Le prix à la pompe des carburants est au même niveau aujourd’hui qu’à l’été 2008, alors que le baril de pétrole vaut 40 dollars de moins. Pourquoi ? L’euro a baissé.

 

Malgré les rappels à l’ordre du gouvernement, les prix des carburants à la pompe flambent à nouveau : 1,48 euro le litre pour le SP 95 en moyenne selon l’Union française des industries pétrolières (UFIP), le même niveau qu’au mois de juillet 2008. Et 1,38 euro pour le gazole.

 

Mais à l’époque, le prix du baril de pétrole avait atteint des sommets, touchant par deux fois les 145 dollars au cours de la première quinzaine de ce mois  .

 

Cette fois, ce n’est pas le cas : le baril de WTI cote autour de 101 euros en ce début décembre, soit 30% de moins qu’en juillet 2008. Et pourtant, à la pompe, les niveaux actuels de prix TTC sont bien du même tonneau .

 

Des prix à leur sommet, alors que le baril est moins cher…

 

Les prix étant libres, les montants indiqués ne sont que des moyennes. Pour  le SP 95, les prix à la pompe s’étalent en ce début décembre de 1,43 euro le litre dans les grandes surfaces à 1,58 euro dans les stations d’autoroute. On est bien sur les fourchettes les plus hautes des prix de ce carburant.

 

Pour le gazole, les automobilistes le paient aujourd’hui entre 1,32 à 1,47 euro le litre selon qu’ils s’approvisionnent aux pompes d’un supermarché ou sur autoroute. Et même quelques centimes de plus au litre s’ils sont adeptes du gazole+. On note ainsi que, en juillet 2008 quand le pétrole était plus cher, le prix du gazole était un peu plus élevé, de 5 centimes d’euro par litre. Ce qui semble un peu plus cohérent. Mais l’écart est faible malgré tout compte tenu de la différence de prix du baril. Le problème, donc, reste entier.

 

… Ou, à prix de baril identiques, des prix à la pompe plus élevés

 

Abordons la question autrement, à prix de baril comparables. En février 2008, le prix du baril de WTI était à son niveau actuel, mais le litre de SP 95 était affiché à la pompe à 10 centimes de moins. Encore plus fort : le litre de gazole valait 14 centimes de moins. Qu’est-ce qui a changé ?

 

On pourra rétorquer que, s’agissant de carburants distribués en France, il serait plus pertinent de considérer le prix du baril de brent de la mer du Nord. Mais la question posée ne change pas. En avril 2008, le brent était à 109 dollars le baril, comme aujourd’hui. Or, en ce mois de décembre, le litre de SP95 vaut 10 centimes de plus qu’à l’époque. Quant au litre de gazole, il coûte à la pompe 9 centimes de plus; soit un écart de 7%, pour des prix du baril identiques.

 

La fiscalité hors de cause

 

Les représentants des compagnies pétrolières ont l’habitude de souligner que les variations du prix du brut n’impactent que le prix hors taxes des carburants, soit en l’occurrence 42% du prix du litre de SP95 et 50% pour le gazole. Autrement dit, quand le prix du baril baisse, la répercussion à la pompe est moins sensible.

 

Mais, sur la période, les taxes sont restées relativement stables : 57% en novembre 2011 contre 56% en juillet 2008 pour le SP95, et 48% contre 46% pour le gazole. « La fiscalité a été  à peu près constante en valeur absolue et en pourcentage », convient l’UFIP. Aussi, si le baril est moins cher, le litre de carburant à la pompe devrait l’être également. Le mécanisme à l’origine de cette hausse est ailleurs. Il faut donc creuser.

 

Une structure de prix relativement constante

 

Les pétroliers reconstitueraient-ils des marges qui avaient eu tendance à se comprimer avec la crise ? Dans l’activité raffinage, le niveau de marge était globalement supérieur à 30 euros la tonne (soit 40 dollars au cours actuel) entre 2004 et 2008. Mais il s’est contracté, ce qui explique entre autres la fermeture de raffineries en France. Par exemple, un pétrolier comme Total a annoncé pour le troisième trimestre 2011 un recul à 13,40 dollars par tonne (environ 10 euros) , contre 16,40 dollars un an plus tôt et 16,3 dollars au deuxième trimestre 2011. Même avec un redressement de ces marges en fin d’année, la réalité est plus complexe.

