Face à la spéculation sauvage qui mord la main qui l’a sauvée, les Etats doivent réaffirmer leur autorité sur les marchés.

 

Dans un premier temps, la spéculation a généré la crise. Dans un deuxième temps, la spéculation veut tirer profit de la crise. En attaquant aujourd’hui la Grèce, et demain d’autres pays peut-être, elle mord la main qui l’a tirée du naufrage. La crise n’est pas terminée, mais les opérateurs financiers ont déjà tourné la page du sauvetage des banques qui aura coûté 3.770 milliards d’euros en Europe et 12.800 milliards de dollars aux Etats-Unis, selon les chiffres publiés par l’Agefi, agence spécialisée dans l’information économique et financière.

 

Ils ont vite oublié qu’ils n’existent plus que grâce aux flots de liquidités injectées par les Etats pour empêcher le blocage des économies. Et que les Etats, pour remédier à leurs excès, ont été contraints d’accumuler de la dette. C’est précisément cette dette qui se retourne aujourd’hui contre ces Etats, à cause de la pression exercée par les mêmes spéculateurs.

 

Spéculation et complaisance

 

Les spéculateurs font ainsi un bras d’honneur aux Etats qui sont venus à la rescousse d’un système dont ils ont abusé. Ces Etats sont abusés, et les contribuables – particuliers et entreprises – avec eux. Car il faudra bien tirer les conséquences de l’accumulation de dette, ne serait-ce que pour rembourser les intérêts générés par les emprunts souscrits d’abord pour sortir de la crise et ensuite pour soutenir la monnaie.

 

Ce sont les mêmes qui spéculent, les mêmes qui attaquent en dehors de toute régulation. La spéculation jouit d’une situation au-dessus du droit commun. La démission des dirigeants politiques n’en est que plus flagrante. Réagiront-ils ? Déclareront-ils la spéculation hors-la loi ?

 

Le propos peut paraître réducteur. C’est pourtant bien ainsi que se pose la question. Il serait intéressant de voir les réactions d’une banque si un particulier qui lui aurait emprunté de l’argent venait à tout perdre au jeu et serait dans l’incapacité de la rembourser. La banque lui octroierait-elle un autre emprunt pour qu’il retourne jouer ? Les Etats, eux l’ont fait… pour les spéculateurs.  Que feront-ils pour que les opinions publiques qui vont devoir faire face à plus de rigueur (dans la protection sociale, les retraites, etc…) n’aient pas l’impression de payer pour les excès de complaisance?

 

Un rôle de prédateur

 

Certes, les tenants de stratégies économiques complexes pourront expliquer que la spéculation n’existe que pour recréer des équilibres. Et que, en l’occurrence, concernant les attaques contre la Grèce et contre l’euro, elles sont le résultat de l’absence de gouvernance économique en Europe et du laxisme du gouvernement pour  renforcer la crédibilité de la monnaie européenne. C’est juste. L’Union européenne ne va pas au bout de son projet, la spéculation en tire les conclusions. C’est pourquoi, dans l’urgence, l’Union européenne et le tandem franco-allemand en tête manifestent subitement leur  détermination politique pour répondre à une attaque contre l’un des membres de l’Union.

 

Vue sous cet angle, la spéculation en tant que prédateur aura joué son rôle en obligeant les autorités politiques à faire avancer l’Europe, et à consolider la monnaie unique en même temps. Mais faut-il en passer par ces états de crise qui, peu ou proue, laissent toujours des cicatrices ?

 

A l’épreuve des souverainismes

 

L’Allemagne, notamment, ne souhaitait pas d’une réplique à la spéculation qui pourrait être perçue comme une prime au laxisme de certains pays. Mais elle est aussi contrainte de défendre l’euro, comme la France. Toutefois si certaines opinions publiques en viennent à mettre la Grèce – ou d’autres pays – au ban de l’Europe, les gouvernements qui n’auront pas fait avancer suffisamment vite l’Europe politique n’auront réussi qu’à conforter les eurosceptiques et raviver les souverainismes.  Mettant en péril une nécessaire solidarité au sein de l’Union.

 

« Business as usual »

 

Avant la crise, les libéraux reprochaient aux Etats d’être de piètres gestionnaires pour qu’ils leur laissent l’initiative de l’économie. On a vu le résultat : sans les Etats pour venir à la rescousse du système libéral, il n’existerait plus de système du tout. Sans Etats, le libéralisme pétrifié gèlerait sur pied. Faut-il, malgré tout, revenir à ce système et laisser s’exprimer de la même façon les forces qui ont entraîné la crise ?

