L’Europe, région du monde la plus puissante économiquement, a des atouts si elle veut se rassembler. Mais plus elle tarde à les utiliser, plus le redressement sera difficile. Car les perspectives sont mauvaises.

 

Qui, dans le monde, affiche le produit intérieur brut (PIB) le plus élevé ? L’Union européenne, avec plus de 16.100 milliards de dollars en 2010 selon le Fonds monétaire international (FMI) , contre 14.600 milliards pour les Etats-Unis. Et, derrière, 5,7 milliards pour la Chine qui devance maintenant le Japon à 5,4 milliards de dollars. Le PIB correspond à l’ensemble des valeurs ajoutées de toutes les entreprises d’un pays ; il mesure donc la création de richesse. Focalisés que nous sommes sur la crise de la dette, on en oublierait presque cette vérité qui laisse supposer que l’Union européenne, fournissant un quart du PIB mondial, doit pouvoir trouver en elle-même des leviers pour juguler la crise économique.

 

La mécanique de la première puissance mondiale est grippée

 

Bien sûr, si on considère isolément les pays qui composent l’Union, l’Allemagne arrive à la quatrième place mondiale avec 3.300 milliards de dollars, suivie par la France à 2.600 milliards et le Royaume-Uni à  2.200 milliards, puis l’Italie à 2.000 milliards… Un peu moins convaincant. A l’inverse, si on considère l’UE dans sa globalité, elle était encore en 2010 la première puissance commerciale du monde. Certes, si la balance commerciale de la zone euro est bénéficiaire grâce à l’Allemagne, celle de l’Union à 27 est déficitaire. Malgré tout, les exportations européennes devancent encore celles de la Chine, indique la Banque mondiale.

 

Tout cela pour combien de temps ? La question est posée car la mécanique est grippée, à l’image du spectacle donné par les ministres des Finances européens réunis à la mi-septembre en Pologne à Wroclaw, incapables d’avancer sur le règlement de la dette de la Grèce. Pourtant, ce pays ne représente pourtant que 2% du PIB des 27. L’affaire ne devrait pas être insoluble.

 

Une façon de faire l’autruche, ou de baisser les bras

 

On ne niera pas la complexité du problème vis-à-vis des opinions publiques des pays membres appelés à la rescousse des Grecs défaillants. Mais le temps passant, l’effet domino pour les pays de la zone euro se développe, entraînant l’Italie dans la spirale après l’Espagne et avant la France. Malgré tout,  l’Europe continue de se comporter comme si elle espérait un miracle, comme si elle n’envisageait qu’avec fatalisme le recul ressenti comme irréversible de sa place sur la scène internationale. Qui dirait, à constater son inertie, que le trio de tête de l’Union figure dans les six premières places du classement mondial pour le PIB… Une sacrée locomotive économique pour le « vieux continent », si on veut bien raccrocher les wagons !

 

Mais l’Europe piétine, tergiverse, comme si elle voulait donner quitus aux souverainistes qui prônent la fin de l’Union mais qui, avec des propositions économiques en forme de slogans de campagne, n’offrent aucune alternative dynamique dans un monde globalisé. Pendant ce temps qui joue contre elle, les clignotants sont au rouge.

 

L’Europe veut-elle s’en sortir ?

 

Par le hasard du calendrier, au lendemain de cette réunion de Wroclaw, le FMI dans son rapport d’automne 2011 a tiré un nouveau coup de semonce. La croissance mondiale tomberait  à 4% jusqu’à fin 2012, contre plus de 5% en 2012, à cause notamment de la zone euro qui ne progresserait que de 1,6% en 2011 et 1,1% en 2012. Une révision à la baisse de l’ordre d’un demi-point, à cause entre autre d’une croissance américain anémique. Le FMI souligne notamment le risque « que la crise de la zone euro échappe aux gouvernants » s’ils ne tiennent pas leurs engagements.

 

Autrement dit, l’Europe n’a pas de joker : si elle n’utilise pas avec volontarisme ses atouts pour sortir de la crise de la dette, elle s’y embourbera. La vraie question a déjà été posée : veut-elle en sortir ?

 

Améliorer l’emploi, le reste suivra

 

L’enjeu n’est pas de figurer en tête des classements. L’économie n’est rien d’autre que permettre à une population de vivre le mieux possible. Pour l’Union européenne, un demi-milliard de personnes est concerné . Et la croissance économique est bien le seul moyen de pouvoir espérer procurer un emploi à toutes ces personnes, même dans le cadre d’une population en progression.

 

Une démographie en hausse est d’ailleurs un paramètre positif pour l’économie, n’en déplaise à certain ministre français trop focalisé sur des règles de trois superficielles pour approfondir l’analyse. Loin de toute démarche malthusienne, un pays a besoin de régénérer sa base de population active pour créer de la demande, de la consommation et de l’emploi pour répondre à cette demande, et générer de la richesse qui serve à toutes les générations.

