnole dans laquelle chaque membre tire la couverture à lui en s’affranchissant des règles collectives, c’est tout le principe de la construction européenne qui est remis en question.
La Commission est coupable d’avoir laissé en déshérence le projet d’assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés (ACCIS). A défaut d’une harmonisation des taux, ce mécanisme pourrait s’avérer efficace pour lutter contre le transfert de bénéfices et les pratiques fiscales abusives utilisées par les entreprises au sein de l’Union.
La Commission en avait émis le principe dès 2001. Et depuis, on n’avait assisté qu’à des tergiversations notamment de la part des Etats membres pour utiliser les travaux du groupe de travail devant plancher sur le sujet. Malgré tout en 2011 – soit dix ans plus tard – la Commission présentait un projet. Qui, lui aussi, dut finir au fond d’un tiroir.
Dans un contexte marqué par le Brexit, Pierre Moscovici se déclare déterminé à relancer le projet ACCIS sur la coordination des assiettes fiscales en Europe. La Commission va devoir progresser sur ce projet avec des Etats toujours soucieux de leur souveraineté en matière de politique budgétaire. Les écueils seront nombreux. Et surtout, elle doit avancer très vite pour que, en 2019 avant les élections au Parlement européen, les tenants de l’Union européenne puissent présenter de résultats concrets et pas seulement des montages abstraits pour tenir les eurosceptiques en échec. Afin de ne pas voir un Parlement gagné par… les adversaires de l’Union.

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LE DECROCHAGE DE L'ECONOMIE FRANCAISE EST-IL IRREVERSIBLE?

Certes, un PIB ne fait pas rêver. Mais il peut faire réfléchir, car son évolution est aussi une photographie d’une économie. De 2.134 milliards d’euros en 2014 selon l’Insee, la totalité des biens et services produits sur le territoire français a progressé de 1,1% en 2015. C’est moins que pour l’ensemble de la zone euro qui, selon le Fonds monétaire international (FMI) , a connu une croissance de 1,6%. Si on considère que la hausse des productions a atteint 1,9% cette année-là pour le peloton des pays avancés, la France est décrochée.
L'économie française subit l’une des plus fortes corrections alors que croissance est trois fois plus élevées pour la Suède, près de deux fois pour la Grande Bretagne et supérieure de 30% pour l’Allemagne.
On peut établir une relation directe entre ces agrégats et les niveaux de vie. Pire: lorsqu’on s’intéresse au PIB par habitant exprimé en PPA, la France ne pointait plus qu’au 24e rang en 2014 selon les statistiques établies par la Banque mondiale. Et si on se focalise sur l’Europe, la Banque de France montre que le PIB français par habitant en PPA est à peine au niveau de la moyenne de la zone euro, et n’arrivait qu’au 11e rang en 2014 de l’ensemble des membres de l’Union européenne.
Ce n’est pas une surprise : le ministère de l’Economie constate que le PIB français décroche depuis 40 ans avec une progression par habitant inférieure à la moyenne des pays de l’OCDE. Ce qui impacte très directement l’évolution des conditions de vie des Français.

retraité ou chômeur

PRIVILEGIES, LES RETRAITES?

Il serait impossible ici d’examiner en détail les 35 régimes de retraite qui existent en France compte tenu des différences à l’origine de l’opacité du système. On s’en tiendra donc à la branche retraite du régime général de la Sécurité sociale, gérée par la Caisse nationale d’assurance et qui représente plus de la moitié (54%) du total des retraites servies en France. Soit, en 2012, 101,5 milliards d’euros de prestations versées à 13,2 millions de retraités, pour un déficit de 4,79 milliards d’euros de ce seul régime.
Mais, pour la retraite de la CNAV, il existe un plafond : le salaire pris en compte dans le calcul ne peut dépasser le plafond de la Sécurité sociale, soit actuellement 3.086 euros. De sorte que la retraite de base de la Sécu est elle-même plafonnée, actuellement à 1.543 euros par mois. Quel que soit le salaire de référence.
Encore s’agit-il d’un montant brut. En net, on tombe à quelque 1.350 euros. Pas de quoi bambocher, une fois déduites les dépenses contraintes de logement, d’alimentation, d’énergie et de téléphone.
Et tout le monde n’est pas à ce plafond, qui suppose un salaire supérieur à la moyenne française. Rappelons que le salaire moyen d’un actif, aujourd’hui, se monte à 2.438 euros selon la Caisse nationale des Urssaf (Acoss).
Des spécialistes préfèrent se référer au salaire médian, évalué à 1.675 euros en 2010 d’après les dernières statistiques de l’Insee sur le sujet. Dans les deux cas, on comprend qu’un grand nombre de pensions de « Français moyens » une fois en retraite sont loin d’atteindre le plafond.
Ainsi, le montant moyen des pensions au régime général, pour des carrières complètes, s’est élevé en 2012 à 1.040 euros, précise la CNAV. Soit aux deux tiers du plafond. Gare aux fins de mois !
Mais puisqu’il s’agit d’une moyenne, de nombreux retraités touchent des pensions moins élevées. Ils sont même plus de 420.000 à se situer en-dessous des 787 euros par mois du minimum vieillesse pour une personne seule et 1.222 euros pour un couple de retraités, et à toucher l’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa) pour revenir à ces niveaux. On est bien loin, pour toutes ces personnes, de l’image de « nantis » parfois colportée.

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