Trois usines fermées en 18 mois : les raffineurs désertent-ils l’Hexagone?

 

Le raffinage français n’est pas le seul touché, mais il encaisse. Après la fermeture de la raffinerie Total de Dunkerque en 2010, et celle du suisse Petroplus à Reichstett (rachetée à Shell en 2008) près de Strasbourg au 30 juin dernier, c’est l’unité de Berre-l’Etang près de Marseille appartenant à l’américain LyondellBasel (depuis son rachat à Shell également en 2008) qui va être rayée de la carte.

 

Sa mise en vente en juin dernier n’a pu aboutir.  Le raffinage français va ainsi être réduit à 10 unités  , alors qu’il en comprenait 24 il y a trente cinq ans.

 

Compte tenu de la prudence de Total qui s’est engagé à ne pas procéder à de nouvelle fermeture « avant cinq ans » , on peut craindre que les réductions de capacités ne soient pas terminées.  Qu’est-ce qui, en France, déclenche cette retraite organisée des raffineurs, dans un secteur d’activité où, même si la consommation globale de produits pétroliers se tasse (de 83 à 81 millions de tonnes  entre 2008 et 2009) les débouchés demeurent attractifs ?

 

  • Les automobilistes se convertissent au diesel 

 

Les automobilistes français consomment de plus en plus de gazole : de 26 millions de tonnes en 2000 à 34 millions en 2010. Plus de sept voitures neuves sur dix vendues aujourd’hui sont diesel, de sorte que près de 60% du parc automobile fonctionne au gazole. En plus, les camions sont tous diesel. De sorte que le gazole représente plus de 80% du carburant vendu dans l’Hexagone,  contre moins de 20% de supercarburant (dont les trois quart de SP95). En juillet 2011, par exemple, l’UFIP (Union française des industries pétrolières) évalue à près de 3,5 millions de m3 la quantité de gazole livrée dans l’Hexagone, contre 1 million de m3 de supercarburant .

 

  • Des échanges de plus en plus déséquilibrés

 

La demande est donc fort déséquilibrée. La France est contrainte d’importer de plus en plus de gazole (18 millions de tonnes en 2010, soit la moitié de la consommation), alors qu’elle doit exporter les excédents de supercarburant qu’elle produit et n’écoule plus dans l’Hexagone.

 

Dans ces conditions, pourquoi ne pas produire plus de gazole et moins de supercarburant par tonne de pétrole raffiné ? C’est tout simplement impossible.  Pour une tonne de pétrole brut distillé à 360 °C , les raffineurs ne peuvent recueillir que 30 à 40% de distillats moyens composés de gazole, de fioul domestique et de kérozène. Le reste est composé de produits plus légers (les essences et les solvants) et de produits plus lourds (les lubrifiants, le fioul lourd et les bitumes). Pour obtenir plus de gazole, il faudrait distiller plus de pétrole brut… et surcharger les stocks de distillats légers déjà en excédent.

 

Certes, avec la progression des modes de chauffage électriques ou alternatifs, la consommation de fioul a reculé, de l’ordre de 20% sur dix ans . Le fioul et le gazole étant des produits identiques, il est possible de réaffecter au transport routier une part de distillats moyens autrefois destinés au chauffage domestique.  Ainsi, on réduit un peu le déséquilibre entre la disponibilité de gazole et la demande. Pas assez, toutefois.

 

Où exporter l’essence ? Les Etats-Unis, où le diesel est peu répandu dans le parc de voitures particulières, était importateur de supercarburant. Mais le marché se ferme. Quant aux autres pays européens, ils sont peu ou prou dans la même situation que la France : leur consommation de carburant est déséquilibrée, le gazole domine et ils importent de moins en moins d’essence… lorsqu’ils ne sont pas eux-mêmes exportateurs .

 

  • Déficit et recul d’activité

 

Les débouchés sont d’autant plus difficiles que, sur un marché international concurrentiel, l’outil français de raffinage n’est pas le plus performant. Les pétroliers ont toujours affirmé être déficitaires dans l’Hexagone pour cette activité, qui aurait par exemple généré une perte d’un milliard d’euros en 2009. Le point d’équilibre serait atteint avec une marge de 25 euros par tonne de pétrole brut raffiné en France. Mais en Europe, les marges s’érodent régulièrement (jusqu’à 10 euros la tonne, selon l’UFIP en juin dernier ).

 

Obligés de s’aligner sur les prix du marché pour vendre les excédents de distillats légers, les raffineurs en France considèrent que leurs installations, dont les coûts opératoires seraient supérieurs de 25% à la moyenne européenne, ne leur permettent pas d’espérer un retour à la rentabilité.