 

Or, si le nombre de personnes au travail a augmenté en Europe de 0,2% au deuxième trimestre 2011, le taux de chômage était encore de 9,5% en juillet. Et même de 10% pour la zone euro, à cause notamment de l’Espagne particulièrement touchés (21%).

 

Une vision pour ne pas mourir riche sans le savoir

 

Le Bureau international du Travail (BIT) tire la sonnette d’alarme : « Cinquante-cinq pour cent de la hausse totale du chômage mondial entre 2007 et 2010 sont survenus dans la région des économies développées et de l’Union européenne, alors que cette région ne compte que pour 15 pour cent de la population active mondiale ». Le chômage de longue durée s’incruste, met en garde l’OCDE . Et surtout, les jeunes sont les plus touchés, avec un taux de chômage des 15-24 ans de 21% dans l’Union européenne contre 18% aux Etats-Unis et 9% au Japon. La France n’est pas dans une bonne posture, qui a vu en juillet le nombre de personnes sans emploi augmenter de 2,8% sur un an et le nombre de chômeurs de plus d’un an de 1,7% .

 

Il n’y a pas de fatalité. Il n’est question que de volonté pour mettre en œuvre des politiques fiscales adaptées, de réviser la distribution des richesses, et surtout de coordonner le tout dans le cadre de l’Union. Car c’est à ce niveau que se trouvent les leviers. A condition d’avoir une vision pour l’Europe (harmonisation fiscale, supervision budgétaire, coopération industrielle…) et de savoir l’expliquer pour déclencher l’adhésion à des programmes qui bousculeront forcément le confort et les traditions. Afin de ne pas avoir à regretter la fin d’une Europe, trop riche pour réagir à la crise.

 

Gilles BRIDIER

(publié sur www.slate.fr)

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UNE CRISE, PAS UNE DEROUTE

L’histoire de la dette française est celle des 30 dernières années. Mais le dérapage est récent. De 20% du PIB en 1981 à l’arrivée de la gauche, cette dette avait atteint 55% lorsque Jacques Chirac fut élu président. Avec Lionel Jospin à Matignon, la dette fut globalement stationnaire à 60%. Elle était quasiment au même niveau (64% pour un peu plus de 1200 milliards d’euros) lorsque Nicolas Sarkozy accéda à l’Elysée en 2007. Mais aujourd’hui, la France supporte une dette publique de plus de 1700 milliards d’euros, soit un peu plus de 85% du PIB: une augmentation de 20 points de PIB en quatre ans.
Cette dette, de 26.300 euros pour chacun des 65 millions de Français, n’est pas la plus lourde parmi les économies développées. Celle du Japon représente environ 200% du PIB nippon, celle des Etats-Unis 99% du PIB. Neuf pays européens sur vingt-sept ont une dette supérieure à 80% de leur PIB, dont l’Allemagne (83%) et le Royaume Uni (80%).
La France pointait l’an dernier au cinquième rang des puissances économiques mondiales. L’Union européenne demeure la région la plus riche du monde avec un PIB global de 16.100 milliards de dollars contre 14.600 milliards pour les Etats-Unis.

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La consommation d’eau augmente deux fois plus vite que la démographie. Au milieu du siècle, 40% de la population mondiale – qui aura atteint 9 milliards de personnes – seront confrontés à des problèmes de ressources en eau. Le cycle de l’eau est immuable: il ne permet pas de générer de nouvelles ressources, et l’eau douce ne représente que 3% des réserves sur la planète. La proportion d’eau destinée à la consommation domestique et qui constitue un enjeu vital pour un homme sur quatre, ne représente que 8% du total. Car 22% de l’eau utilisée dans le monde est captée par l’industrie et 70% est destinée à l’agriculture pour ses besoins en irrigation. En plus, seulement 2% des eaux usées, collectées et retraitées sont réutilisées. Dans l’attente qu’un système de solidarité internationale se mette en place, le principe de « l’eau pour tous » reste un vœu pieu dès aujourd’hui pour le quart de la planète.

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LES PEAGES FLAMBENT

Se déplacer en voiture revient de plus en plus cher. Par exemple, pour un Paris-Nantes sur autoroute, compter entre 40 et 50 euros de carburant selon qu’on utilise une automobile de gamme moyenne consommant du gazole ou du super 95, plus 34 euros de péage. Pour un Paris-Lyon ou un Paris-Strasbourg, entre 50 et 60 euros de carburant et de 31 à 35 euros de péage. En dix ans, le prix du litre de super a augmenté de 50%, et celui du gazole de 70% ! Viennent s’ajouter les hausses des péages (1,5 fois l’inflation en 2011, et toujours plus que l'inflation en 2012) qui ignorent les critiques de la Cour des comptes. Le résultat est là : les péages autoroutiers représentent aujourd’hui 70 à 80% des dépenses de carburant sur autoroute.

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