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Le chômage de très longue durée se développe dix fois plus vite qu’il y a cinq ans. Un chômage à deux vitesses s’est installé.

 

Pourtant, contre l’exclusion sociale, la formation dispose de moyens pour cibler des actions.

 

Entre août 2008 et août 2009, un an après le début de la crise bancaire, le nombre des chômeurs de très longue durée était passé de 272.000 à 282.000, soit dix mille personnes de plus recensées comme demandeurs d’emploi de plus de trois ans.

 

Ils représentaient alors 7,6% de l’ensemble des chômeurs des catégories A, B et C (chômeurs sans aucun emploi ou en situation professionnelle précaire) en France métropolitaine.

 

Depuis, la situation n’a cessé de se dégrader. Entre août 2013 et août 2014, le nombre de ces chômeurs de très longue durée est passé de 560.000 à 660.000, soit 100.000 personne de plus. Non seulement cette population a plus que doublé en cinq ans, mais surtout, la progression sur un an a été multipliée par dix !

 

Et les dernières statistiques montrent que l’emballement se poursuit. Cette population a encore augmenté de 12.500 en un seul mois, entre août et septembre derniers : c’est-à-dire que la hausse du nombre de chômeurs de très longue durée correspond aujourd’hui en un seul mois à la progression de toute une année au début de la crise.

 

La panne de croissance explique l’augmentation du nombre de demandeurs d’emploi. Toutefois, pour 57% des chômeurs, les tensions sur le marché du travail se traduisent par des périodes sans emploi qui ne durent pas plus d’un an. Pour eux, le « turn over » fonctionne. Mais ce n’est pas le cas pour tout le monde.

 

Avec une population au chômage qui n’a cessé de croître depuis septembre 2008, c’est forcément à partir de 2010/2011 que le problème du chômage de très longue durée a pris de l’importance. De sorte que ce sont maintenant 13% des demandeurs d’emploi qui sont éloignés du travail depuis trois ans ou plus.

 

Cette progression laisse s’installer un chômage à deux vitesses. D’un côté, ceux qui, après un passage à la case chômage, reviennent dans le monde du travail. De l’autre, ceux qui s’en éloignent de plus en plus et se désocialisent, formant une population incompressible d’exclus de plus en plus importante. Pour un demandeur d’emploi sur huit en France, la marginalisation se fait de plus en plus loin du monde du travail, sans aller-retour possible entre ce monde et le chômage.

 

La formation en échec, c’est l’exclusion qui progresse

 

Un tel niveau de chômeurs de longue durée pointe une vraie faillite du système de formation, sans laquelle la réinsertion est rendue plus difficile. C’est l’ « échec » reconnu par François Rebsamen, ministre du Travail.

 

Pourtant, les moyens existent : la formation professionnelle est dotée en France de 32 milliards d’euros par an. Mais depuis la fin des années 80, on ne cesse de dénoncer une mauvaise utilisation de ces fonds – voire des utilisations scandaleuses lorsque cet argent est dilapidé à des fins autres que l’acquisition de compétences. Malgré tout, rien n’y fait : le système ne se remet pas en question. Et pas plus de 10% des demandeurs d’emploi accèdent à une formation.

 

Ainsi, si les indemnités de chômage fonctionnent bien en France, les dispositifs de réinsertion ne font pas preuve de la même efficacité. Il faudrait qu’une partie de l’argent de la formation soit spécifiquement affectée à la lutte contre le chômage de très longue durée, pour traiter le problème de ces chômeurs avant qu’ils n’entrent dans la spirale de la désocialisation. Les délais d’attente pour accéder à une formation sont notamment excessivement longs. Trop longs pour faire échec à l’exclusion.

 

Le problème est que les allocations de retour à l’emploi (ARE), indemnités versées l’assurance chômage (Unedic), ont une fin. Tout dépend de la durée de la phase de travail qui précède la perte de l’emploi. Mais de toute façon, ces indemnités s’éteignent au maximum au bout de deux ans de chômage, voire de trois ans pour les personnes de plus de 50 ans. Le chômeur de longue durée bascule lorsqu’il devient un « fin de droits ». La perte de repères n’est pas loin.

 

Certes, la réforme de mars dernier sur l’indemnisation du chômage introduit les droits rechargeables qui reportent la durée d’indemnisation pour les personnes qui peuvent alterner périodes d’emploi et de chômage. Encore faut-il que ces allers-retours soient possibles…

 

Des Assedic au RSA

 

Dans ces conditions, alors que Pôle emploi dénombre 3,4 millions de demandeurs d’emploi sans aucune activité (catégorie A), seulement 2,7 millions de personnes touchent une indemnité de chômage.