 

Ils omettent aussi de préciser que, de plus en plus, les accords avec les pays producteurs les obligent à pratiquer le raffinage à la source, c’est-à-dire sur les lieux de production. Ce qui réduit d’autant le raffinage sur les lieux de consommation !

 

Dans ces conditions, l’activité du raffinage français décline. Les raffineurs réduisent les importations de pétrole brut : en 2010 par rapport à 2008, elles ont reculé de 23% . Les capacités deviennent excédentaires, des fermetures interviennent.

 

  • Un contexte peu favorable à la France

 

Les syndicats reprochent aux compagnies pétrolières de ne pas avoir suffisamment investi pour moderniser l’outil de production. Les pétroliers leur répliquent que, dans une Europe structurellement en surcapacité et  face aux contraintes réglementaires et aux incertitudes sur les évolutions de la législation (comme ce fut le cas avec le projet de taxe carbone), ils font des choix. La France ne figure pas en tête de leur hit-parade. Toutefois, la problématique est globalement la même dans toute l’Europe, où une quinzaine de raffineries sont menacées de vente ou de fermeture.

 

En outre, les pétroliers déclarent prendre en compte la compétitivité des infrastructures logistiques et portuaires, renvoyant les syndicats et le gouvernement français dos à dos sur la réforme des ports et ses conséquences .

 

  • La fiscalité en question

 

La fiscalité des carburants est à l’origine du succès du gazole. Carburant dit professionnel au milieu du siècle dernier, le gazole était moins taxé que l’essence. Pour profiter de cet avantage conjugué à une consommation moindre des voitures diesel, les automobilistes se convertirent. Les ministres qui se sont succédé au ministère de Finances à la fin du siècle dernier (Pierre Bérégovoy, Edouard Balladur et leurs successeurs) ont bien essayé de réduire ce différentiel de fiscalité, mais le succès du diesel rend cette disposition technique éminemment politique et sensible.

 

Ainsi, s’il ne se creuse pas, le différentiel persiste. Aujourd’hui, le poids cumulé de la TIPP  (taxe sur les produits pétroliers) et de la TVA est de l’ordre de 57% du prix d’un litre de super carburant et de 49% du prix d’un litre de gazole . Et la part du diesel continue de progresser.

 

Dans ces conditions, c’est l’outil de production d’un secteur stratégique pour l’économie française qui se réduit, sans que les pouvoirs publics ne réagissent. Et des emplois qualifiés disparaissent – même si, à Berre l’Etang, seuls 30% des effectifs sont concernés par l’arrêt du raffinage.

 

Gilles BRIDIER

(publié sur www.slate.fr)

 

 

 

 

 

 

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Une réponse à Pourquoi les raffineries ferment-elles en France?

  • reinbolt dit :

    Après Herrlisheim, Paulliac, Dunkerque, Reichstett, et prévus LyondellBasel, et peut-être Petit-Couronne, se posent la fameuse question : Qui doit payer la dépollution des sols? par ex pour REICHSTETT la SHELL Vendeur ou Petroplus Repreneur ,puis Vendeur sans Repreuneur?
    Pour Herrlisheim, la dépollution a duré presque 30 ANS et le terrain n’est pas constructible!
    La Logique voudrait que ce soit calculé en fonction de l’occupation des terrains,mais qui pourra nous le
    dire? Merci

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UNE CRISE, PAS UNE DEROUTE

L’histoire de la dette française est celle des 30 dernières années. Mais le dérapage est récent. De 20% du PIB en 1981 à l’arrivée de la gauche, cette dette avait atteint 55% lorsque Jacques Chirac fut élu président. Avec Lionel Jospin à Matignon, la dette fut globalement stationnaire à 60%. Elle était quasiment au même niveau (64% pour un peu plus de 1200 milliards d’euros) lorsque Nicolas Sarkozy accéda à l’Elysée en 2007. Mais aujourd’hui, la France supporte une dette publique de plus de 1700 milliards d’euros, soit un peu plus de 85% du PIB: une augmentation de 20 points de PIB en quatre ans.
Cette dette, de 26.300 euros pour chacun des 65 millions de Français, n’est pas la plus lourde parmi les économies développées. Celle du Japon représente environ 200% du PIB nippon, celle des Etats-Unis 99% du PIB. Neuf pays européens sur vingt-sept ont une dette supérieure à 80% de leur PIB, dont l’Allemagne (83%) et le Royaume Uni (80%).
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