 

Le financier George Soros, lui-même à l’origine des attaques contre la livre en 1992 lorsque l’économie britannique était en crise, n’est pas le dernier à mettre en garde contre l’action des spéculateurs. Il le fit avant la crise, prêchant dans le désert. Le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz, ancien vice-président de la Banque mondiale, déplore dans son dernier livre (« Free fall ») qu’aucune leçon n’ait été tirée de la crise, et que tout recommence avec les mêmes acteurs dans les mêmes rôles et avec les mêmes dérives en puissance pour un « business as usual » joué dans la bulle de Davos selon une ahurissante partition.

 

A quand, une vision pour l’Union ?

 

Les gouvernements resteront-ils dans le sillage des marchés pour que rien ne change, au risque de s’attirer les foudres des opinions publiques ? Ou refuseront-ils de faire le jeu des spéculateurs en inventant de nouvelles règles, qui passent forcément par l’affirmation politique d’une gouvernance en l’occurrence européenne ? « La construction communautaire est trop complexe et par trop inédite pour être comprise d’acteurs de marché qui n’ont pour ligne d’horizon que l’immédiat lendemain », affirme Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schumann, lui-même pourtant fort libéral.

 

Toutefois, les habituelles professions de foi ne suffiront pas : l’Union européenne à 27, première puissance économique mondiale a besoin, selon Jean Dominique Giuliani, d’un «  projet politique global, de longue durée, solide et sérieux, qui n’avance – hélas – qu’au gré des circonstances à défaut de visionnaires qui aient le courage de les anticiper. » La spéculation profite de cette absence de vision. Combien de temps encore ?

 

Gilles BRIDIER

(publié sur www.slate.fr)

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UNE CRISE, PAS UNE DEROUTE

L’histoire de la dette française est celle des 30 dernières années. Mais le dérapage est récent. De 20% du PIB en 1981 à l’arrivée de la gauche, cette dette avait atteint 55% lorsque Jacques Chirac fut élu président. Avec Lionel Jospin à Matignon, la dette fut globalement stationnaire à 60%. Elle était quasiment au même niveau (64% pour un peu plus de 1200 milliards d’euros) lorsque Nicolas Sarkozy accéda à l’Elysée en 2007. Mais aujourd’hui, la France supporte une dette publique de plus de 1700 milliards d’euros, soit un peu plus de 85% du PIB: une augmentation de 20 points de PIB en quatre ans.
Cette dette, de 26.300 euros pour chacun des 65 millions de Français, n’est pas la plus lourde parmi les économies développées. Celle du Japon représente environ 200% du PIB nippon, celle des Etats-Unis 99% du PIB. Neuf pays européens sur vingt-sept ont une dette supérieure à 80% de leur PIB, dont l’Allemagne (83%) et le Royaume Uni (80%).
La France pointait l’an dernier au cinquième rang des puissances économiques mondiales. L’Union européenne demeure la région la plus riche du monde avec un PIB global de 16.100 milliards de dollars contre 14.600 milliards pour les Etats-Unis.

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La consommation d’eau augmente deux fois plus vite que la démographie. Au milieu du siècle, 40% de la population mondiale – qui aura atteint 9 milliards de personnes – seront confrontés à des problèmes de ressources en eau. Le cycle de l’eau est immuable: il ne permet pas de générer de nouvelles ressources, et l’eau douce ne représente que 3% des réserves sur la planète. La proportion d’eau destinée à la consommation domestique et qui constitue un enjeu vital pour un homme sur quatre, ne représente que 8% du total. Car 22% de l’eau utilisée dans le monde est captée par l’industrie et 70% est destinée à l’agriculture pour ses besoins en irrigation. En plus, seulement 2% des eaux usées, collectées et retraitées sont réutilisées. Dans l’attente qu’un système de solidarité internationale se mette en place, le principe de « l’eau pour tous » reste un vœu pieu dès aujourd’hui pour le quart de la planète.

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LES PEAGES FLAMBENT

Se déplacer en voiture revient de plus en plus cher. Par exemple, pour un Paris-Nantes sur autoroute, compter entre 40 et 50 euros de carburant selon qu’on utilise une automobile de gamme moyenne consommant du gazole ou du super 95, plus 34 euros de péage. Pour un Paris-Lyon ou un Paris-Strasbourg, entre 50 et 60 euros de carburant et de 31 à 35 euros de péage. En dix ans, le prix du litre de super a augmenté de 50%, et celui du gazole de 70% ! Viennent s’ajouter les hausses des péages (1,5 fois l’inflation en 2011, et toujours plus que l'inflation en 2012) qui ignorent les critiques de la Cour des comptes. Le résultat est là : les péages autoroutiers représentent aujourd’hui 70 à 80% des dépenses de carburant sur autoroute.

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