 

Pour les 700.000 personnes qui n’y ont plus droit parce qu’ils sont au chômage depuis trop longtemps, il existe d’autres recours. Mais insuffisants pour vivre.

 

Certains, qui finissent par obtenir un stage, perçoivent une allocation de formation. D’autres sont au revenu de solidarité active (RSA) qui, pour une personne seule, se monte à 509 euros. Aujourd’hui, 873.000 inscrits à Pôle emploi perçoivent le RSA. C’est-à-dire que 17% des demandeurs d’emploi répertoriés touchent cette allocation. Les « fins de droits », chômeurs de très longue durée qui ne perçoivent plus l’ARE, sont les plus concernés.

 

D’autres enfin demandent à bénéficier de l’allocation de solidarité spécifique (ASS) : ils sont 487.000 dans ce cas, à toucher 16 euros par jour (483 euros par mois) à condition que leurs ressources ne dépassent pas 644 euros (sinon, le montant est dégressif).

 

Certes, des associations se mobilisent pour ramener ces personnes vers le marché de l’emploi. Elles sont, par exemple, 870 à adhérer à la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS) pour enrayer le fléau, prenant cette population en charge et réclamant aux entreprises des comportements citoyens pour réinsérer ces chômeurs de très longue durée. Mais lorsque l’emploi fait défaut et que les chômeurs sont mis en concurrence pour obtenir un poste, ceux qui ont décroché ne sont pas les mieux placés.

 

Une réalité sous estimée

 

Le problème est profond, et même bien plus qu’il n’apparaît. Car avec le temps, pris dans l’étau d’un chômage sans issue, les demandeurs d’emploi qui n’ont plus droit aux Assedic cessent d’effectuer les démarches et recherches auprès de Pôle emploi et en sont radiés. De sorte que le nombre de chômeurs de très longue durée est bien plus important que les statistiques officielles ne l’indiquent.

 

Par exemple, le RSA est versé à 2,3 millions de foyers en France et dans les Dom Tom, soit au moins 1,5 million de personnes non répertoriées par Pôle emploi en plus des 873.000 chômeurs au RSA recensés par l’établissement… Mais ces statistiques ne sont pas prises en compte dans le chômage de très longue durée, par là fortement sous estimé. Comme si cette zone grise devait être maintenue dans l’opacité.

 

D’après les évaluations du Conseil d’orientation pour l’emploi, l’éloignement durable du marché du travail concerne environ deux millions de personnes, soit près de 5 % de la population en âge de travailler ». Bien plus, donc, que les chômeurs de très longue durée inscrits à Pôle emploi.

 

Gilles BRIDIER

(publié sur www.slate.fr)

 

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guerillero

PATRIOTES ? Les électeurs frontistes souhaitent le rétablissement des frontières et des taxes à l'importation. Mais les mêmes, comme consommateurs, choisissent-ils d'eux-mêmes des produits made in France lorsqu'ils ont le choix ? Pas sûr! On pourrait regarder s'ils ne possèdent tous que des voitures françaises, par exemple. Avant de rétablir des taxes qui augmenteront les prix des produits importés et qui, en retour, pénaliseront les exportations, que ces consommateurs qui se disent patriotes commencent par privilégier les marques françaises, sans forcément cadenasser l'Europe ni verrouiller le libre échange.

G&L

REPERES

- Population France : 66,6 millions d'habitants début 2016
(Union européenne à 28: 510,1 millions)
- Population active: 28,7 millions de personnes en 2016
- Chômeurs: 2,8 millions de personnes au sens du BIT (plus 1,5 million dans le halo du chômage) mi-2016, soit 9,9% de la population active
- Produit intérieur brut (PIB) France: 2.181 milliards d'euros courants en 2015 (Union européenne: 13.920 milliards d'euros, zone euro: 10.111 milliards d'euros)
- PIB par habitant: 32.795 euros en 2015
- Smic mensuel brut: 1.466 euros (1.144 euros net) en 2016
- Salaire moyen brut: 2.912 euros (2.202 euros net) secteur privé
- Salaire médian : 1.730 euros
- Dette publique France : 2.170 milliards d'euros fin juin 2016, soit 98,4% du PIB
- Dette par habitant: 34.476 euros
- Déficit commercial: 45,7 milliards d'euros en 2015