 

Ce n’est pas non plus dans le transport qu’il faut chercher les causes de cette différence. Ni dans la distribution, où les marges sont globalement constantes à 7 ou 8 centimes par litre environ dans les stations services des pétroliers.

 

Un certain nombre d’autres facteurs doivent être pris en considération. Comme par exemple, l’impact de l’incorporation de biocarburants qui renchérit de 0,9 à 1,3 centime le litre à la pompe. « Voire 2 centimes, auxquels il faut ajouter 1 centime pour les certificats d’économie d’énergie », insiste un professionnel. Quand bien même : l’impact est pertinent, mais pas à la hauteur du problème.

 

Par ailleurs, compte tenu du contexte de crise, les entreprises du secteur pétrolier doivent s’acquitter d’une taxe exceptionnelle qui, cette année, rapportera environ 120 millions d’euros à l’Etat. Au regard des 10 milliards d’euros de bénéfices d’ un groupe comme Total en 2010, et alors que les profits de 2011 continuent de progresser grâce à l’exploration-production (+17% au troisième trimestre 2011), on ne pleurera pas sur les comptes d’une entreprise qui, par ailleurs, n’a pas payé d’impôt sur les sociétés en France l’an dernier. Mais cette contribution exceptionnelle doit probablement être intégrée peu ou prou dans le calcul du coût du carburant à la pompe. Toutefois, sur quelque 42 millions de tonnes de carburant consommées en France dans l’année (chiffre 2010), l’incidence est marginale, inférieure à 0,5 centime par litre.

 

La parité euro/dollar en question

 

Mais, surtout, il y a l’euro. Et la parité euro/dollar. A la mi-2008, le cours de la monnaie européenne par rapport à l’américaine était bien plus élevée : l’euro valait 1,47 dollar en février, 1,57 dollar en avril, et 1,50 dollar en août… soit plus de 10% de plus que le cours actuel de 1,34 dollar.

 

Or, la monnaie de référence sur le marché pétrolier est le dollar. Quand l’euro baisse par rapport au dollar, le prix à la pompe en euro grimpe mécaniquement par le simple jeu des parités. En outre, une augmentation de 10% sur le prix hors taxes correspond alors à 12% de hausse en intégrant le différentiel de TVA.

 

Selon les professionnels, « pour une baisse de 10 centimes de l’euro par rapport au dollar, l’impact est une hausse de 5 centimes par litre pour l’essence et de 6 centimes pour le gazole ». Donc, dans l’exemple qui nous intéresse, une hausse de 8 centimes pour l’essence et de 9 centimes pour le gazole.

 

Ainsi, le litre de SP95 payé aujourd’hui 1,48 euro à la pompe coûterait 1,40 euro si le cours de l’euro était à 1,50 dollar au lieu de 1,35. Quant au gazole à 1,38 euro le litre, il reviendrait à  1,29 euro. L’évolution de parité euro/dollar constitue donc la raison principale du coût des carburants à la pompe aujourd’hui.

 

Ce constat mérite d’être médité alors que les programmes économiques de certains partis politiques proposent une sortie de l’euro. Ce qui se caractériserait par un retour à des monnaies forcément bien plus faibles que la monnaie européenne. Ce se traduirait pas une explosion des prix, et pas seulement ceux des carburants, mais dans des proportions bien supérieures à l’exemple ci-dessus qui ne porte que sur un différentiel de 10% de la monnaie.

 

Gilles BRIDIER

(publié sur www.slate.fr)

 

 

 

 

Print Friendly

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Automobile (10)
business (10)
économie (40)
Emploi (4)
énergie (21)
Environnement (17)
Finance (26)
Industrie (11)
Logistique (4)
Politique (26)
Social (8)
Société (34)
Transports (13)
Portraits (14)
Livres et guides (1)
Aéronautique (5)
Culture (19)
Débats (1)
cuisine (6)
fiscalité (6)

WP Cumulus Flash tag cloud by Roy Tanck requires Flash Player 9 or better.

