Impossible de se faire une idée sur le coût du démantèlement du parc nucléaire, alors qu’il doit normalement être provisionné. Tout dépend de la méthodologie, et du sens donné à l’arrêt du nucléaire.

 

Bien malin qui pourrait aujourd’hui comprendre le débat sur le coût du démantèlement du parc nucléaire français. Entre les 70 milliards d’euros avancés par les écologistes et les 750 milliards estimés par la Commission Energie (installée en septembre par le gouvernement et à laquelle les ONG ont refusé de participer), il y a de quoi se perdre plusieurs fois.

 

Entre les deux, l’Institut Montaigne chiffre à 220 milliards d’euros le coût de l’arrêt des 58 réacteurs français à horizon 2030 , mais à 124 milliards la réduction de 75% à 50% de la part du nucléaire d’ici à 2025, selon l’accord conclu entre le PS et EELV. En revanche fin 2003, la Cour des comptes situait le coût du démantèlement entre 20 et 40 milliards d’euros .

 

Mais en 2008, pour l’élaboration de la loi NOME (Nouvelle organisation du marché de l’électricité), le montant retenu avait été de 16,9 milliards d’euros. Et l’on pourrait multiplier les exemples sans jamais trouver deux évaluations concordantes.

 

Tout dépend du scénario retenu, des équipements concernés, des éléments pris en compte dans le chiffrage. Et de la méthodologie appliquée, qui dépend souvent des conclusions auxquelles chaque évaluation souhaite aboutir.

 

15% du coût de l’investissement initial

 

Au départ, selon les experts, les coûts de démantèlement sont fonction de la puissance du réacteur, mais aussi de la rapidité avec laquelle les opérations sont engagées après l’arrêt de l’exploitation. Tout dépend aussi de  l’âge du réacteur et donc de la quantité de déchets qu’il produit. Plus ce volume est important, plus le coût du recyclage des déchets est élevé.

 

D’après l’Agence pour l’Energie nucléaire, la déconstruction des bâtiments représenterait le tiers de la facture globale, l’évacuation et le traitement des déchets également, alors que l’ingénierie, la sécurité et le réaménagement du site interviendraient pour 10% chacun.

 

Globalement, le coût du démantèlement reviendrait à 15% de l’investissement de départ, soit de l’ordre de 300 millions d’euros pour une centrale de 2 milliards d’euros. Mais là encore, lorsqu’on voit les dérapages possibles au moment de la construction, comme pour l’EPR de Flamanville où l’investissement initial estimé à 3,3 milliards d’euros est aujourd’hui réévalué à 6 milliards, les proportions ne peuvent être qu’approximatives.

 

Mais les éléments qui doivent être pris en considération ne s’arrêtent pas là.  Les experts prennent également en compte le coût des provisions qui doivent être réalisées par les acteurs du secteur (en France, EDF, le CEA et Areva) pour financer la « mise au gazon » des sites.

 

Chiffrer le coût de la substitution

 

Par ailleurs, le démantèlement proprement dit ne génère pas d’énergie de substitution. Il convient donc de chiffrer les investissements nécessaires à la production d’une énergie équivalente par d’autres modes, ou à l’augmentation des économies d’énergie. On n’est plus dans le démantèlement proprement dit, mais cette réflexion s’inscrit bien dans le coût de l’arrêt du nucléaire.

 

Tout dépend, dans ces conditions, des hypothèses. Par exemple, la France a prévu de se doter de quelque 600 éoliennes offshore à l’horizon 2015. Pour un investissement de l’ordre de 10 milliards d’euros, le parc de ces machines fournira en énergie l’équivalent de deux EPR. Beaucoup trop cher, rétorquent les pro-nucléaires. Combien ont coûté les centrales, répliquent les écologistes ?

 

De toute façon, on aurait tort de vouloir appliquer une règle de trois pour établir le nombre d’éoliennes à construire pour remplacer 58 réacteurs. D’abord, la maintenance du parc nucléaire a un coût lorsque les réacteurs sont exploités ; s’ils sont arrêtés, c’est une économie à intégrer dans les bilans financiers.

 

Ensuite, l’éolien ne règlera pas tout, loin s’en faut. L’Allemagne, qui extrait de la houille, revient au charbon. En France, des centrales à gaz devraient prendre le relais, ce qui implique d’autres investissements pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

 

A quelle hauteur ? Tout dépend des besoins que les experts anticipent. Et donc de leurs projections qui peuvent refléter des projets politiques.

 

Financer les économies d’énergie

 

Leurs hypothèses dépendent des économies d’énergie à réaliser. Dans le résidentiel et le tertiaire, elles sont énormes. Ce secteur  représente 44% de la consommation finale d’énergie mais 68% de l’électricité selon l’Insee. Et l’objectif du Grenelle de l’environnement consiste à diviser par cinq en quarante ans la consommation moyenne d’énergie par an et par mètre carré (de 240 kWh par m2 à 50 kWh en 2050, explique l’Ademe).

 

Mais les investissements à consentir sont à la hauteur des gains : de 700 à 1400 milliards d’euros d’ici à 2050, a évalué EDF, à la charge des particuliers et des entreprises qui, pour se lancer, auront besoin d’incitations fiscales ou de prêts bonifiés…

 

Comment prendre en compte ces investissements pour évaluer le coût de la mutation énergétique ? Et le coût des incitations ? C’est justement sur ce genre de poste que les estimations peuvent beaucoup diverger. De 1 à 10, voire plus.

 

Enfin, deux questions subsistent : quels seront les besoins de la France en énergie à cet horizon, et comment seront-ils pourvus ? Au cours des 25 dernières années, la consommation française d’électricité a doublé.