L’ubérisation, vecteur de précarisation

UBER, VECTEUR DE PRECARITE

Les chauffeurs Uber en colère en font l’expérience : le modèle économique développé par l’entreprise californienne n’est pas fondé sur le partage, mais sur la précarisation.
Pour concurrencer les taxis en utilisant la plateforme technologique qui permet aux clients de se mettre en relation avec les chauffeurs de VTC, ceux-ci doivent rétrocéder à Uber une commission de 25% sur le prix de leurs courses… sans avoir la liberté de fixer leurs tarifs et en héritant de toutes les contraintes.
Même si l’entreprise présente abusivement les chauffeurs comme des partenaires, elle développe un modèle dans lequel elle se libère de la prise en charge des coûts d’exploitation des véhicules et de toutes les charges sociales des conducteurs, décidant de la politique commerciale sans en subir les effets. En quelque sorte, l’équivalent d’une entreprise sans usine avec seulement un centre de recherche et un service marketing, utilisant uniquement des sous-traitants captifs : un vieux rêve d’exploitation capitaliste, aux antipodes d’un système collaboratif.
Le soi-disant miracle économique de « l’uberisation » n’est rien d’autre, dans ce cas précis, qu’une dérive bien connue accommodée à la sauce numérique.
La problématique posée par l’uberisation de l’économie implique de profondes remises en question. Sous l’effet de la révolution numérique, la multiplication de plateformes collaboratives grâce auxquelles le consommateur devient aussi fournisseur de services, est à l’origine d’une d’économie nouvelle. Depuis le covoiturage jusqu’au financement participatif pour des projets de toutes tailles, en passant par la location de logements de particuliers ou la vente de produits agricoles. Toute une économie qui échappe en partie aux prélèvements fiscaux et aux cotisations sociales.
En bout de course avec l’extension du phénomène, la révolution numérique mise au service de l’économie du partage débouchent sur un manque à gagner pour l’Etat, fragilisant l’équilibre des systèmes actuels de redistribution et de protection sociale déjà malmenés.
Mais il n’existe pas de remèdes miracles pour réduire les coûts. On le voit dans le cas des taxis : les baisses de tarifs dont profitent les clients ne deviennent possibles que par le biais d’une plus grande flexibilité du travail associée à une plus grande précarisation des chauffeurs. Les argumentaires peuvent vouloir démontrer le contraire, il n’en demeure pas moins vrai que, une fois compressés les coûts de structure et les charges sociales, c’est sur les rémunérations que des économies sont trouvées…
Cette mutation vers une économie numérique apparaît pourtant inéluctable. Le rôle des pouvoirs publics consiste à l’intégrer en douceur pour que le système, ébranlé, puisse s’adapter progressivement, afin d'éviter des déchirures dans le tissu social. Le défi n’est plus technologique, mais culturel.

quadri

EUROPE: TROIS ANS POUR REUSSIR LA COORDINATION FISCALE

Pierre Moscovici, Commissaire aux affaires économiques et financières et à la fiscalité, en convient : l’actuelle commission est « celle de la dernière chance pour l’Europe », concède-t-il. Or, l’équipe animée à Bruxelles par Jean-Claude Juncker, président, dispose de moins de trois ans avant les prochaines élections européennes pour mettre en échec les partis eurosceptiques qui gagnent du terrain dans de nombreux pays comme en Grande Bretagne. Un compte à rebours très serré.
Dans l’intervalle, les élections nationales seront des tests déterminants : « En France, l’élection présidentielle sera un référendum sur l’Europe », a commenté l’ex-ministre français de l’Economie en faisant allusion à la percée du Front national dans les sondages.
Dans ces conditions, la coordination fiscale en Europe devient un enjeu capital. Ce fut une des pistes privilégiées par François Hollande au lendemain du référendum britannique pour repousser le risque d’une dislocation de l’Union. « Il s’agit d’abord d’en finir avec des distorsions de concurrence en commençant par l’impôt sur les sociétés », avait-il déclaré. Si l’Union ne doit être qu’une auberge espagnole dans laquelle chaque membre tire la couverture à lui en s’affranchissant des règles collectives, c’est tout le principe de la construction européenne qui est remis en question.
La Commission est coupable d’avoir laissé en déshérence le projet d’assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés (ACCIS). A défaut d’une harmonisation des taux, ce mécanisme pourrait s’avérer efficace pour lutter contre le transfert de bénéfices et les pratiques fiscales abusives utilisées par les entreprises au sein de l’Union.
La Commission en avait émis le principe dès 2001. Et depuis, on n’avait assisté qu’à des tergiversations notamment de la part des Etats membres pour utiliser les travaux du groupe de travail devant plancher sur le sujet. Malgré tout en 2011 – soit dix ans plus tard – la Commission présentait un projet. Qui, lui aussi, dut finir au fond d’un tiroir.
Dans un contexte marqué par le Brexit, Pierre Moscovici se déclare déterminé à relancer le projet ACCIS sur la coordination des assiettes fiscales en Europe. La Commission va devoir progresser sur ce projet avec des Etats toujours soucieux de leur souveraineté en matière de politique budgétaire. Les écueils seront nombreux. Et surtout, elle doit avancer très vite pour que, en 2019 avant les élections au Parlement européen, les tenants de l’Union européenne puissent présenter de résultats concrets et pas seulement des montages abstraits pour tenir les eurosceptiques en échec. Afin de ne pas voir un Parlement gagné par… les adversaires de l’Union.

