La crise dure, le chômage ne cesse de croître et la tendance va se poursuivre avec la récession. De plus en plus de demandeurs d’emploi voient se profiler la fin de leurs indemnités. Ils attendent des mesures d’urgence.

 

Si les mots ont un sens, le sommet social du 18 janvier n’en a pas. Ou bien ce n’était pas un sommet social, ce qui aurait l’avantage de la clarté.

 

Pas vraiment d’échanges ni de réflexion collective…  tous les partenaires invités auraient pu faire l’économie de cette réunion. Car pour aboutir à la réactivation d’une série de mesures anticrise, que Nicolas Sarkozy avait pour la plupart déjà présentées lui-même dans un passé récent, point n’était besoin de rameuter le banc et l’arrière banc des syndicats de salariés et patronaux.

 

Il n’y avait d’ailleurs pas eu de sommet social lorsque ces dispositions avaient été prises une première fois entre 2009 et 2011, avant d’être levées et maintenant relancées. D’autant que le coût du dispositif présenté inférieur à un demi-milliard d’euros, financé par « redéploiement » (c’est-à-dire sur des économies réalisées un peu partout), ne devrait pas peser sur les caisses de l’Etat.

 

Pas d’inflexion, donc, de la politique budgétaire qui aurait pu justifier de prendre l’opinion publique à témoin. Bref, François Fillon avec son gouvernement aurait bien pu décider toutes ces mesures sans cette mise en scène superflue.

 

Une théâtralisation inutile

 

Il faut croire que le président-pas-encore-candidat avait un autre intérêt à cette théâtralisation, ce qui a d’ailleurs eu tendance à raidir les partenaires sociaux attentifs à ne pas se laisser instrumentaliser. On peut imaginer que Nicolas Sarkozy aurait lui-même souhaité faire progresser d’autres dossiers comme celui de la TVA sociale. Il en aurait été dissuadé par une partie de sa majorité, qui le soutient par devant mais craint par derrière qu’une mesure forcément impopulaire ne se paie au prix fort dans les urnes…

 

Le dossier, dit-on, sera rouvert fin janvier. Mais que découvrir de nouveau, alors que les études abondent à commencer par celle de d’Eric Besson, que le sujet était déjà sur la table au début du quinquennat avant que Jean-Louis Borloo ne vende la mèche,  et que la question est à ce point argumentée que Jean-François Copé qui était d’abord opposé à cette TVA dite « sociale », en devint partisan lorsqu’elle fut rebaptisée en TVA « anti-délocalisation ». Non, il n’y a plus rien à découvrir sur le sujet. Aujourd’hui, le dossier est devenu politique. Et c’est ce qui a retenu le président de l’ouvrir à ce pseudo-sommet.

 

L’urgence pour les « fins de droits »

 

Pour autant, il y avait bien urgence à se préoccuper du chômage, qui a explosé en 2009, a encore augmenté en 2010 alors que le gouvernement avait espéré une décrue, s’est encore aggravé en 2011  et devrait encore grimper au moins au premier semestre 2012 avec la récession qui se profile…  Plus de 2,8 millions de demandeurs d’emploi sans aucun travail en France métropolitaine, et 4,2 millions d’inscrits à Pôle emploi si on ajoute les salariés dans la précarité en recherche d’un autre travail : les statistiques brutes sont lourdes.

 

Mais surtout, compte tenu de la crise, les chômeurs de longue durée sont eux-mêmes de plus en plus nombreux, « à un niveau supérieur à la moyenne de l’OCDE », notait en décembre dernier le Conseil d’orientation pour l’emploi (COE).  Fin novembre, 40% des inscrits (soit 1,7 million de personnes) étaient sur les listes de Pôle emploi depuis plus d’un an, et 19% (soit près de 800.000) depuis deux ans et plus, d’après les chiffres officiels du ministère du Travail.

 

15% des demandeurs d’emploi au RSA

 

Ce sont les « fins de droits », chômeurs qui  arrivent au bout de leur période d’indemnisation, et s’apprêtent à basculer dans le RSA.  Or, ils sont déjà plus de 15% des demandeurs d’emplois (641.000 personnes) à vivre du revenu de solidarité active. Sans nouvelles mesures, leur nombre aurait vite explosé.

 

Il fallait agir d’autant plus vite que la population des demandeurs d’emploi de 50 ans et plus gonfle démesurément, avec 15% de chômeurs en plus en un an. Ils sont des chômeurs de longue durée en puissance.

 

En outre, la tendance à rejeter ces seniors sera encore plus marquée sur le marché de l’emploi si une récession s’installe. Même chose, à l’autre bout du spectre, pour les jeunes à l’entrée sur le marché du travail, dont 25% se retrouvent scotchés à Pôle emploi.

 

D’où l’urgence de mettre en place des formations pour augmenter les chances de réintégrer un emploi. Car c’est une façon, pour les « fins de droits », de se relancer dans une filière tout en bénéficiant d’une assistance financière qui ne leur serait plus due.

 

Cent cinquante millions d’euros doivent être débloqués à cet effet, a annoncé Nicolas Sarkozy le 18 janvier. Mais cette rallonge très limitée ne peut être qu’un expédient pour répondre à une urgence. Car la formation se heurte à un problème de gouvernance. Jusqu’où pourra creuser Gérard Larcher, ancien président du Sénat, dans sa mission éclair pour la réformer?

 

Là encore, les échelles de temps diffèrent. Le cas des « fins de droits » appellait des mesures immédiates, alors que la réforme ne pourra que s’étaler dans le temps et qu’elle se heurtera forcément à des échéances politiques comme tant d’autres avant elle.

 

Réformer la formation, air connu

 

Les efforts pour la formation sont d’autant moins convaincants que les engagements et bonnes résolutions font partie des solutions passe-partout qui servent avant tout à la communication.  Car en réalité, la formation des chômeurs recule.

 

Par exemple, alors que plus de 800.000 personnes en profitaient chaque année au cours de la décennie 90, on n’en comptait plus que 600.000 au milieu des années 2000 et 555.000 en 2009 en France métropolitaine.

 

Le vrai problème est connu, il est celui de l’utilisation des fonds de la formation. Car, car si le nombre de bénéficiaires a reculé, l’enveloppe globale de l’Unedic/Pôle emploi, elle, ne cesse de croître : 1,5 milliard d’euros en 2009, en hausse de 40% en trois ans . C’est donc toute la gestion de la formation qui devrait être remise à plat.

 

Gilles BRIDIER

(publié sur www.slate.fr)

 

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UNE CRISE, PAS UNE DEROUTE

L’histoire de la dette française est celle des 30 dernières années. Mais le dérapage est récent. De 20% du PIB en 1981 à l’arrivée de la gauche, cette dette avait atteint 55% lorsque Jacques Chirac fut élu président. Avec Lionel Jospin à Matignon, la dette fut globalement stationnaire à 60%. Elle était quasiment au même niveau (64% pour un peu plus de 1200 milliards d’euros) lorsque Nicolas Sarkozy accéda à l’Elysée en 2007. Mais aujourd’hui, la France supporte une dette publique de plus de 1700 milliards d’euros, soit un peu plus de 85% du PIB: une augmentation de 20 points de PIB en quatre ans.
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La France pointait l’an dernier au cinquième rang des puissances économiques mondiales. L’Union européenne demeure la région la plus riche du monde avec un PIB global de 16.100 milliards de dollars contre 14.600 milliards pour les Etats-Unis.

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