DSC_0812_modifié-1-150x150

UNE CRISE, PAS UNE DEROUTE

L’histoire de la dette française est celle des 30 dernières années. Mais le dérapage est récent. De 20% du PIB en 1981 à l’arrivée de la gauche, cette dette avait atteint 55% lorsque Jacques Chirac fut élu président. Avec Lionel Jospin à Matignon, la dette fut globalement stationnaire à 60%. Elle était quasiment au même niveau (64% pour un peu plus de 1200 milliards d’euros) lorsque Nicolas Sarkozy accéda à l’Elysée en 2007. Mais aujourd’hui, la France supporte une dette publique de plus de 1700 milliards d’euros, soit un peu plus de 85% du PIB: une augmentation de 20 points de PIB en quatre ans.
Cette dette, de 26.300 euros pour chacun des 65 millions de Français, n’est pas la plus lourde parmi les économies développées. Celle du Japon représente environ 200% du PIB nippon, celle des Etats-Unis 99% du PIB. Neuf pays européens sur vingt-sept ont une dette supérieure à 80% de leur PIB, dont l’Allemagne (83%) et le Royaume Uni (80%).
La France pointait l’an dernier au cinquième rang des puissances économiques mondiales. L’Union européenne demeure la région la plus riche du monde avec un PIB global de 16.100 milliards de dollars contre 14.600 milliards pour les Etats-Unis.

DSC_0727

LES GRANDS FONDS MARINS SONT-ILS VOUES A LA DEVASTATION?

Quelle gouvernance internationale pour la gestion des grands fonds marins, s'interroge l’Institut océanographique de Paris ? Un exemple: 25% de la production pétrolière (86 millions de barils/ jour) vient aujourd'hui de l'offshore. En 2030, il faudra 115 millions de barils par jour. Mais dans l'intervalle, les réserves d'où sont pompés 60 millions de barils auront été asséchées. Il faut donc découvrir, d'ici là, l'équivalent d'une production de 90 millions de barils/jour. Principalement grâce à l'offshore profond. Dans quelles conditions? Et comment sera gérée une ressource qui ne se reconstituera pas?

Saint-Marc-2-150x150

DEUX SIECLES DE DEMOGRAPHIE COMME SEPT FOIS L'HUMANITE

Sept milliards de personnes dans le monde aujourd'hui, contre un milliard au début du XIXe siècle. Faut-il craindre l'avenir? Avec la baisse de la fécondité, la population mondiale pourrait plafonner à 10 milliards d'habitants au tournant du XXIe siècle, puis diminuer. La Terre alors, deviendrait majoritairement peuplée de personnes âgées. C'est peut-être cela qu'il faut craindre.

DSC_0643

L'EAU POUR TOUS? DE MOINS EN MOINS...

La consommation d’eau augmente deux fois plus vite que la démographie. Au milieu du siècle, 40% de la population mondiale – qui aura atteint 9 milliards de personnes – seront confrontés à des problèmes de ressources en eau. Le cycle de l’eau est immuable: il ne permet pas de générer de nouvelles ressources, et l’eau douce ne représente que 3% des réserves sur la planète. La proportion d’eau destinée à la consommation domestique et qui constitue un enjeu vital pour un homme sur quatre, ne représente que 8% du total. Car 22% de l’eau utilisée dans le monde est captée par l’industrie et 70% est destinée à l’agriculture pour ses besoins en irrigation. En plus, seulement 2% des eaux usées, collectées et retraitées sont réutilisées. Dans l’attente qu’un système de solidarité internationale se mette en place, le principe de « l’eau pour tous » reste un vœu pieu dès aujourd’hui pour le quart de la planète.

DSC_1098

LES PEAGES FLAMBENT

Se déplacer en voiture revient de plus en plus cher. Par exemple, pour un Paris-Nantes sur autoroute, compter entre 40 et 50 euros de carburant selon qu’on utilise une automobile de gamme moyenne consommant du gazole ou du super 95, plus 34 euros de péage. Pour un Paris-Lyon ou un Paris-Strasbourg, entre 50 et 60 euros de carburant et de 31 à 35 euros de péage. En dix ans, le prix du litre de super a augmenté de 50%, et celui du gazole de 70% ! Viennent s’ajouter les hausses des péages (1,5 fois l’inflation en 2011, et toujours plus que l'inflation en 2012) qui ignorent les critiques de la Cour des comptes. Le résultat est là : les péages autoroutiers représentent aujourd’hui 70 à 80% des dépenses de carburant sur autoroute.

décembre 2011
L Ma Me J V S D
« nov   jan »
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728293031