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LE DECROCHAGE DE L'ECONOMIE FRANCAISE EST-IL IRREVERSIBLE?

Certes, un PIB ne fait pas rêver. Mais il peut faire réfléchir, car son évolution est aussi une photographie d’une économie. De 2.134 milliards d’euros en 2014 selon l’Insee, la totalité des biens et services produits sur le territoire français a progressé de 1,1% en 2015. C’est moins que pour l’ensemble de la zone euro qui, selon le Fonds monétaire international (FMI) , a connu une croissance de 1,6%. Si on considère que la hausse des productions a atteint 1,9% cette année-là pour le peloton des pays avancés, la France est décrochée.
L'économie française subit l’une des plus fortes corrections alors que croissance est trois fois plus élevées pour la Suède, près de deux fois pour la Grande Bretagne et supérieure de 30% pour l’Allemagne.
On peut établir une relation directe entre ces agrégats et les niveaux de vie. Pire: lorsqu’on s’intéresse au PIB par habitant exprimé en PPA, la France ne pointait plus qu’au 24e rang en 2014 selon les statistiques établies par la Banque mondiale. Et si on se focalise sur l’Europe, la Banque de France montre que le PIB français par habitant en PPA est à peine au niveau de la moyenne de la zone euro, et n’arrivait qu’au 11e rang en 2014 de l’ensemble des membres de l’Union européenne.
Ce n’est pas une surprise : le ministère de l’Economie constate que le PIB français décroche depuis 40 ans avec une progression par habitant inférieure à la moyenne des pays de l’OCDE. Ce qui impacte très directement l’évolution des conditions de vie des Français.

retraité ou chômeur

PRIVILEGIES, LES RETRAITES?

Il serait impossible ici d’examiner en détail les 35 régimes de retraite qui existent en France compte tenu des différences à l’origine de l’opacité du système. On s’en tiendra donc à la branche retraite du régime général de la Sécurité sociale, gérée par la Caisse nationale d’assurance et qui représente plus de la moitié (54%) du total des retraites servies en France. Soit, en 2012, 101,5 milliards d’euros de prestations versées à 13,2 millions de retraités, pour un déficit de 4,79 milliards d’euros de ce seul régime.
Mais, pour la retraite de la CNAV, il existe un plafond : le salaire pris en compte dans le calcul ne peut dépasser le plafond de la Sécurité sociale, soit actuellement 3.086 euros. De sorte que la retraite de base de la Sécu est elle-même plafonnée, actuellement à 1.543 euros par mois. Quel que soit le salaire de référence.
Encore s’agit-il d’un montant brut. En net, on tombe à quelque 1.350 euros. Pas de quoi bambocher, une fois déduites les dépenses contraintes de logement, d’alimentation, d’énergie et de téléphone.
Et tout le monde n’est pas à ce plafond, qui suppose un salaire supérieur à la moyenne française. Rappelons que le salaire moyen d’un actif, aujourd’hui, se monte à 2.438 euros selon la Caisse nationale des Urssaf (Acoss).
Des spécialistes préfèrent se référer au salaire médian, évalué à 1.675 euros en 2010 d’après les dernières statistiques de l’Insee sur le sujet. Dans les deux cas, on comprend qu’un grand nombre de pensions de « Français moyens » une fois en retraite sont loin d’atteindre le plafond.
Ainsi, le montant moyen des pensions au régime général, pour des carrières complètes, s’est élevé en 2012 à 1.040 euros, précise la CNAV. Soit aux deux tiers du plafond. Gare aux fins de mois !
Mais puisqu’il s’agit d’une moyenne, de nombreux retraités touchent des pensions moins élevées. Ils sont même plus de 420.000 à se situer en-dessous des 787 euros par mois du minimum vieillesse pour une personne seule et 1.222 euros pour un couple de retraités, et à toucher l’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa) pour revenir à ces niveaux. On est bien loin, pour toutes ces personnes, de l’image de « nantis » parfois colportée.

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