 

On peut supposer que la tendance va s’infléchir notamment grâce à l’accent mis sur les économies d’énergie, les énergies renouvelables auront une place de plus en plus importante. Mais il sera bien plus difficile pour le politique d’anticiper la demande et de savoir y répondre, que de conclure un accord électoral qui dépendra toujours, ensuite, d’un rapport de forces.

 

Gilles BRIDIER

(publié sur www.apidoc.fr)

 

Print Friendly

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Automobile (10)
business (10)
économie (40)
Emploi (4)
énergie (21)
Environnement (17)
Finance (26)
Industrie (11)
Logistique (4)
Politique (26)
Social (8)
Société (34)
Transports (13)
Portraits (14)
Livres et guides (1)
Aéronautique (5)
Culture (19)
Débats (1)
cuisine (6)
fiscalité (6)

WP Cumulus Flash tag cloud by Roy Tanck requires Flash Player 9 or better.

DSC_0812_modifié-1-150x150

UNE CRISE, PAS UNE DEROUTE

L’histoire de la dette française est celle des 30 dernières années. Mais le dérapage est récent. De 20% du PIB en 1981 à l’arrivée de la gauche, cette dette avait atteint 55% lorsque Jacques Chirac fut élu président. Avec Lionel Jospin à Matignon, la dette fut globalement stationnaire à 60%. Elle était quasiment au même niveau (64% pour un peu plus de 1200 milliards d’euros) lorsque Nicolas Sarkozy accéda à l’Elysée en 2007. Mais aujourd’hui, la France supporte une dette publique de plus de 1700 milliards d’euros, soit un peu plus de 85% du PIB: une augmentation de 20 points de PIB en quatre ans.
Cette dette, de 26.300 euros pour chacun des 65 millions de Français, n’est pas la plus lourde parmi les économies développées. Celle du Japon représente environ 200% du PIB nippon, celle des Etats-Unis 99% du PIB. Neuf pays européens sur vingt-sept ont une dette supérieure à 80% de leur PIB, dont l’Allemagne (83%) et le Royaume Uni (80%).
La France pointait l’an dernier au cinquième rang des puissances économiques mondiales. L’Union européenne demeure la région la plus riche du monde avec un PIB global de 16.100 milliards de dollars contre 14.600 milliards pour les Etats-Unis.

DSC_0727

LES GRANDS FONDS MARINS SONT-ILS VOUES A LA DEVASTATION?

Quelle gouvernance internationale pour la gestion des grands fonds marins, s'interroge l’Institut océanographique de Paris ? Un exemple: 25% de la production pétrolière (86 millions de barils/ jour) vient aujourd'hui de l'offshore. En 2030, il faudra 115 millions de barils par jour. Mais dans l'intervalle, les réserves d'où sont pompés 60 millions de barils auront été asséchées. Il faut donc découvrir, d'ici là, l'équivalent d'une production de 90 millions de barils/jour. Principalement grâce à l'offshore profond. Dans quelles conditions? Et comment sera gérée une ressource qui ne se reconstituera pas?

Saint-Marc-2-150x150

DEUX SIECLES DE DEMOGRAPHIE COMME SEPT FOIS L'HUMANITE

Sept milliards de personnes dans le monde aujourd'hui, contre un milliard au début du XIXe siècle. Faut-il craindre l'avenir? Avec la baisse de la fécondité, la population mondiale pourrait plafonner à 10 milliards d'habitants au tournant du XXIe siècle, puis diminuer. La Terre alors, deviendrait majoritairement peuplée de personnes âgées. C'est peut-être cela qu'il faut craindre.

DSC_0643

L'EAU POUR TOUS? DE MOINS EN MOINS...

La consommation d’eau augmente deux fois plus vite que la démographie. Au milieu du siècle, 40% de la population mondiale – qui aura atteint 9 milliards de personnes – seront confrontés à des problèmes de ressources en eau. Le cycle de l’eau est immuable: il ne permet pas de générer de nouvelles ressources, et l’eau douce ne représente que 3% des réserves sur la planète. La proportion d’eau destinée à la consommation domestique et qui constitue un enjeu vital pour un homme sur quatre, ne représente que 8% du total. Car 22% de l’eau utilisée dans le monde est captée par l’industrie et 70% est destinée à l’agriculture pour ses besoins en irrigation. En plus, seulement 2% des eaux usées, collectées et retraitées sont réutilisées. Dans l’attente qu’un système de solidarité internationale se mette en place, le principe de « l’eau pour tous » reste un vœu pieu dès aujourd’hui pour le quart de la planète.

DSC_1098

LES PEAGES FLAMBENT

Se déplacer en voiture revient de plus en plus cher. Par exemple, pour un Paris-Nantes sur autoroute, compter entre 40 et 50 euros de carburant selon qu’on utilise une automobile de gamme moyenne consommant du gazole ou du super 95, plus 34 euros de péage. Pour un Paris-Lyon ou un Paris-Strasbourg, entre 50 et 60 euros de carburant et de 31 à 35 euros de péage. En dix ans, le prix du litre de super a augmenté de 50%, et celui du gazole de 70% ! Viennent s’ajouter les hausses des péages (1,5 fois l’inflation en 2011, et toujours plus que l'inflation en 2012) qui ignorent les critiques de la Cour des comptes. Le résultat est là : les péages autoroutiers représentent aujourd’hui 70 à 80% des dépenses de carburant sur autoroute.

novembre 2011
L Ma Me J V S D
« oct   déc »
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
282930